> Dossiers pédagogiques > Concerts éducatifs

Les voyages

Le premier voyage important : Vienne en 1762

Léopold, homme averti qui connaît les intrigues de la vie de cour va calculer méthodiquement la carrière de ses deux enfants prodiges, et plus particulièrement celle de Wolfgang. Il organise ainsi plusieurs voyages dont il prévoit le budget, faisant paraître des avis publicitaires dans la presse et tissant de nombreuses relations.
Les deux enfants savent alors jouer du clavecin, et le jeune Wolfgang emporte avec lui un violon fait à sa taille. Ils quittent Salzbourg le 18 septembre. Ils rejoignent Vienne par voie d’eau, par le Danube. Ils déjeunent à Ips le 5 octobre :
« Là, les trois moines qui avaient été nos compagnons dans le coche d’eau sont allées dire leurs messes. Pendant les messes, Wolferl (Diminutif de Wolfgang) s’est débrouillé pour grimper jusqu’à l’orgue. Et là, il en joua si bien que les moines franciscains qui étaient en train de déjeuner avec des invités se sont arrêtés de manger, sont accourus à la chapelle et ont failli mourir d’ahurissement »
Léopold, 16 octobre 1762.
Le voyage se déroule dans des conditions difficiles :
« Wolfgang avait un rhume depuis Linz, et malgré la vie désordonnée, les réveils matinaux, l’irrégularité des repas, la pluie et le vent, il est maintenant, Dieu merci, bien d’aplomb ».
Léopold, 16 octobre 1762.
Le petit garçon résiste bien aux rudes conditions de voyage d’alors. La famille a été annoncée aux deux fils de l’impératrice Marie-Thérèse, qui décide de recevoir personnellement deux fois les musiciens le 13 et le 21 octobre à Schœnbrunn.

Paragraphe illustré Titre

Bernardo Belloto, Palais de Schœnbrunn et jardins, vers 1760, Kunsthistorisches Museum, Vienne  Bernardo Belloto, Palais de Schœnbrunn et jardins, vers 1760, Kunsthistorisches Museum, Vienne 

Le palais des Habsbourg - la famille impériale - a été détruit lors du siège de Vienne par les Turcs en 1683. Le nouveau palais est construit sur l’inspiration de celui de Versailles, et les travaux se poursuivent encore sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse, que rencontrent Léopold et ses deux enfants.

Marie-Thérèse, son mari, François de Lorraine et leurs enfants, château de Schönbrunn, Vienne. Marie-Thérèse (1717-1780) archiduchesse d'Autriche et impératrice, reine de Hongrie et de Bohême (1740) cultive une vraie vie de famille au milieu de ses nombreux enfants : seize en tout !  Marie-Thérèse, son mari, François de Lorraine et leurs enfants, château de Schönbrunn, Vienne. Marie-Thérèse (1717-1780) archiduchesse d'Autriche et impératrice, reine de Hongrie et de Bohême (1740) cultive une vraie vie de famille au milieu de ses nombreux enfants : seize en tout ! 

« Je n’ai plus que le temps de vous dire en hâte que nous avons été reçus par Leurs Majestés, avec une bienveillance  tellement extraordinaire que lorsque je le raconterai, on prendra cela pour une fable. Bref ! Le Wolferl (Diminutif de Wolfgang) a sauté sur les genoux de l’impératrice, lui a mis les bras autour du cou et l’a bravement embrassée. Nous avons été chez eux de trois heures à six heures, et l’empereur lui-même m’a emmené dans une pièce voisine pour que je puisse entendre l’infante jouer du violon »
Léopold, 16 octobre 1762
« La séance qu’ils donnèrent devant les Majestés impériales avait duré plus de trois heures ; et les grands-ducs et duchesses y avaient également assisté. L’empereur François dit, entre autres choses, à Wolfgang, que ce n’était pas difficile de jouer avec tous ses doigts ; mais ce qui serait plus malaisé, ce serait de jouer ainsi sur un clavecin qu’on aurait recouvert. Là-dessus, l’enfant se mit aussitôt à jouer d’un seul doigt avec la plus grande agilité ; après quoi, il fit recouvrir les touches, et joua par-dessus un drap, tout à fait comme s’il s’était déjà exercé souvent à ce tour de force »
 Nannerl  
Tout cela a un côté exhibitionniste, plus que musical à proprement parler. Marie-Thérèse, pour les remercier, leur envoie deux habits de Cour ayant appartenu à ses propres enfants.

