Schubert
Instituteur ou compositeur ?
Cour intérieure de
la maison natale de Schubert © D.R.Franz grandit dans le faubourg (aujourd’hui le XIème arrondissement.) de Vienne. Il est le douzième (sur quatorze ; il confie plus tard : « J’étais un frère de beaucoup de frères et sœurs ».) petit Schubert à naître dans la maison Au crabe rouge, dont seulement cinq survivent.
Piano fabriqué par
Joseph Broadmann à Vienne, 1814 © Cité de la
musique/Jean-Marc AnglèsLa légende raconte qu’il entend son premier concert à l’âge de 76 jours, alors que la musique militaire des troupes autrichiennes (nous sommes en pleine conquête napoléonienne : Vienne est menacée et se prépare à se défendre.) passe sous sa fenêtre. Il est en tout cas entre de bonnes mains durant ses premières années puisque son père lui apprend le violon et son frère Ignaz le piano-forte (l’instrument qui succède au clavecin et précède le piano moderne.).
Schubert en habit
du Stadtkonvikt © D.R. Les dons de Franz sont si évidents qu’il est envoyé à un organiste (Michael Holzer, organiste et chef de chœur de l’église de Lichtental.) réputé de la ville afin d’apprendre quelques bases en composition (en contrepoint (principe horizontal de l’écriture musicale) et harmonie (principe vertical).), orgue et chant. Réalisant au bout de deux ans qu’il n’a plus rien à lui apporter (il déclare : « Si j'essayais de lui apprendre quelque chose de nouveau, c'est comme s’il l'avait déjà appris. Très souvent je fus stupéfait par sa prodigieuse précocité ».), il en informe les parents, qui justement viennent d’apprendre que deux places de choristes sont vacantes au Stadtkonvikt (collège tenu par une congrégation religieuse vouée à l’enseignement. 130 élèves y sont inscrits, dont 18 choristes formés pour chanter à la Cour. Les élèves apprennent les matières générales, le piano et le violon. L’orchestre du Stadtkonvikt joue tous les soirs.) de Vienne. Franz a 11 ans, il passe l’examen d’entrée (il est reçu 1er, devant un jury présidé par le célèbre compositeur Salieri, directeur de la musique à la Cour de Vienne.) avec brio et s’apprête à changer de vie en intégrant cette impressionnante mais austère école. Au fil des mois, ses maîtres peuvent admirer ses aptitudes (le directeur du collège le qualifie de « talent musical » dans son premier bulletin.) en musique, et Franz, s’il se plaît, pourra rester jusqu’à l’âge de 19 ans, bien au-delà de la mue (changement de voix dû à une évolution des sécrétions hormonales. Son effet est particulièrement sensible chez le garçon, chez qui la voix peut s’aggraver considérablement à l’adolescence.) donc.
Le père de Schubert
© D.R.Les événements en décident autrement : son père s’inquiète en apprenant l’évolution de ses résultats, en baisse sensible. Franz passe en réalité tout son temps à composer (il écrit pour le piano à quatre mains dès 13 ans, sa première symphonie à 16 ans, sa première messe et son premier opéra à 17 ans.) en cachette, ne pensant nullement à l’avenir que sa famille voit tout tracé pour lui : instituteur. Les relations se tendent, et Franz doit se rendre à la raison : il quitte à 16 ans le Stadtkonvikt pour suivre la volonté de son père et faire un stage d’instituteur auxiliaire. Tout semble donc rentrer dans l’ordre : l’exemple du père courageux qui avait quitté la Bohême pour devenir instituteur à Vienne (dans le faubourg de Vienne plus exactement.) trouve un écho chez son fils. Franz obtient à 17 ans le certificat de maître-assistant et seconde (à l’école de Saülengasse) son père qui, satisfait, lui achète un piano-forte (le facteur en est Konrad Graf.) et tolère qu’il continue, à temps perdu, à écrire de la musique.
Mais voilà, le « petit champignon » (« Schwammerl » : surnom donné par ses amis en raison de sa taille de 1,57m. Il est d’ailleurs réformé du service militaire.) n’a aucune autorité sur les élèves, il ne les écoute pas, pense à autre chose, perd patience, s’énerve, frappe les plus agités ou les moins doués… C’en est trop : il quitte au bout d’un an ce métier impossible (il est contraint à 20 ans de revenir enseigner quelques mois et vivre avec son père car l’ami chez qui il vit, le poète Schober, doit quitter momentanément Vienne.) et son père pour être libre et vivre de ses compositions (il est le premier musicien à n’avoir que le statut de compositeur, sans être concertiste virtuose.).
