Dossiers pédagogiques > Expositions temporaires du Musée

Le IIIe Reich et la musique

Introduction
 
 

Leopold Schmutzler, Arbeitsmaiden vom Felde heimkehrend, Jeunes filles revenant des champs, huile sur toile, vers 1940, Berlin, © Cité de la Musique
Jeunes filles revenant des champs, Leopold
Schmutzler, vers 1940, Berlin, © Cité de la musique

Gottes sichtbarer Segen ist bei mir, "La bénédiction visible de Dieu est avec moi", George Grosz, 1922, lithographie, encre de chine, plume et projection Munich, Nachlass George Grosz - courtesy Ralph Jentsch
La bénédiction visible de Dieu est avec moi, George Grosz, 1922, Munich, Nachlass George Gros - courtesy Ralph Jentsch, © ADAGP

Brochure de l'exposition "Musique dégénérée", HansSeverus Ziegler, 1938, Francfort-sur-le-Main, 21 * 15 * 0,2 cm, Hindemith-Institut,© Deutsches historisches Museum, Bildarchiv
Brochure de l'exposition Musique dégénérée, Hans Severus Ziegler, 1938, Francfort-sur-le-Main, Hindemith-Institut, © Deutsches historisches Museum, Bildarchiv

À Munich en 1937 et à  Düsseldorf l'année suivante, des manifestations officielles (journées musicales du Reich, concert de l'orchestre symphonique du Reich à  l'usine Schiess-de Fries, le 23 mai 1938, discours de politique musicale de Joseph Goebbels à  la Tonhalle, le 28 mai 1938, exposition Musique Dégénérée) illustrent la conception manichéenne de l'art. Ces expositions exaltent la fusion de l'être allemand dans la communauté nationale et populaire tout en fustigeant la modernité artistique du premier tiers du XXe siècle. Les condamnations prononcées contre les formes d'art dites dégénérées donnent lieu à  une édifiante théâtralisation. Ces « cabinets des horreurs » sont affublés de slogans diffamatoires désignant les « déraillements » des Modernes. Toute l'esthétique nazie est dès le départ, dans son « programme » même, « mise au pas ». Elle a pour objectif de mettre sous tutelle par l'image, la parole et le son toute forme d'expression qui doit uniquement servir les desseins du régime et appartenir au « corps ethnique » (Volkskörper), sans échappatoire possible et sans restriction aucune, à  l'exclusion de toute forme non admise : « Ton ethnie est tout, toi tu n'es rien » (Dein Volk ist alles, du bist nichts).

La scène champêtre des Jeunes filles revenant des champs est caractéristique du courant Blut und Boden (« sang et sol »). La joie irradiant les visages exalte l'optimisme de rigueur dans un Reich ayant retrouvé sa pureté originelle.

L'affiche L'Allemagne, pays de la musique illustre le credo hitlérien associant la musique à  l'Allemagne dans une communauté de destin. L'aigle symbolisant l'à‰tat allemand place l'orgue - l'instrument roi - sous son aile protectrice. Propos esthétique et projet politique ne font qu'un, l'art et la nation sont désormais indissociables. « Le premier peuple musicien de la Terre » (Joseph Goebbels) est celui d'un Reich désormais millénaire.

La lithographie corrosive de George Grosz, La bénédiction visible de Dieu est avec moi épingle la bourgeoisie et les profiteurs de guerre. Cette scène de Noël souligne le contraste entre la prétendue harmonie familiale où l'on chante le traditionnel « Douce nuit, sainte nuit », et le quotidien douloureux de ces premières années de la République de Weimar.

Le musicien représenté sur la couverture de la brochure (signée Hans Severus Ziegler) est inspiré de l'opéra-jazz à  succès Jonny spielt auf (« Jonny mène la danse ») d'Ernst Krenek. Il illustre la « dégénérescence raciale » définie par les nazis et l'idée selon laquelle « le Juif a du sang de nègre ». Quant au saxophone, il symbolise le jazz, musique « dégénérée » par excellence.

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