Les visites se succèdent à un rythme effréné : toute la noblesse éclairée demande à recevoir Mozart.
« Les seigneurs nous retiennent jusqu’à une semaine d’avance, de peur d’arriver trop tard (…). Une fois, nous sommes allés dans une maison à deux heures et demie, y sommes restés jusqu’à trois heures et quart ; le comte Hardegg nous a alors fait prendre avec sa voiture et conduire au grand galop chez une dame, chez qui nous sommes restés jusqu’à cinq heures et demie. Le comte Kaunitz nous y a fait prendre et nous sommes partis de chez lui qu’à neuf heures le soir »
Léopold, 19 octobre 1762.
Un tel rythme épuise l’enfant qui tombe malade après la 2ème audience au palais de Schœnbrunn, où il s’était présenté fiévreux. Il attrape la scarlatine. Lors de l’anniversaire de Wolfgang, son père lui offre, pour ses 6 ans, un nouveau cahier de musique pour lui apprendre à composer. Il s’agit d’un cahier où sont écrites 126 petites pièces, de différents genres musicaux, aria (c’est-à-dire un air), sonate, avec aussi des morceaux de trompette ou de cor de chasse. Les Mozart ne sont maintenant plus guère demandés : les amateurs de musique craignent la maladie de l’enfant, encore contagieuse. Les Mozart quittent Vienne pour Salzbourg le 30 décembre 1762.

Wolfgang entre Salzbourg et l’Europe

Carte des différentes villes d’Europe visitées par Wolfgang Dictionnaire Mozart, sous la direction de H. C. Robbins Landon, Paris, 1997 Carte des différentes villes d’Europe visitées par Wolfgang Dictionnaire Mozart, sous la direction de H. C. Robbins Landon, Paris, 1997

Léopold veut faire connaître à l’Europe son fils, dont il a parfaitement conscience du génie :
« Je dois montrer ce miracle au monde (…) puisque aujourd’hui (…) on contredit tous les miracles »
Léopold, 30 juillet 1768.
Mais cela ne l’empêche pas d’avoir la tête sur les épaules, et d’organiser très méthodiquement les voyages de Wolfgang. Même quand celui-ci est devenu grand – et qu’il part sans lui -, il lui écrit encore des lettres de recommandations. Le père de Mozart nous offre ainsi le mode d’emploi qu’il utilisait pour obtenir en voyage des renseignements pratiques sur la vie musicale et en tirer profit pour la carrière de son fils : « On demande à son aubergiste qui est maître de chapelle ou directeur de la musique, ou s’il n’y en a point, qui est le compositeur le plus célèbre. On se fait conduire chez lui ou, suivant son rang, on demande à le recevoir ou à s’entretenir avec lui. De cette façon on sait aussitôt si les frais d’un concert sont importants, si l’on peut se procurer un bon clavecin, si l’on peut avoir un orchestre, s’il y a beaucoup d’amateurs (…). On fait cela en tenue de voyage, sans défaire ses bagages ; on se contente de mettre quelques bagues, etc. ; c’est tout ce qu’il faut au cas où l’on trouve un clavecin au cours de la visite et qu’on veuille l’essayer »
Léopold, novembre 1777  