Vivre à Vienne
Schubert à 22 ans,
miniature sur ivoire, Robert Theer, 1829, © Kestner Museum,
HanovreLa décision peut paraître osée pour l’époque car personne n’avait encore eu l’idée délibéré de vivre seulement de ses compositions (selon son ami Joseph von Spaun, de huit ans plus âgé, il aurait décidé d’«abandonner ses études pour pouvoir vivre paisiblement pour l’art ».) ! Franz est optimiste : il s’est fait de nombreux amis au Stadtkonvikt, et compte se faire héberger par ceux qui l’acceptent au gré des saisons. Le système fonctionne d’ailleurs durant toute sa - courte - vie, à de rares exceptions près. Cela tombe bien car il ne peut se passer de compagnie (son père rapporte qu’ « il aimait la société depuis sa tendre enfance et qu’il n’était jamais plus heureux que lorsqu’il pouvait passer ses heures libres dans le cercle de joyeux camarades ».) : il choisit ses amis parmi les meilleurs poètes de l’époque, les meilleurs peintres, dont il apprend beaucoup.
Un état de police
Une soirée chez le
baron von Spaun, Schubert est au piano, Moritz von Schwind,
1868 © D.RLes Viennois, notamment les plus jeunes et les plus libres d’esprit, ne parviennent pas à s’habituer au régime policier (Metternich, qui est le personnage le plus influent de l’Empire, s’affirme comme garant de l’ordre européen en 1815. Il est farouchement anti-libéral. Schubert et ses amis sont suspectés et interrogés plusieurs fois, des artistes se suicident, conscients qu’ils ne peuvent faire changer la société.) mis en place depuis peu. Ils organisent donc des réunions, soit au café, soit chez eux, afin de se divertir en rêvant d’une société moins contraignante.
Des cercles de lecture (des séances ont lieu tous les samedis chez l’acteur von Spaun : Schubert y découvre un grand nombre des poèmes qu’il met ensuite en musique dans ses Lieder.) naissent, ainsi que des réunions hebdomadaires d’un genre tout particulier, où musique et poésie sont à l’honneur : les « Schubertiades » (les réunions ont souvent lieu dans un café appelé la « Couronne de Hongrie » ; Schubert y joue au piano.). C’est dans ce cadre que sont jouées ses œuvres de piano à deux ou quatre mains, ses trios, ses quatuors, son quintette La Truite, et que sont chantés ses Lieder (ce sont des poèmes en allemand accompagnés au piano. Mozart en compose en petit nombre, Glück aussi. Beethoven est le premier à en composer plusieurs, qu’il réunit dans le cycle An die Ferne Geliebte, mais c’est une faible contribution par rapport aux 600 composés par Schubert.).
Schubert à 28 ans,
Wilhelm August Rieder, © Historisches Museum der Stadt,
Vienne C’est la société viennoise dans son ensemble qui cherche à s’oublier dans la musique (il y a de la musique et des boîtes à musique partout : Vienne est à cette époque la capitale de la musique.) et la fête : un quart des Viennois dansent chaque soir, dans des salles comme le gigantesque Appolo (4000 places.). Franz est d’ailleurs assez connu comme compositeur de valses, de polkas, et autres danses (il en écrit plus de 400 pour le piano, sans compter celles pour quatre mains, pour orchestre, pour violon…) en tous genres : des œuvres sans grand intérêt musical, mais excellentes pour se divertir. A chaque public sa musique, même si cela est difficile à accepter : aux Viennois frivoles reviennent les danses faciles (son éditeur de Leipzg Pobst lui explique : « il nous faudrait un choix de Lieder, compositions pour piano à deux mains, pas trop difficiles, agréables et aisées à comprendre ».), tandis que seul le cercle d’intimes peut entendre le vrai Schubert, celui des Lieder, de la musique de chambre (ce genre est très en vogue à Vienne dans les milieux aisés : les après-midi dominicaux y sont consacrés , les hommes jouant pendant que les femmes sont censées broder ou discuter. Onze des quinze quatuors de Franz sont d’ailleurs consacrés à ce genre de réunions musicales, soit pour sa famille (le père et ses trois fils), soit pour ses amis.) et des longues pièces de piano.
