Beethoven
Sur les traces de Mozart et Haydn
Beethoven enfant au
piano, Erich Nikutowski © Beethoven-Haus, Bonn Il n’y a pas de raison que Ludwig soit moins doué que Mozart au même âge pense son père. Ses progrès en piano sont impressionnants, et Johann van Beethoven se fait fort d’obtenir un congé à la cour (il est employé à la Cour de Bonn par le prince archevêque Maximilian Friedrich, comte de Königsegg-Rothenfels et donne des cours de clavier et de chant aux enfants de bonne famille. Très porté sur les bonnes boissons, il apprécie avant tout la compagnie de ses amis.) de Bonn pour faire entendre son fils dans les grandes cours européennes, comme Leopold Mozart l’avait fait quinze ans auparavant. L’expérience(elle commence avant que Ludwig ait 11 ans ; le périple passe par la Hollande.) est de courte durée car la patience et la psychologie ne sont pas ses plus grandes vertus. Johann a néanmoins la sagesse de confier l’éducation musicale de Ludwig à de bons formateurs. L’un d’eux (Christian Gottlob Neefe (1748-1798) est son troisième professeur, après son père Johann et l’ancien organiste de la cour de Bonn. Il est aussi directeur musical d’une troupe de théâtre. Il propose à Ludwig de devenir son assistant alors qu’il a 11 ans, ce qui lui permet de se familiariser avec le répertoire d’opéra et de théâtre. Il écrit dans une notice : « Ce jeune génie mérite d’être soutenu et de pouvoir voyager. Il deviendra certainement un second WA Mozart, s’il continue comme il a commencé ».) perçoit le talent étonnant de Ludwig, le conseille adroitement et l’encourage à publier sa première œuvre (Neuf variations sur une marche de Dressler, publiées à 12 ans.), ne négligeant pas au passage de lui transmettre sa vision du rôle de l’artiste (l’artiste doit être capable de transformer la vie des gens.) dans la société. Un peu plus tard, le jeune homme de 17 ans, devenu altiste à l’orchestre de la cour, obtient une bourse exceptionnelle réservée aux meilleurs éléments, lui permettant de se perfectionner dans une ville de son choix. Ce ne peut être que Vienne. Il s’apprête à rencontrer enfin le plus grand compositeur vivant : Haydn (Mozart habite aussi Vienne à cette époque, occupé par la composition de Don Giovanni et déjà bien éloigné des attentes des Viennois.). Les premiers jours passés dans la capitale sont prometteurs, Ludwig rencontre même Mozart, mais la maladie(une phtisie) de sa mère le rappelle au bout de quinze jours à Bonn, pour assister finalement à son décès. Les années qui suivent voient s’affirmer l’un des plus grands virtuoses(les grands virtuoses du clavier commencent à apparaitre au XIXe siècle, au moment où les concerts publics se développent. Leur technique éblouissante permet d’attirer l’attention d’éventuels mécènes, au moment justement où les compositeurs sont de moins en moins attachés à un poste fixe.) de son époque : Ludwig s’intègre avec facilité dans les milieux aisés et provoque l’émerveillement. Les salons de l’aristocratie ne se lassent pas de ce jeune homme qui improvise comme personne, prenant soin de truffer ses morceaux de formules injouables pour ne pas être copié par ses « ennemis mortels ».