Paris

Le premier grand voyage à travers l’Europe, est organisé par Léopold à destination de Paris et de Londres. Les Mozart quittent Salzbourg le 9 juin 1763 pour un voyage de… trois ans ! Les arrêts sont nombreux : à Munich, c’est un grand accueil ;  à Augsbourg, pourtant ville d’origine de Léopold, la réception est très moyenne. Les Mozart sont par contre fort bien reçus à Mannheim (le violoniste Johann Stamitz (1717-1757 a fait de l’orchestre de cette ville un des meilleurs de l’époque. Les instrumentistes sont d’excellent niveau, et on se déplace de l’étranger pour écouter le célèbre crescendo de cet orchestre !), où ils peuvent écouter un des meilleurs orchestres d’Europe. A Francfort, le jeune Johann Wolfgang Gœthe (poète, romancier et théoricien de l’art, 1749-1832) écoute Nannerl et Wolfgang, avant que toute la famille reparte pour Bruxelles :
« Je l’ai vu, enfant de sept ans, quand il donna un concert, au cours d’un voyage. Moi-même j’avais alors 14 ans environ, et je me souviens encore parfaitement de ce petit bonhomme avec sa perruque et son épée »
Gœthe, 3 février 1830.
Six mois après avoir quitté Salzbourg, les Mozart arrivent enfin à Paris le 18 novembre 1763 où ils s’installent à l’hôtel de Beauvais (grande demeure du XVIIème siècle existant encore de nos jours, rue François-Miron, dans le quartier du Marais). Le baron Grimm (de son vrai nom baron Christian Friedrich Melchior von Grimm, 1723-1807), secrétaire du duc d’Orléans (cousin du roi Louis XV), écrit un article sur Wolfgang qui va le faire connaître et lui  permettre d’être reçu chez l’aristocratie parisienne, mais bien plus encore à Versailles, par la famille royale et Louis XV.

  « Il a un si grand usage du clavier qu’on le lui dérobe par une serviette qu’on étend dessus, et il joue sur la serviette avec la même vitesse et la même précision. C’est peu pour lui de déchiffrer tout ce qu’on lui présente : il écrit et compose avec une facilité merveilleuse, sans avoir besoin d’approcher un clavecin et de chercher ses accords (…). Je ne désespère pas que cet enfant ne me fasse tourner la tête, si je l’entends encore souvent ; il me fait concevoir qu’il est difficile de se garantir de la folie en voyant des prodiges »
Grimm, Correspondance littéraire (Cette correspondance est lue dans tous les salons de l’époque : Grimm écrit un très long texte admiratif qui ouvre immédiatement toutes le portes à la famille Mozart), 1er décembre 1763

Paragraphe illustré Titre

Louis CARROGIS dit CARMONTELLE, Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, aquarelle. Musée Condé, Chantilly. Louis CARROGIS dit CARMONTELLE, Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, aquarelle. Musée Condé, Chantilly.

De cette œuvre de Carmontelle sera tirée une gravure, qui permettra de faire connaître au grand public le visage de Mozart. On lit en effet l’annonce suivante, dans la presse de l’époque : « On y voit ce Maître enfant jouant du clavecin, sa sœur à côté de lui regardant un papier de musique, et son père derrière lui l’accompagnant du violon ; la ressemblance est parfaite. Cette estampe est gravée d’après le dessin de M. de Carmontelle » Mercure de France, février 1765

Léopold considère dans ses lettres que la musique française « ne vaut pas un sou » !  La famille rencontre cependant de nombreux musiciens et compositeurs, qui ne sont justement pas tous français. Johann Schobert (maître de musique d’origine allemande du prince de Conti, 1735-1767) exerce une grande influence sur le style musical de Wolfgang qui compose alors des Sonates pour le clavecin qui peuvent se jouer avec l’accompagnement de violon, publiées sous l’opus numéro 1, avec dédicace à Madame Victoire, fille de Louis XV. Ce recueil témoigne de l’influence reçue du compositeur Schobert. Il s’agit de la toute première œuvre publiée par le jeune enfant.

Londres

La famille quitte Paris le 10 avril 1764 pour Londres. L’arrivée dans la capitale londonienne a lieu le 23 avril, et Wolfgang est  présenté avec Nannerl au couple royal britannique (Georges III (1738-1820) et son épouse Charlotte von Mecklembourg-Strelitz (1744-1818)) seulement… quatre jours plus tard ! Wolfgang déchiffre lors d’un concert au palais de Buckingham de la musique de Georg Friedrich Haendel (1685-1759, celui-ci n’est mort que cinq ans avant la venue de Wolfgang), Jean-Chrétien Bach (1735-1782, dernier fils de Jean-Sébastien a longuement séjourné en Italie, si bien qu’on l’appelait « le Bach de Milan »), joue du violon et accompagne la reine (Charlotte von Mecklembourg-Strelitz (1744-1818) est d’origine allemande : elle aime et pratique la musique, surtout le clavecin) qui chante. C’est surtout la rencontre avec Jean-Chrétien Bach qui sera déterminante pour l’enfant : malgré une grande différence d’âge (21 ans !), les deux compositeurs resteront toujours amis :
« Jean-Chrétien Bach, professeur de la Reine, a pris le petit Mozart sur ses genoux et a joué quelques mesures, puis l’enfant a continué, et c’est ainsi que, à tour de rôle, ils ont exécuté une sonate entière avec une précision merveilleuse »
Nissen (Georg Nikolaus Nissen, 1761-1826, épouse Constanze, la veuve de Mozart en 1809 et écrit une biographie sur Wolfgang).

