Camille Saint-Saëns
Camille
Saint-Saëns et sa chienne © Banque d'images de la
BnFCamille Saint-Saëns, né à Paris en 1835, est d'abord un enfant prodige. Elevé par sa mère et par sa tante (Son père est mort en 1835, trois mois après sa naissance), doté d'une santé fragile (Il est atteint de tuberculose très jeune), Saint-Saëns donne son premier concert à la Salle Pleyel en 1846. Le jeune pianiste, à peine âgé de onze ans, y interprète un concerto de Mozart, pour lequel il avait composé sa propre cadence (Morceau virtuose, écrit ou improvisé, inséré dans un concerto), et un concerto de Beethoven. L'admiration du public est renforcée par le fait que Saint-Saëns joue de mémoire, contrairement aux habitudes des interprètes de cette époque. Se signalant au public français par ce coup d'éclat, le jeune garçon entame ensuite des études musicales, mais aussi littéraires. Doté d'un esprit encyclopédique, Saint-Saëns entre en 1848 au Conservatoire de Paris, où il apprend l'orgue et la composition (Avec Fromental Halévy), mais il étudie également les lettres, les mathématiques, l'astronomie, la philosophie et l'histoire. Il pourra ainsi parler d'archéologie gréco-latine (Notes sur les décors de théâtre dans l'Antiquité romaine), consacrer un livre à l'astronomie (Problèmes et mystères), écrire des vers et des comédies (La Crampe de l'écrivain), ou rédiger un certain nombre de livres sur la musique (Harmonie et Mélodie, Portraits et Souvenirs, Ecole buissonnière…).
Maquette
de costume pour "Samson et Dalila" © Banque
d'images de la BnF Mais c'est bien la musique qui occupe la plus grande partie de son temps. S'il n'obtient pas le prix de Rome, il devient vite célèbre grâce à des œuvres de jeunesse comme la Symphonie Urbs Roma (1854) ou le Quintette pour piano opus 14 (1854). Fréquentant le Paris musical, il devient l'ami de Berlioz (Qui déclare un jour, dans un mot célèbre, que Saint-Saëns « manquait d'inexpérience »), de Gounod (Qui definie Saint-Saëns comme « le Beethoven français »), de Rossini ou de Liszt : celui-ci, l'ayant entendu improviser sur l'orgue de l'église de la Madeleine, à Paris, le considérait comme le plus grand organiste du monde (Saint-Saëns a été titulaire de l'orgue de la Madeleine de 1857 à 1877).
La gloire de Saint-Saëns est donc immense dans les années 1860. Alors qu'il n'est pas encore âgé de trente ans, le musicien est partout fêté. Professeur de piano à l'Ecole Niedermeyer (Ecole de musique fondée en 1853 par Louis Niedermeyer (1802-1861), et destinée à enseigner la musique religieuse sous toutes ses formes) de 1861 à 1865, il y est le maître de Gabriel Fauré, dont il deviendra l'ami. Compositeur, il écrit des symphonies et ses premiers concertos pour piano et pour violon. Musicien engagé, il prend la défense de Wagner et de Lizst, dont il dirige les poèmes symphoniques pour la première fois en France, à un moment où ils étaient encore inconnus du public. Dans les années 1870, Saint-Saëns est ainsi l'un des premiers compositeurs français qui compose des poèmes symphoniques, abordant l'un des genres majeurs du romantisme musical (Le Rouet d'Omphale, Phaéton, La Danse macabre). Influencé à cette époque par Mendelssohn, Schumann, Wagner et Liszt, et grand admirateur de Berlioz, Saint-Saëns apparaît comme l'héritier de l'école romantique.
Partition
manuscrite autographe de la "Première symphonie en mi bémol
majeur, opus 2" de Saint-Saëns © Banque
d'images de la BnF Cependant, après la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, les idées de Saint-Saëns changent peu à peu. Le musicien s'éloigne de Wagner, qui deviend ensuite sa bête noire, et s'oriente vers la défense de la musique française et des musiciens classiques. En 1871, il fonde, avec d'autres compositeurs, la Société Nationale de Musique (Sa devise était « Ars Gallica »), chargée de promouvoir les musiciens français. Parallèlement, il remet à l'honneur Bach, Haendel, et surtout Rameau, héros national, face à l'art allemand (Il dirige l'édition complète des œuvres de Rameau à partir de 1894). Le nationalisme de Saint-Saëns sera de plus en plus virulent à la fin du siècle et au début du XXe siècle, tout comme sa défense de la musique traditionnelle contre les innovations des jeunes générations (Richard Strauss, Debussy, Dukas…). Contre les nouveautés qu'il ne comprend guère, il veut faire revivre des formes anciennes et conserver un style traditionnel.
Il poursuit d'autre part sa carrière de compositeur et de pianiste, ce qui lui permet de devenir le musicien français le plus célèbre dans le monde. A côté de nombreuses pièces créées en France (Septuor avec trompette en 1880 ou l'opéra Henry VIII en 1883), des œuvres importantes sont aussi créées à l'étranger : l'opéra Samson et Dalila, inspiré par un épisode de la Bible, est joué pour la première fois à Weimar en 1877 ; la 3e Symphonie avec orgue est créée en 1886 à Londres. Saint-Saëns est particulièrement honoré en Angleterre (Docteur honoris causa de l'Université de Cambridge en 1893 et de l'Université d'Oxford en 1907), aux Etats-Unis (Où il effectue deux tournées triomphales en 1906 et en 1915) et en Amérique du Sud (C'est lui qui a écrit l'hymne national de l'Uruguay). Il est tout aussi reconnu en France, où il cumule les distinctions honorifiques (Légion d'honneur, président de l'Académie des Beaux-Arts).
Infatigable, Saint-Saëns participe encore à des projets originaux dans les années 1890 et 1900. Tout en continuant à composer des pièces classiques (5e Concerto pour piano, 2e Sonate pour violon et piano, 2e Sonate pour violoncelle et piano), il restaure des partitions de Lully (Le Sicilien ou L'Amour peintre) et de Marc-Antoine Charpentier (Le Malade imaginaire) pour les comédies de Molière. Il compose une partition pour l'Antigone de Sophocle à partir des vestiges de la musique grecque antique, il fonde un festival lyrique à Béziers, dans les arènes romaines, et il écrit des musiques de scène (Partitions destinées à accompagner une pièce de théâtre) comme Déjanire (1898) ou Parysatis (1904). Il est enfin le premier grand compositeur qui écrit une musique de film, pour L'Assassinat du Duc de Guise en 1908 (Les frères Lumière avaient inventé le cinématographe en 1895).
Jusqu'à sa mort en 1921, son temps se partage entre musique et voyages. En effet, pour des raisons de santé, il se rend régulièrement dans les pays chauds pendant une grande partie de l'année. Il découvre l'Algérie en 1888, après la mort de sa mère, où il y séjourne souvent par la suite, ainsi qu'en Egypte. Le reste du temps, il vit à Paris et à Dieppe, en Normandie, où il s'est installé en 1890, lorsqu'il ne part pas en tournée. C'est à Alger qu'il meurt en décembre 1921, quelques semaines après un dernier récital de piano donné à Dieppe en août 1921, pour célébrer ses 75 ans de carrière. Le gouvernement français organise alors des funérailles nationales pour l'un des derniers représentants de la musique du XIXe siècle, dont l'influence sur les compositeurs français, jusqu'à Maurice Ravel, aura été essentielle.