Le premier début de
Beethoven, Holzstich von Richard Brend'amour d’après
Borchmann © Beethoven-Haus, Bonn La jeunesse de Ludwig est l’époque de la découverte de quelques grands hommes appréciés dans la bonne société : Shakespeare, Schiller… Les événements de la Révolution française encouragent les idéaux que Ludwig est en train de se forger : il prend goût à l’héroïsme, à la liberté, et admire bientôt l’action de ce Français qui se hisse au-dessus de tous : Bonaparte(sa Symphonie n°3 « Héroïque » s’intitule « Bonaparte » et lui est dédiée dans un premier temps, jusqu’à ce qu’il devienne empereur. Dès lors, il serait très inconvenant que Ludwig, dans une Autriche en guerre contre la France, conserve sa dédicace.). Il lui paraît de plus en plus évident en lisant Plutarque(biographe et moraliste grec né vers 46. Il est l’auteur des Vies parallèles des hommes illustres.) que certains hommes sont appelés à un destin différent, qui les élève au-dessus de leurs contemporains. Cela tombe bien, car son entourage s’accorde à penser que Ludwig est un génie (Ludwig lui-même parle souvent de sa « mélancolie », signe presque immanquable du génie, d’après une théorie née dans l’Antiquité grecque et exhumée à l’époque romantique.). Haydn a l’occasion de l’écouter lors de son passage à Bonn en allant vers Londres : il l’invite à venir travailler avec lui. A l’occasion de ce deuxième voyage(Haydn s’arrange pour que le récent protecteur de Ludwig, le comte Ferdinand von Waldstein (conseiller du prince électeur), obtienne un congé pour son protégé.) à Vienne à 22 ans, ses amis de Bonn lui offrent un album regroupant les plus élogieux et touchants témoignages : il leur paraît évident que Ludwig est l’héritier(le comte Waldstein écrit : « Cher Beethoven, vous allez à Vienne pour réaliser un vœu depuis longtemps exprimé : le génie de Mozart est encore en deuil et pleure la mort de son disciple. En l’inépuisable Haydn, il trouve un refuge, mais non une occupation : par lui, il désire encore s’unir à quelqu’un. Par une application incessante recevez des mains de Haydn l’esprit de Mozart ».) de Haydn et Mozart.
Devenir un héros
Beethoven se
promenant dans la nature, W.A. Mey © Beethoven-Haus, Bonn Bonn (situé sur la rive gauche du Rhin.) est occupé par l’armée française deux ans après son départ : Beethoven ne peut donc y revenir et son congé devient un départ définitif. Seule Vienne(elle est le siège de la cour impériale, possédant son opéra et son orchestre. Elle abrite de nombreux orchestres privés appartenant à l’aristocratie, des associations de concerts, des éditeurs, des marchands de musique, des facteurs d’instruments.) de toute façon peut permettre à son génie (il écrit à son ancien professeur Neefe : « Courage. Malgré toutes les défaillances du corps, mon génie doit triompher ».) de se développer comme il convient. L’illustre professeur Haydn (celui-ci lui dit : « Vous aurez des pensées que personne n’a encore eues ».) y contribue dans un premier temps. Leçon après leçon, Beethoven s’immerge dans le plus bel art classique, s’apprêtant à accomplir de cette manière la prophétie de ses amis de Bonn. La symphonie classique et l’écriture pour quatuor sont assimilées, ainsi que cette façon qu’a Haydn de pouvoir construire un développement de dix minutes à partir d’une simple cellule de quelques notes. Quelle n’est pas la surprise du maître Haydn, alors âgé de 60 ans, lorsqu’un an plus tard son élève de 26 ans refuse de l’accompagner dans son deuxième voyage triomphal à Londres ! Beethoven affirme ainsi son indépendance, comme il refuse par la suite d’ajouter « élève de Haydn » sur ses compositions : il est unique et ne saurait lier son destin à quiconque. Il continue toutefois à prendre des cours de composition avec le remplaçant(Johann Georg Altbrechtsberger (1736-1809), organiste de la cour de Vienne, maître de chapelle de la cathédrale, très apprécié de Mozart. Il est l’auteur de deux traités : Méthode fondamentale de composition et Méthode rapide pour apprendre la basse continue.) de Haydn jusqu’au jour où il juge qu’aucun de ses contemporains désormais ne saurait lui apprendre quoi que ce soit.