Paragraphe illustré Titre

Thomas Gainsborough, Jean-Chrétien Bach, 1727, Accademia Rossini, Bologne Thomas Gainsborough, Jean-Chrétien Bach, 1727, Accademia Rossini, Bologne

Le fils de Jean-Sébastien Bach apprend à Wolfgang la beauté de la mélodie inspirée de la musique italienne. Mozart écrit ainsi dans la capitale anglaise son tout premier air de concert, et songe déjà – à huit ans ! -, à composer un opéra (« Il a toujours maintenant un opéra en tête » Léopold, 28 mai 1764).
C’est aussi en Angleterre, que Mozart écrit ses premières symphonies, exécutées à Londres en février 1765 : celles-ci témoignent de l’influence importante de son ami Jean-Chrétien Bach (contrastes forte/piano, un mouvement lent avec une mélodie chantante, et un final dansant à 3/8). Tout comme à Paris, il publie aussi des sonates pour clavier avec accompagnement de violon, opus 3, dédicacées à la Reine (Charlotte von Mecklembourg-Strelitz (1744-1818)).
« Et maintenant, je dois faire face à une grosse dépense : six sonates de Wolfgang à faire graver et destinées à être dédiées à la Reine, selon son désir » Léopold, 27 novembre 1764.
 La gravure d’une œuvre musicale coûte à l’époque en effet fort cher : il faut payer un graveur qui effectue un véritable travail d’orfèvre sur les plaques de cuivre qui seront ensuite encrées. Mais il y va de la satisfaction royale !

Paragraphe illustré Titre

Michel Barthélémy Ollivier, Le thé à l'anglaise dans le salon des quatre glaces au Temple avec toute la cour du prince de Conti, écoutant le jeune Mozart, Paris, Musée du Louvre. Cette célèbre peinture représente le jeune Mozart assis à son clavecin, alors que la belle société qui l’entoure paraît plus occupée à préparer la dernière boisson à la mode : le thé !  Michel Barthélémy Ollivier, Le thé à l'anglaise dans le salon des quatre glaces au Temple avec toute la cour du prince de Conti, écoutant le jeune Mozart, Paris, Musée du Louvre. Cette célèbre peinture représente le jeune Mozart assis à son clavecin, alors que la belle société qui l’entoure paraît plus occupée à préparer la dernière boisson à la mode : le thé ! 

Les Mozart quittent finalement Londres en juillet 1765, passent par Calais, Dunkerque, Lille, Gand et La Haye. Le père et ses deux enfants tombent malades : les voyages se passent à cette époque dans des conditions souvent difficiles ! Wolfgang et Nannerl sont tout de même rétablis pour le concert qu’ils donnent à Amsterdam.
« Le sieur Mozart (…) aura l’honneur de donner, le mercredi 29 janvier 1766, un grand concert (…) dans lequel son fils, âgé de 8 ans et 11 mois (Léopold rajeunit donc son fils, qui a en réalité 10 ans !) et sa fille, âgée de 14 ans, exécuteront des concerts sur le clavecin. Toutes les ouvertures seront de la composition de ce petit compositeur, qui, n’ayant jamais trouvé son égal, a fait l’admiration des Cours de Vienne, Versailles et Londres. Les amateurs pourront, à leur gré, présenter de la musique ; il exécutera tout à livre ouvert (il déchiffrera immédiatement la musique, même s’il ne la connaît pas) »
Les enfants sont reçus principalement comme des instrumentistes virtuoses. Wolfgang publie à nouveau des sonates, avec une dédicace royale, ainsi qu’une aria (air de concert).  
Ils reviennent alors vers Paris, en passant par Anvers, Bruxelles, Valenciennes. La capitale française les accueille à nouveau le 10 mai 1766. Ils retrouvent leur protecteur, le baron Grimm. Par deux fois, les Mozart sont reçus à Versailles, au Palais-Royal à Paris et participent aux réceptions organisées par le prince de Conti.