Les Lieder : le reflet de l'âme
Schubert à 30 ans,
accompagnant Vogl © D.R.Dès ses débuts (il compose le chef-d’œuvre Marguerite au rouet à 17 ans, que l’on considère comme l’acte de naissance du Lied romantique.) dans le Lied, Franz fait oublier tous les autres compositeurs tant il émerveille son public. Plutôt que de traduire mot à mot les poèmes qu’il choisit, il préfère en peindre l’atmosphère au piano et laisser la voix s’épancher de la façon la plus bouleversante, quitte à ne pas être fidèle au texte à la lettre. La rencontre du grand baryton Vogl (chanteur à la Cour, il est riche, célèbre et grand: tout le contraire de Schubert! Il est en outre plus âgé de trente ans), avec qui se noue une solide amitié, facilite son parcours : c'est lui qui présente en public la majorité de ses Lieder (il en compose 145 à l’âge de 18 ans par exemple, comme habité par ses textes. Il en écrit toute sa vie, depuis l’âge de 14 ans.).
L’anti-héros
Portrait de
Schubert, Wilhelm August Rieder © Maison natale de Schubert,
Vienne Franz découvre très tôt l’opéra (il accompagne son camarade poète, acteur et éditeur Joseph von Spaun lorsqu’il est jeune, la première fois pour aller voir La famille suisse de Joseph Weigl. La découverte d’Iphigénie en Tauride de Gluck l’impressionne beaucoup aussi.), n’hésitant pas à vendre quelques manuels d’école pour se payer une place pour Fidélio (le seul opéra de Beethoven, le seul opéra allemand aussi que le public viennois daigne aller écouter.) à 17 ans. Emerveillé, il se persuade que la composition d’un opéra est le seul moyen pour devenir célèbre, à la manière de Gluck ou de Weber, et s’emploie à en composer. Près d’une vingtaine (dont La harpe enchantée et Les frères jumeaux à 23 ans, L’antre du plaisir du diable à 17 ans, mais il n’est pas représenté, pas plus que Fierrabras à 26 ans.) d’essais se succèdent, souvent inachevés, rarement représentés, et jamais au goût de la critique et du public. Franz ignore jusqu’à la fin qu’il ne peut être compositeur d’opéra car tout s’y oppose. Le public viennois aime l’opéra de style italien (nous sommes en pleine vogue Rossini. Même Beethoven est dépassé et déclare : « Oui, oui, Viennois, c’est comme ça ! Rossini et compagnie, voilà nos héros ! De moi vous ne voulez plus rien… Rossini, Rossini über alles ».) car agréable et facile (le style musical, architectural, pictural, littéraire apprécié par beaucoup de Viennois de milieu bourgeois de 1815 à 1848 s’appelle le style Biedermeier. Il se caractérise par une priorité donnée à l’apparence, la surcharge, la mièvrerie), mais ne tolère aucun de ces opéras allemands (même le Freischütz de Weber ne trouve pas grâce à leur yeux.) sérieux qui tentent leur chance dans la capitale (excepté le Fidelio de Beethoven). Il ne supporte pas davantage les mauvais livrets (l’histoire racontée dans l’opéra.) : voilà autant d’œuvres de Franz écartées !