Beethoven au
clavier, Leonid O. Pasternak © Beethoven-Haus, Bonn Son prodigieux talent de pianiste(Czerny (1791-1857), élève de Beethoven, écrit : « Son improvisation était on ne peut plus brillante et étonnante ; dans quelque société qu’il se trouvât, il parvenait à produire une telle impression sur chacun de ses auditeurs qu’il arrivait fréquemment que les yeux se mouillaient de larmes, et que plusieurs éclataient en sanglots. Il y avait dans son expression quelque chose de merveilleux, indépendamment de la beauté et de l’originalité de ses idées et de la manière ingénieuse dont il les rendait ».), l’extrême originalité de ses compositions et son caractère fougueux assurent à Beethoven des amitiés durables, tant masculines que féminines. Princes(parmi les plus connus : les princes Lichnowsy, Lobkowitz, Galitzine.) et princesses se l’arrachent, les salons ne brillent que par sa présence, si bien qu’il finit par tirer profit de la situation, en fin calculateur. Un prince viennois désirant passer à la postérité se doit de lui passer commande, ou de le rétribuer largement pour la dédicace d’une œuvre. Le carnet d’adresse ainsi rempli, Beethoven fait jouer la concurrence(les éditeurs en sont pour leurs frais aussi, placés en concurrence de Paris à Leipzig, de Bonn à Londres, souvent pour des œuvres ayant un contrat d’exclusivité, et parfois n’étant même pas encore composées.), et il n’est pas rare qu’une dédicace change(c’est très fréquent. Par exemple, le Concerto n°4 op 58 est à l’origine dédié à son ami Ignaz Gleichenstin, mais c’est finalement l’archiduc Rodolphe qui la reçoit, étant devenu un fort intéressant mécène entre temps. Gleichenstein est « dédommagé » avec la Sonate pour piano et violoncelle op 69.) de destinataire au dernier moment au profit d’une personne plus fortunée, plus couronnée… ou plus séduisante. L’aboutissement de ces entreprises est imminent. Beethoven, très apprécié aussi en dehors de Vienne, fait mine de vouloir quitter la capitale pour offrir ses services à Jérôme Bonaparte (nouveau roi de Westphalie, royaume créé le 1 décembre 1807 au lendemain du Traité de Tilsit.), prenant soin d’organiser en 1808 un immense concert (au Théâtre An der Wein. Ce concert dure près de cinq heures, durant lesquelles sont créées entre autres œuvres les Symphonies n°5 et 6. Cela donne la conviction à sa protectrice Marie Erdödy, chez qui il habite depuis peu, que les Viennois doivent faire tout leur possible pour le retenir à Vienne.) de ses œuvres auparavant afin de marquer les esprits. L’opération est payante : trois princes (Lobkowitz, Kinsky et l’archiduc Rodolphe s’engagent à lui verser une rente annuelle de 4000 Gulden.) s’associent pour lui offrir à 39 ans une rente considérable lui permettant de composer sereinement jusqu’à la fin de ses jours. A condition toutefois qu’il reste à Vienne et que les Viennois aient la primeur de ses œuvres!
L’isolement du Créateur
Beethoven, étude pour une gravure sur argent, c. 1819,
Joseph Daniel Böhm © Beethoven-Haus, Bonn Prince au-dessus des princes, Beethoven affirme son indépendance à l’égard de ses mécènes lorsqu’il le juge nécessaire (à condition que d’autres prennent le relais). Par une nuit noire, il claque la porte de château du prince Lichnowsky dont l’aide matérielle lui avait été indispensable jusqu’alors, lui rappelant au passage son rôle insignifiant (celui-ci l’invite dans son château de Silésie pour l’été, alors qu’il est occupé par les troupes françaises. Il menace Beethoven de le faire mettre aux arrêts s’il s’obstine à refuser de jouer devant les militaires. Beethoven s’obstine, part en pleine nuit dans le brouillard et écrit au prince : « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance, ce que je suis, je le suis par moi ; des princes, il y en et il y en aura encore des milliers ; il n’y aura qu’un Beethoven ».) dans l’histoire par rapport à lui-même. La situation matérielle de Beethoven se fragilise quelques années plus tard : personne ne pouvait prévoir que certains parmi ses généreux donateurs feraient faillite (le prince Lobkowitz est ruiné par la banqueroute de l’Etat autrichien et placé sous tutelle financière en 1813. Le prince Kinsky quant à lui, meurt après une chute