Après deux mois seulement passés à Paris, les Mozart rentrent à Salzbourg en passant par Lyon, Genève, Lausanne, Berne et Zurich. Ils sont partis depuis trois ans !

Le second séjour viennois

Après un séjour de neuf mois à Salzbourg la famille repart début 1768 pour Vienne, où l’accueil n’est plus aussi triomphal qu’auparavant : les enfants ont grandi, Wolfgang a maintenant 12 ans, et Nannerl 17 ! Il est maintenant plus difficile d’éblouir facilement les foules. Wolfgang répond cependant à une commande qui correspond à son vœu le plus cher : écrire un opéra :
 « On fut généralement d’avis qu’il serait merveilleux qu’un enfant de douze ans écrivît un opéra et le dirigeât lui-même, ce qui ne s’est jamais vu ni actuellement, ni dans le passé ».
Léopold, 21 septembre 1768.
Ce premier opéra de Mozart, La finta semplice (La fausse ingénue, d’après Carlo Goldoni 1707-1793), ne sera représenté en fait… qu’à Salzbourg (le jour de la fête de l’archevêque), tant les obstacles empêchent sa création à Vienne même. Même si Wolfgang ne retrouve pas dans la capitale l’accueil chaleureux qu’il y avait reçu, il peut découvrir et entendre de nombreux opéras italiens (les opéras des XVIIème et XVIIème siècles sont principalement écrits en cette langue) et des symphonies allemandes (le schéma de la symphonie à quatre mouvements - vif, lent, menuet et vif - est prépondérant à Vienne, dès les années 1760) : la découverte de ces différentes œuvres nourrit fortement son écriture musicale.

L’Italie

Après avoir obtenu de l’archevêque Sigismond von Schrattenbach leur congé, Wolfgang et son père partent seuls pour l’Italie : Nannerl a grandi, et ses leçons de musique apportent un revenu bien apprécié par la famille, d’autant que leur employeur suspend le salaire versé durant le temps du voyage ! La jeune fille reste donc à Salzbourg avec sa mère.
Le début du voyage se passe parfaitement. Les villes visitées sont en grande partie sous domination autrichienne, ce qui facilite les divers contacts. Les deux voyageurs sont reçus comme des célébrités et Mozart prend un très vif plaisir à l’Italie :
« En vérité, j’ajouterai aussi qu’il ne fait pas froid du tout, qu’il fait aussi chaud dans notre voiture que dans notre chambre (…), je chante sans cesse « Tralaliera, Tralaliera » et (…) il n’est plus nécessaire de mettre du sucre dans la soupe, maintenant que je ne suis plus à Salzbourg… J’ai faim, j’ai très envie de manger ». Wolfgang à sa sœur, 12 décembre 1769.
Les Mozart s’arrêtent à Mantoue, où Wolfgang donne un concert le 16 janvier 1770. Le compte-rendu, publié dans la gazette de la ville, met l’accent sur les talents du compositeur :
« Ecrire comme les meilleurs maîtres, pour les chanteurs comme pour les instrumentistes, à autant de voix (…) qu’on le désire, est pour lui une chose facile et sans importance, de sorte qu’il peut l’exécuter immédiatement sur le clavecin. Ce soir-là (…), il joua en plus deux symphonies de sa composition, dont l’une ouvrit le concert et l’autre le termina, des concertos, des sonates (…) et il en répéta une en différentes tonalités (c’est-à-dire qu’il transpose le même morceau plusieurs fois). Il chanta un air à première vue, dont il n’avait jamais lu les vers, avec un accompagnement adéquat. (…) On lui donna une partie de violon d’une symphonie, d’après laquelle il composa immédiatement les autres parties (…). Enfin, il joua sur le violon seulement, un trio d’un maître célèbre, d’une manière incomparable… »
Gazette de Mantoue, fin janvier 1770

