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Le IIIe Reich et la musique

Musique et résistance
 
 

Emil Nolde, Drei Sänger, Trois chanteurs, 1938-1945, aquarelle, Neukirchen, © Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde
Trois chanteurs, Emil Nolde, 1938-1945, aquarelle, Neukirchen, © Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde

Hanns Eisler, textes de Johann Esser et Wolfgang Langhoff, musique de Rudi Goguel, adaptation du chant "Les soldats du marais", Londres, janvier 1935, manuscrit, 26,5 * 33,5 cm, Dachau, Archiv KZ-Gedenkstätte Dachau
Adaptation du chant  Les soldats du marais, Hanns Eisler, textes de Johann Esser et Wolfgang Langhoff, musique de Rudi Goguel, Londres, janvier 1935, Dachau, Archiv KZ-Gedenkstätte Dachau

Le prisonnier Hans Bonarewitz mené à son exécution, Manthausen, 30 juillet 1942, retirage photographique 2004, Berlin, © Cité de la Musique
Vue de l'exposition, Le prisonnier Hans Bonarewitz mené à son exécution, Manthausen, 30 juillet 1942, retirage photographique 2004, Berlin, © Cité de la musique- Photo : A. Cazard

 

Cette troisième partie s'attache à retracer, au-delà d'un propos manichéen, l'ambiguïté de réactions
individuelles ou collectives face au nazisme : s'exiler et survivre, résister et mourir.


En 1933, de nombreux artistes fuient l'Allemagne nazie, d'autres créateurs restés sur le sol allemand
sont frappés d'interdit. Ils s'opposent alors au régime en se réfugiant dans un exil intérieur.
Ainsi, bien que membre de l'Académie prussienne des Arts, Emil Nolde est stigmatisé dans l'exposition Art Dégénéré de 1937. Ses œuvres sont retirées des musées. C'est dans la clandestinité qu'il continue à peindre ces œuvres de petit format appartenant à une série d'aquarelles intitulées « Images non peintes », terme signifiant qu'elles servaient d'ébauche à de grandes peintures à l'huile censées être réalisées une fois libre. Le chant qui émane de l'aquarelle Drei Sänger (« Trois chanteurs ») s'apparente à un cri d'angoisse, et renvoie au peintre du poète norvégien Edvard Munch. La bouche et les yeux des personnages ne sont plus que des cavités béantes et sombres composant des visages cadavériques. A mi-chemin entre la révolte et l'agonie, ce chant tragique s'érige en témoignage de la condition humaine sous la dictature.


À l'écart de la vie musicale officielle, le pouvoir s'attache à régler la question juive, focalisation de
Hitler dans Mein Kampf. De 1933 à 1941, le régime
décide d'isoler les membres de la communauté juive au sein d'une Alliance culturelle qui développe
une importante vie musicale censurée par l'Etat. Privés de toute légitimité professionnelle par
les nouvelles lois raciales, ses membres doivent s'organiser de manière militante pour survivre.
La politique du ghetto s'amplifie en 1941, quand la ville-forteresse de Terezin (Theresienstadt)
est utilisée comme camp de concentration des juifs d'Europe centrale. Antichambre des camps
d'extermination de l'est, elle accueille des compositeurs et musiciens comme Viktor Ullmann,
Gideon Klein et Pavel Haas qui périssent à Auschwitz.


Écrit par Wolfgang Langhoff et Rudi Goguel au camp de Börgermoor en 1933-1934, Le chant des marais » (adaptation de Die Moorsoldaten) est l'une des premières œuvres nées dans l'univers concentrationnaire. Le texte de Johann Esser et de Wolfgang Langhoff met en accusation le sort misérable du détenu, endiguant sa mélancolie pour lui insuffler du courage, lui apporter l'espoir et lui donner des forces.


Résister signifie ici s'affirmer pour contrer les tentatives de briser l'homme prisonnier, garder espoir et courage en dépit de la situation déprimante, vouloir vivre face à la mort omniprésente.


La mélodie de Rudi Goguel connaît une popularité plus grande après que Hanns Eisler a réalisé une
adaptation pour le chanteur antifasciste Ernst Busch, en 1935. La version française, Le chant des
marais, fut notamment introduite au camp de Dachau.
À Terezin, que les nazis présentent comme un camp modèle à l'opinion internationale, la musique est
pratiquée dans un cadre officiel mais aussi de manière spontanée. On y compte des représentations
d'opéras, de musique de chambre, un ensemble de jazz, des spectacles de cabaret et de revue ou
encore un studio de musique nouvelle. À Auschwitz, la musique fait aussi partie de la vie quotidienne.
Plusieurs formations musicales y exercent. C'est en musique que les victimes sont accueillies avant
d'être exterminées…


Le prisonnier Hans Bonarewitz mené à son exécution en est l'exemple. Hans Bonarewitz est interné à Mauthausen en juin 1942.
Il tente de s'enfuir du camp en se dissimulant dans une caisse en bois transportée par un camion.
Capturé dix-huit jours plus tard, il est exposé sept jours durant sur la place d'appel dans sa caisse en bois avant d'être pendu, le 30 juillet 1942. L'orchestre, contraint de jouer lors de son exécution, donne un caractère autant sinistre que pervers à cette cérémonie macabre.

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