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Joachim Kühn

© Mephisto

Né le 15 mars 1944 à Leipzig (Allemagne).

Les frontières, pour le pianiste Joachim Kühn, semblent n'exister que pour être franchies. Ainsi entre l'Allemagne de l'Est et celle de l'Ouest, entre l'Europe et l'Amérique, entre la musique contemporaine et le jazz, ou, plus spécifiquement, entre les différents styles de jazz, il s'est toujours frayé un chemin personnel. Né en 1944 à Leipzig, il a commencé par le piano classique et a étudié la composition avec Arthur Schimdt-Elsey. Influencé par son frère, le clarinettiste Rolf Kühn, il s'est ensuite intéressé au jazz. Il fonde son propre trio en 1964 et défend parmi les premiers, en Allemagne de l'Est, le free jazz. En 1966, il s'installe à Hambourg où il crée un quartet avec son frère (il participe aux Berliner Jazztage et au Newport Jazz Festival). A New York, les frères Kühn ont enregistré avec Jimmy Garrison, le bassiste de Coltrane, pour le label Impulse. En 1968, Joachim Kühn déménage à Paris et travaille avec des musiciens très variés : Gato Barbieri, Don Cherry, Karl Berger, Slide Hampton, Philly Joe Jones, Phil Woods et Michel Portal. Au début des années 1970, il s'oriente vers les claviers électroniques et s'affirme comme l'un des principaux protagonistes de la scène jazz européenne. Parallèlement, en acoustique, il forme un trio avec Jean-François Jenny-Clark et Daniel Humair. Géographiquement et esthétiquement parlant, Kühn s'éloigne, durant la seconde moitié des années 1970, de la sphère européenne : il part habiter la Californie et rejoint la scène fusion de la Côte Ouest. Alphonse Mouzon, Billy Cobham, Michael Brecker et Eddie Gomez ont travaillé avec lui pour des enregistrements. Après un court séjour à New York en 1980, il est retourné à Hambourg, se rapprochant du même coup de la firme de piano Bechstein. Il se consacre dès lors presque exclusivement au piano acoustique. Mis à part un album en trio (I'm Not Dreaming, 1983, avec George Lewis et Mark Nauseef), Kühn s'est produit en soliste dans les années 1980, prouvant qu'il s'intéressait toujours plus aux liens qu'il pouvait défendre entre jazz et musique contemporaine.

De retour à Paris, il fait revivre son trio avec J.-F. Jenny-Clark et Daniel Humair en 1985. Avec Walter Quintus, dans son studio électronique, Kühn a produit Dark (1989), la musique d'un ballet de Carolyn Carlson. En 1990, il est admis à rejouer en Allemagne de l'Est (pays d'où il avait été absent depuis vingt-trois ans). L'année 1991 a été couronnée par plusieurs projets marquants : une coproduction avec la Radio d'Allemagne de l'Ouest et le label CMP, un album avec Miroslav Tadic intitulé Let's Be Generous (avec Joachim sur des claviers électroniques), et un nouveau projet de duo avec Walter Quintus intitulé Get up Early. Un de ses derniers albums, Famous Melodies (une collection de compositions des années 1930), a été considéré par les critiques allemands comme le meilleur CD de 1994. Kühn a prolongé ce travail sur des thèmes de L'Opéra de Quat' Sous de Weill en 1996 pour le label Verve.

Durant l'été 1996, le rêve de Joachim est devenu réalité : il s'est produit en duo avec le légendaire Ornette Coleman à Vérone et à Leipzig (ce qui a abouti à l'album Colors pour le label Harmolodic). Ce duo s'est ensuite pérennisé, et Joachim Kühn fait désormais partie de l‘Ornette Coleman Quartet. Aujourd'hui, leur duo peut être considéré comme une manière de biographie-bilan et, du même coup, le tremplin de nouvelles explorations où continueront de s'entrelacer sans la moindre mièvrerie une mémoire active du romantisme pianistique, les délices et les libertés de l'harmolodie colemanienne et une irrésistible beauté mélodique. En 1999, Joachim Kühn a enregistré en solo un autre album confirmant l'originalité de sa démarche : un disque solo (The Diminished Augmented System, Emarcy) avec des Partitas de Bach, des compositions d'Ornette Coleman et de nouvelles compositions personnelles. Plus récemment, en 2002, l'album Universal Time (Emarcy) le présente avec Scott Colley et Horacio « El Negro » Hernandez en compagnie du saxophoniste Chris Potter et d'un complice de Mai 68, avec qui le pianiste pratique périodiquement l'exercice du duo : Michel Portal.

[d'après les notes de programme du concert du 16 janvier 2001]