Ils sont à Milan le 23 janvier 1770, assistent à la première d’un opéra (Cesare in Egitto ou César en Egypte) de Piccini  (Nicolo Vito Piccini (1728-1800), s’installe en France en 1776, où il s’affronte  musicalement à son grand rival Gluck (1714-1787)).
Wolfgang donne des concerts et reçoit la commande d’un opéra (Mitridate, rè di Ponto ou Mithridate, roi du Pont - d’après la tragédie de Jean Racine -, composé durant le reste du voyage et représenté le 26 décembre 1770 au Teatro Regio Ducal de Milan. La célèbre Scala n’est inaugurée qu’en 1778). Passant par Milan, et Parme, le jeune compositeur et son père arrivent à Bologne où Wolfgang rêve depuis longtemps de rencontrer le Padre Martini (Giambattista Martini 1706-1784, professeur de Jean-Chrétien Bach). Wolfgang travaille avec ce dernier l’écriture musicale (et plus particulièrement le contrepoint et la fugue).

Wolfgang Amadeus Mozart, Quaerite primum regnum Dei, manuscrit, Bologne Wolfgang Amadeus Mozart, Quaerite primum regnum Dei, manuscrit, Bologne

Ci contre, exercice d’écriture musicale accompli à Bologne le 9 octobre 1770 par Wolfgang - et corrigé ensuite par le Padre Martini – qui lui permet d’avoir l’honneur de devenir membre de l’Académie Philharmonique de Bologne. La musique est écrite sur quatre portées : chaque ligne commence de manière décalée l’une par rapport à l’autre, alors que la ligne la plus basse ne contient que des notes longues, chantées.

Entre deux séjours à Bologne, Wolfgang et Léopold ont aussi l’occasion de se rendre à Florence et Rome, où Wolfgang écoute et note à la chapelle Sixtine le Miserere d’Allegri (1582-1652) :
« Tu as peut-être déjà entendu parler du Miserere de Rome, tellement célèbre, et qui est estimé à un tel prix qu’il est estimé à un tel prix qu’il est expressément défendu sous peine d’excommunication aux musiciens de la chapelle d’en sortir une partition hors de la chapelle, de le copier ou de le communiquer à qui que ce soit. Or, nous le possédons déjà. Wolfgang l’a déjà écrit ».
Léopold, 14 avril 1770.
Mozart reçoit aussi une décoration : chevalier de l’ordre de l’Eperon d’or, qui lui est conféré par le pape Clément XIV (1705-1774)

Paragraphe illustré Titre

Anonyme, Portrait de Mozart, Civico Museo Bibliographico Musicale, Bologne  Anonyme, Portrait de Mozart, Civico Museo Bibliographico Musicale, Bologne 

Ci-contre, Mozart est représenté en chevalier de l’ordre de l’Eperon d’or, la décoration bien visible sur la poitrine. Le peintre anonyme - et sans grand talent - a peut-être rajouté lui-même la mention manuscrite dans la partie supérieure : CAV. AMADEO WOLFGANGO MOZART ACCAD. FILARMON. DI BOLOG. E DI VERONA (Mozart est représenté comme chevalier, mais aussi comme membre des Académies Philarmoniques de Bologne et Vérone, où il est admis le 5 janvier 1771). C’est l’une des rares fois où le compositeur se montrera avec cette décoration, dont il ne semble pas avoir tiré un orgueil particulier.

Retour à Salzbourg

Le prince-archevêque Hiéronymus Colloredo, Musée municipal, Salzbourg  Le prince-archevêque Hiéronymus Colloredo, Musée municipal, Salzbourg 

Wolfgang et Léopold sont de retour à Salzbourg le 28 mars 1771 et font encore deux voyages  durant les étés 1771 et 1772 à Milan pour deux opéras (Luccio Silla, et Ascanio in Alba) commandés au jeune homme.  

Le retour à Salzbourg entre les deux derniers voyages pour Milan est marqué par un évènement d’importance : la mort de l’ancien archevêque et la nomination de son successeur, Hiéronymus Josef Franz von Paul, comte de Colloredo (1732-1812).   

Ce dernier est un prince réformiste, moderne, mais souvent autoritaire voire méprisant. Il ferme le théâtre, réorganise sa chapelle musicale et réduit les dépenses artistiques. Les Mozart s’en méfient, allant jusqu’à utiliser dans leurs lettres un langage chiffré, tant ils ont peur que leur courrier soit lu !