de cheval en 1812. Parmi les trois signataires de la rente annuelle, il ne reste que l’archiduc, qui fait ce qu’il peut.) en raison d’un contexte politique très défavorable. Ne se laissant pas abattre, il tâche de récupérer l’argent qui lui semble dû par l’entremise de ses amis. Un début de surdité(Beethoven devient complètement sourd à l’âge de 50 ans.) apparaît à l’âge de 26 ans, dû certainement à une paresse de l’oreille, comme on le pense à l’époque : une simple cure devrait y remédier. Pourtant, une telle affection paraît bien peu compatible avec l’avenir d’un musicien qui veut être le plus grand de tous. Le caractère irascible de Beethoven en est affecté, mais curieusement tempéré à certains moments par de grands élans d’affection. Le célèbre « Testament d’Heiligenstadt » (cette lettre est publiée le 17 octobre 1827. Beethoven l’adresse officiellement à ses deux frères, mais la portée de son message va bien au-delà : elle s’adresse à l’humanité. Il y exprime l’idée qu’il doit sauver l’ « humanité souffrante » : encore une image construite à partir de ses lectures de Plutarque. La lettre commence ainsi : « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi ».), écrit lors d’un de ces moments où Beethoven pense mettre fin à ses jours, montre le personnage sous un jour touchant et troublant. Dès lors, les cures thermales(à Teplitz, ville réputée soigner divers maux, et particulièrement la surdité. Il y rencontre Gœthe durant l’été 1812, qui écrit : « Je n’ai encore jamais vu un artiste plus puissamment concentré, plus énergique, plus intérieur. […] C’est malheureusement une personnalité tout à fait indomptée ».) n’opérant aucun miracle, Beethoven s’isole, ayant recours bientôt à de curieux cornets acoustiques et à des carnets(il les utilise depuis l’âge de 48 ans. Il en reste 139 à sa mort, revus et « corrigés » par son biographe et secrétaire Schindler (1795-1864).) de conversations. Il doit trouver en lui-même suffisamment de force (il puise dans ses lectures, Plutarque particulièrement, l’idée de cette force, et écrit : « la force est la morale de ceux qui se distinguent des autres ».) pour résister à son sort, comme l’auraient fait les plus grands héros du passé.
Beethoven composant
au clavier, Albert Gräfle, © Beethoven-Haus, Bonn Dans ces conditions, le pianiste virtuose doit céder définitivement la place au Créateur. A l’imitation des grands hommes de l’Antiquité, Beethoven doit accomplir en musique ce qui n’existe pas encore : il lui faut « prendre le destin à la gorge » (propos tenus à 31 ans à son ami de longue date Wegeler.), comme le héros Coriolan(L’Ouverture Coriolan, composée à 37 ans pour introduire le drame de Heinrich von Collin Coriolanus, marque le début de sa période « Héroïque ». Beethoven y transpose le drame dans le domaine instrumental : le héros Coriolan doit surmonter sa souffrance et affronter un sort dépassant l’échelle humaine.). Il estime que sa musique peut aider l’homme(l’oratorio Le Christ au mont des Oliviers écrit à 32 ans est l’histoire d’un homme d’exception qui est prêt à donner sa vie pour sauver les hommes, à l’image de Beethoven. De même, Florestan, le héros de l’opéra Fidelio, seul dans son cachot et luttant contre l’arbitraire, est encore une représentation de Beethoven.), de même que les héros d’autrefois mettaient leur vie en jeu pour sauver leur peuple. Très tôt, ses œuvres sont réputées injouables(cela dure jusqu’à la fin de sa vie : l’éditeur Artaria achète son Quatuor n°13 op 130, le fait graver, mais refuse de le publier après l’avoir entendu en raison de sa trop grande difficulté.) et inchantables ; pour se défendre des critiques, il en vient à affirmer la valeur essentielle de la difficulté(« Ce qui est difficile est en fait beau, bon et grand » : il répond cela à l’un de ses éditeurs, fatigué de s’entendre dire que ses œuvres sont trop difficiles à jouer pour les amateurs.) en art. Les innovations de son écriture pianistique amènent les facteurs(à Vienne, Andreas Streicher est incité, sous la pression de Beethoven, à fabriquer des pianos capables de dépasser la « sonorité de la harpe ».) à améliorer dans l’urgence leurs instruments, donnant naissance à un piano plus puissant appelé