Schubert et Vogl,
caricature de Franz von Schober, 1825 © Museum der Stadt,
Vienne Certaines musiques de scène comme Rosamunde (musiques destinées à accompagner la pièce Rosamunde, princesse de Chypre de Helmina von Chézy, qui n’est représentée que deux fois.) ont un peu de succès. Mais un compositeur qui se cache continuellement au milieu de ses amis, incapable d’apparaître seul sur scène est-il taillé pour le théâtre lyrique ? Franz est d’un tempérament doux, timide (il préfère parfois que ses amis saluent à sa place lorsque ses œuvres sont jouées, sous prétexte qu’il n’est pas habillé comme il le faudrait, comme lors de la représentation des Frères jumeaux : c’est alors le baryton Vogl qui salue à sa place.), passif, il est dénué d’ambition (Weber par exemple, malgré sa santé précaire, est déjà chef à 18 ans de l’orchestre du théâtre de Breslau, et parcourt l’Europe comme concertiste. Quant au fougueux Beethoven, il est l’anti-Schubert par excellence dans son attitude, ses ambitions et son style de composition.). Les compositeurs d’opéra et les héros auxquels ils donnent vie sont à l’opposé de son tempérament : volontaires, tenaces, orgueilleux, héroïques. Le physique de « cocher ivre » (ou de « paysan autrichien » selon certains.) de Franz constitue en outre un autre frein à son ambition. Durant toute sa courte vie, il passe à côté de tous les postes (il est candidat à 24 ans pour être compositeur de la Cour, mais ne donne aucune suite. Il est candidat à 29 ans pour être 2nd directeur musical à la chapelle de la cour royale et impériale, mais un autre candidat prend sa place.) qui auraient pu améliorer son quotidien (il est incapable de gérer son quotidien. L’argent gagné lors du seul concert qui lui soit entièrement consacré, six mois avant sa mort, est dépensé en trois mois.), se brouille avec ses éditeurs (il est prêt à se séparer de ses œuvres pour un prix dérisoire, afin d’avoir de l’argent rapidement. Il les nomme « ces misérables épiciers ».) ou des collègues (en critiquant l’opéra Euryante de Weber, il se prive de ses conseils et de son soutien pour une carrière de compositeur d’opéras.) en raison de sa maladresse : il rêve constamment. Beethoven à son âge était déjà en train de conquérir la capitale viennoise, tâchant de s’y faire reconnaître dans les salons comme virtuose, de faire publier ses œuvres. Franz ? Il attend que ses amis se cotisent (lorsqu’il a 24 ans, la générosité de ses amis lui permet de faire éditer chez Diabelli sept cahiers de Lieder, dont Le roi des Aulnes et Marguerite au rouet.) pour faire publier ses premières œuvres, et s’en tient à son rythme quotidien : composition le matin, café le midi, fête musicale entre amis le soir.
Karoline Esterhazy,
aquarelle d’Anton Hähnisch © D.R.Cette passivité l’empêche d’aller au terme de ses études de piano et de devenir virtuose (sa seule œuvre vraiment virtuose est la Wanderer-Fantaisie, dont il dit : « Au diable de jouer ce machin-là ! ».) lorsqu’il en a encore l’âge : il en vient à être contraint de simplifier (il ne joue par exemple que deux notes sur trois dans l’accompagnement de main droite du Roi des Aulnes.) ses propres œuvres pour pouvoir les jouer, alors que Vienne aime la virtuosité ! Il accepte d’être à plusieurs reprises le professeur à domicile des filles Esterhazy (Marie et Karoline, filles du comte Esterhazy, dans leur résidence d’été de Zseliz, à 150 km de Vienne. Il est invité à 21 ans la première fois, et reste le professeur de Karoline ensuite.) en Hongrie, en fidèle serviteur, alors que le tempétueux Beethoven aurait claqué la porte dès sa première venue.
Un élan brisé à 26 ans
Schubert composant,
Lithographie de C. Bacchi © D.R.Il est heureux que Franz soit l’un des compositeurs les plus prolifiques (à l’âge auquel meurt Schubert, Beethoven compose ses premiers quatuors et sa Symphonie n°1… Schubert a écrit près de 1000 œuvres, dont 600 Lieder. Le catalogue de ses œuvres a été établi par Otto Erich Deutsch : on numérote depuis le plus souvent l’œuvre de Schubert par D.) de l’histoire de la musique, car son destin, alors qu’il a 26 ans, devient soudainement très sombre : il apprend qu’il est atteint de la syphilis (maladie grave et incurable à l’époque, conduisant à la mort. Elle se manifeste par des atteintes viscérales et nerveuses, parfois après plusieurs années.) et que ses jours sont comptés. Les sombres (il dit parfois à partir de cette époque : « Connaissez-vous une musique gaie ? ».) accents de la Symphonie inachevée (Symphonie n°8.), datent de cette époque, et donnent une idée de son état psychologique (dans une lettre adressée à Leopold Kupelweiser l’année suivante, il écrit : « En un mot je me sens comme la créature la plus malheureuse et la plus misérable du monde. Imaginez un homme dont la santé ne sera plus jamais normale, [...] imaginez un homme dont les espoirs les plus éclatants ont péri, dont la félicité de l'amour et de l'amitié n'ont à lui servir que de la douleur… » ). Il est hospitalisé une partie de l’été, perd ses cheveux, et sombre progressivement durant cinq ans, avec quelques périodes de rémission.
