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Du
geste instrumental aux happenings et aux recherches chorégraphiques
qui placent le corps et la musique au cœur de leur expérimentation,
le corps en mouvement devient un des enjeux de la scène
contemporaine. Trait d'union réalisant l'accord de la musique
et de la danse, le corps, au début du siècle, abandonne
ses référents originels pour entrer dans la modernité :
au corps-pulsion incarné par Lulu (Lulu, opéra
d'Alban Berg) succède un corps-idée, corps reconstruit,
dont les mouvements captent et traduisent les énergies
contemporaines.
Les figures du Ballet
triadique d'Oscar Schlemmer ouvrent cette
parade, sur la musique pour orgue mécanique composée
par Paul Hindemith lors de la première au festival de Donaueschingen,
le 5 juillet 1926 et sur des extraits de la musique pour percussion
composée par Hermann Scherchen en 1927. Au cœur de
cette Gesamtkunstwerk réalisant le triple accord
entre danse, costume et musique, et symbolisant la triade corps,
âme, esprit, l'homme « sur scène devient
événement », selon ce créateur
polymorphe, peintre, sculpteur, chorégraphe, musicien,
danseur, compositeur entré au Bauhaus en 1921, comme « Maître
de Forme » et qui, par la fulgurance de sa pensée
transversale, contribua au stimulant décloisonnement des
champs artistiques.
Comme l'a explicité
Laurence Louppe « la force de Schlemmer dans le Ballet
triadique est d'avoir construit ses costumes comme des récits.
Chacun dicte, au corps qu'il enclôt, la partition des mouvements
possibles. Chacun est une chorégraphie : il sélectionne
un certain nombre de gestes choisis en inhibant les autres ».
Comme Schlemmer, qui déclare laisser de côté
les « lamentations sur la mécanisation »,
Nam June Paik axe sa réflexion sur l'avenir/devenir de
l'homme face à la technologie.
Tv cello de Nam June Paik
imite la forme d'un violoncelle en superposant trois tubes cathodiques
encastrés dans des tubes de plexiglas. Les cordes sont
équipées de capteurs sonores qui amplifient électriquement
les oscillations de l'archet.
Filmée par une caméra tenue par Paik qui retransmet
son image en direct, Charlotte Moorman devient « une station
de télévision à elle seule. Elle émet
et elle reçoit », selon la métaphore de Jean-Paul
Fargier.
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