Hammerklavier(la Sonate n°29 op 106 porte d’ailleurs le nom de Hammerklavier. Beethoven déclare à son éditeur en 1819 : « Voilà une sonate qui donnera de la besogne aux pianistes, quand on la jouera dans cinquante ans ».). Il est bien heureux que ses œuvres symphoniques plaisent à un large public (Il écrit : « Il est certain qu’on écrit mieux quand on écrit pour le public, et il est certain qu’on écrit plus vite » après un concert fastueux auquel assiste tout le gratin musical viennois (Salieri, Hummel, Spohr, Schuppanzigh…), et lors duquel est créée en public sa Symphonie n°7.), mais cette faveur ne saurait durer : sa pensée créatrice est à l’opposé des frivoles attentes viennoises. Certains de ses quatuors à cordes (les trois Quatuors op. 59 dédiés au prince Andrei Razumovsky. écrits à 36 ans lui attirent des rires de ses proches amis : l’idée naît que Beethoven se moquerait du monde !
Beethoven composant
la Missa Solemnis, par Joseph Carl Stieler, portrait à
l’huile, 1819 ou 1820 © Beethoven-Haus, Bonn Les dernières années sont difficiles : Beethoven est fréquemment malade(coliques, maux d’estomac, toux, bronchites, irritations des yeux, jaunisses… et cela malgré le bon vin qu’on lui amène, réputé guérir bon nombre de maux.) et incapable de se lever, il laisse des forces précieuses dans un procès de près de cinq ans visant à obtenir la garde de son neveu (le frère de Beethoven meurt en 1815 ; Beethoven désire obtenir la garde de son neveu, contre l’avis de son frère (celui-ci avait pourtant accepté dans un premier temps) et de sa belle-sœur. Le procès gagné, Beethoven place son neveu successivement dans deux institutions d’éducation de bonne réputation. Ces deux périodes sont entrecoupées d’une fuite dramatique (pour Beethoven) de Karl chez sa mère.). Cette victoire obtenue, Karl s’avère peu docile malgré le système d’espionnage mis en place par son oncle : il préfère s’inscrire dans une école de commerce ou être militaire plutôt que de devenir génial ! Le choc est rude. Beethoven a vraisemblablement perdu une partie de la perception des réalités lorsqu’il compose ses dernières œuvres, époustouflantes et géantes. C’est le temps de l’immense 9ème Symphonie(elle est dédiée au roi de Prusse Frédéric Guillaume III. Son succès est tel lors de sa création le 7 mai 1824, que la police doit intervenir pour faire cesser les applaudissements : Beethoven a eu cinq rappels, alors que seuls l’Empereur et sa famille ont droit à cet honneur (Vienne traverse une période difficile de censure, de surveillance étroite…).), dans laquelle les chanteurs se joignent aux musiciens, de la grandiose Missa Solemnis (elle devait être composée pour la nomination de l’archiduc Rodolphe au siège épiscopal d’Olmütz en 1819, afin qu’il prenne Beethoven à son service comme Maître de chapelle. La messe est achevée en 1822 avec deux ans de retard. Beethoven la considère comme son œuvre la plus importante, au point qu’il demande au peintre Joseph Karl Stieler de le représenter en train de la composer.), des incontournables Variations Diabelli(elles sont le pendant des Variations Goldberg de Bach. L’éditeur, pianiste et compositeur autrichien Anton Diabelli demande à cinquante compositeurs viennois d’écrire chacun une variation sur un thème de valse qu’il leur soumet, dans le but d’illustrer la situation musicale de Vienne en 1820. Beethoven « oublie » le projet initial au profit d’une composition d’une grande audace, très en avance sur son époque.). Il tâche de composer un morceau de substitution à sa monumentale Grande fugue (elle est un vibrant hommage à l’art de Bach et Haëndel. Il reçoit à la fin de sa vie (comme Schubert !) les 40 volumes de l’œuvre complète de Haëndel et déclare : « Voilà la vérité ». Son éditeur refuse de publier le Quatuor n°13 s’achevant par cette fugue, la jugeant injouable) chez son frère, alors que Karl vient de rater son suicide (ne supportant plus le régime imposé par son oncle, il achète deux pistolets et, pensant mettre fin à ses jours, ne fait que se blesser. Il est retrouvé ensanglanté par un voiturier dans les ruines d’un château. Après avoir été soigné, il est conduit en prison car le suicide est alors considéré comme un crime.): c’est sa dernière œuvre.