Agé de 30 ans et parvenu au terme de sa vie, Franz est toujours aussi fasciné par son aîné Beethoven (il est d’ailleurs inhumé à ses côtés au cimetière de Währing à Vienne. Il lui dédie à 21 ans ses Variations sur une chanson française.). Il était un an et demi auparavant parmi les 36 porte-torches qui suivent avec recueillement son cercueil le 29 mars 1827, sans avoir jamais osé le rencontrer (selon Schindler, biographe de Beethoven, celui-ci aurait dit sur son lit de mort, alors qu’on lui présentait Le voyage d’hiver de Schubert : « Schubert a vraiment une intelligence divine ».) alors qu’il habitait la même ville. Beethoven disparu, il ose enfin confier sa Grande symphonie (la Symphonie n°9, qui n’est crée qu’en 1839 par Mendelssohn à Leipzig , grâce aux efforts de Schumann.) à ses amis. Les œuvres de musique de chambre de cette fin de vie sont d’une profondeur confondante. Le langage neuf que l’on y décèle fait naître chez ses interprètes et dans le public (à Londres, le public surpris des « longueurs éternelles » (expression de Schumann) de certains passages, s’esclaffe.) une certaine incompréhension (son entourage semble consterné par le statisme, l’omniprésence de la mort, l’impression de solitude que dégage le cycle de Lieder Le voyage d’hiver.), voire de l’énervement (son ami Schober se dit « sérieusement excédé » par ses dernières sonates pour piano.).
Franz Schubert au
piano, 1899, Klimt (tableau brûlé en 1945) © D.R.Qu’importent ces états d’abattement dans lesquels il se trouve fréquemment. Franz continue de s’enflammer pour de nouveaux poèmes dans lesquels il se retrouve. Il met en musique le Voyage d’hiver (poèmes de Wilhelm Müller, dont il avait déjà utilisé les textes pour les Lieder du cycle La belle meunière.), dont le premier mot est son portrait : "Seul". Le personnage de ce Lied est en effet aussi seul que Franz malgré son cercle d’amis : sa vie s’achève bientôt, sans mariage, sans aucune réussite à l’opéra, il n’est pas reconnu du public pour ses vraies œuvres, il n’est que très peu édité, de plus en plus incompris…
La tombe de
Schubert à Vienne © D.R. La découverte de l’intégrale de l’œuvre de Haendel (son œuvre intégrale vient d’être éditée en Angleterre en 40 volumes.) qui lui est prêtée peu avant sa mort l’encourage, dans un moment de ressaisissement, à prendre des cours de contrepoint (avec Simon Sechter, organiste de la Cour. Il confie : « Maintenant, je vois ce qui me manque ; mais je veux ardemment travailler avec Sechter pour rattraper le temps perdu ».) afin de mieux maîtriser encore la forme de ce qu’il veut exprimer. Il n'a le temps de prendre qu'un cours, sa faiblesse (il écrit à son ami le poète Schober quelques jours avant sa mort : « Je suis malade. Je n'ai rien mangé et rien bu depuis onze jours, et je fais des va-et-vient entre ma chaise et mon lit, faible et tremblant. […] Quoi que j'avale, je le rends aussitôt. Sois donc si gentil de me tenir compagnie dans cette situation désespérée avec de la littérature ».) contraignant son frère à le recueillir chez lui afin de le soigner. Il disparaît (selon certains témoignages, des musiciens viennent lui jouer sur son lit de mort le Quatuor n°14 op 131 de Beethoven.) terrassé par le triple effet de la syphilis, d’un empoisonnement dû à un plat de poisson, et du typhus.
Le grand public n’a la révélation de son œuvre qu’à la fin du XIXe siècle.
A retenir :
- Schubert devait être instituteur. Se révélant inapte, il devient finalement le premier compositeur à choisir de vivre uniquement de ses compositions.
- Il vit toute sa vie à Vienne, sans jamais oser rencontrer Beethoven, qu’il admire profondément.
- Ses œuvres sont jouées lors de « Schubertiades » : réunion de lectures et de musique entre amis.
- Il écrit environ 600 Lieder, un genre auquel il donne ses lettres de noblesses.
- Malgré une vingtaine de tentatives, aucun de ses opéras ne passe à la postérité. Sa musique de scène la plus connue est Rosamunde.
- Il se coupe progressivement du public viennois (et parfois de ses proches), qui se trouve en décalage avec sa pensée musicale de plus en plus profonde.
- Dénué d’ambition, il est l’opposé de Beethoven.
- Il sait s’entourer d’amis toute sa vie, chez qui il vit.
- Il est atteint de la syphilis à 26 ans: il meurt cinq ans plus tard.