Beethoven sur son
lit de mort, Joseph Danhauser, lithographie d’après son
propre dessin, 1827 © Beethoven-Haus, Bonn Il repart seul pour Vienne dans des conditions physiques délabrées, pensant qu’il se rétablira comme chaque fois, et que vingt ans ne suffiront pas à accomplir son œuvre véritable (il a plusieurs projets en tête : une 10ème Symphonie, des opéras, deux oratorios, une Ouverture sur le nom de Bach, un Requiem…), n’ayant écrit jusque là que « quelques notes ». Il décède (les très nombreux visiteurs viennent prélever des mèches de cheveux, deux artistes en font le portrait, un lavis (technique de peinture n’utilisant qu’une seule couleur) de ce qu’il voyait de son lit est largement diffusé…) quatre mois plus tard, au milieu des coups de tonnerre du premier orage de printemps.
Les funérailles de
Beethoven à Vienne, le 29 mars 1827 © D.R. Près de la moitié des habitants de Vienne assistent à ses funérailles. Son corbillard princier(tiré par quatre chevaux, comme un prince.) précède un cortège de deux cents fiacres. Parmi les porte-flambeaux se trouve un jeune compositeur de 30 ans, le seul dont Beethoven aurait accepté d’apprendre encore : Franz Schubert ( Schubert dira de Beethoven : « Il sait tout, mais nous ne pouvons pas tout comprendre encore, et il coulera beaucoup d’eau dans le Danube avant que tout ce que cet homme a créé soit généralement compris ».).
A retenir :
- Le père de Beethoven essaie d’imiter Léopold Mozart en commençant à parcourir les grandes villes européennes pour faire entendre son fils : le projet échoue.
- Les lectures et l’entourage de Beethoven lui font réaliser assez tôt qu’il est un génie.
- Il part à Vienne étudier avec le plus célèbre compositeur vivant : Haydn.
- Il devient le plus grand pianiste virtuose de Vienne (contrairement à Schubert, obligé de simplifier les traits difficiles pour les jouer) : les salons se l’arrachent.
- Il construit son style à partir de ceux de Haydn et Mozart, les développant et leur ajoutant une dimension héroïque.
- Très habilement, il joue de son immense talent de pianiste et de compositeur pour que les mécènes s’attachent à lui et lui permettent de vivre. Il joue néanmoins de malchance car Vienne traverse une crise financière importante.
- Il ressent les premiers signes de la surdité à 26 ans, et devient complètement sourd à 50 ans. Le Testament d’Heiligenstadt nous en livre une image très touchante. Il doit communiquer à l’aide de carnets de conversation.
- Il agit comme s’il était un héros de l’Antiquité : il y puise la force de résister à son mal.
- Les interprètes de son époque se plaignent en raison de son écriture extrêmement difficile.
- Beethoven hérite de la garde de son neveu à 45 ans, ce qui provoque de nombreux troubles psychiques.
- Ses dernières œuvres sont immenses.
- La moitié des Viennois se déplacent pour assister à son enterrement, aussi fastueux que celui d’un prince.