A part quelques voyages à Munich (pour l’opéra La finta giardiniera) ou Vienne, Mozart est maintenant confiné à Salzbourg. Wolfgang compose pour sa ville natale une musique principalement fonctionnelle ou utilitaire : de la musique religieuse : messes, vêpres… ou  profane : symphonies, concertos, sonates, œuvres de circonstance. L’orchestre de Colloredo  est de haute qualité malgré les critiques de Mozart qui qualifie la musique jouée à la cour de « fruste, maigre et négligée » !
Les partitions très difficiles que  Wolfgang a composées pour la cour supposent au contraire des voix ou des instrumentistes de premier plan. Mais Mozart est décidemment trop à l’étroit dans cette ville un peu provinciale : domestique au service son prince ; il regrette les voyages passés :
 « Je vous assure, sans voyages (au moins pour ceux qui s’adonnent aux lettres et aux arts), on est vraiment un pauvre être ! (…) Un homme de médiocre talent reste toujours médiocre, qu’il voyage ou non – mais un homme de talent supérieur (ce que sans être impie, je ne peux pas nier être moi-même) sera… mauvais s’il doit rester toujours dans le même endroit ».
Mozart, 11 septembre 1778

Deuxième voyage à Paris

Mozart demande trois fois à son employeur de le laisser partir : trois fois Colloredo refuse, invoquant les prétextes les plus divers. Excédé, Mozart démissionne le 1er août 1777 et peut ainsi partir, mais sans son père, qui reste au service de l’archevêque à  Salzbourg.
Il s’en va donc accompagné cette fois de sa mère. Le départ a lieu le 23 septembre 1777 : le duo passe par Munich et Augsbourg, avant d’arriver à Mannheim le 30 octobre.

Mannheim

Aloysia Weber dans le rôle titre d’une traduction allemende de l’opéra Zémire et Azor de Grétry. Peinture de JB von Lampi, 1784 Reproduit dans  L’âge d’or de la musique à Vienne de Landon, planche V.   Aloysia Weber dans le rôle titre d’une traduction allemende de l’opéra Zémire et Azor de Grétry. Peinture de JB von Lampi, 1784 Reproduit dans  L’âge d’or de la musique à Vienne de Landon, planche V.  

Le fils et sa mère vont y demeurer six mois, tant Mozart trouve enfin la reconnaissance qu’il attend d’autres musiciens, dans une ville où tous les instrumentistes sont d’un niveau exceptionnel. Mozart espère vainement la commande d’un opéra, qui ne vient pas.  Léopold enrage, et l’incompréhension naît entre le père et le fils :
« Le but du voyage, le but nécessaire, était, est et doit être de trouver un emploi, ou tout au moins de gagner de l’argent… Maintenant, nous sommes dans la crotte et toujours pas un mot de vos projets »
Léopold, 27 novembre 1777.
 Mozart est entre-temps tombé amoureux d’une jeune cantatrice Aloysia Weber (1760-1839) : elle a 18 ans, il en a 22.

La famille Weber ne représente pas  pour Léopold et Anna-Maria un parti convenable : les échanges de lettre entre le père et le fils deviennent alors conflictuels, et Léopold ne se gêne pas pour exercer sur son fils une sorte de chantage :
« Tu dois avant tout, et de toute ton âme, penser à tes parents, sinon ton âme ira au diable. Rappelle-toi comme tu m’as vu misérable près de la voiture, le matin de ton départ : et pourtant, malade, j’avais fait moi-même tes bagages jusqu’à deux heures de la nuit, et le matin à six heures j’étais à tes côtés afin de tout arranger au mieux. Et maintenant tu me désoles en étant capable d’être aussi cruel »
Léopold, le 12 février 1778.
Wolfgang abandonne sa chère Aloysia et gagne donc en neuf jours avec sa mère la capitale française. Il  revient en France, non plus comme enfant virtuose mais comme rival des compositeurs déjà en place. Mozart veut en effet se faire un nom dans le domaine de l’opéra, mais ne reçoit à nouveau aucune commande particulière. La scène est en effet totalement occupée par deux compositeurs que Wolfgang connaît, et pour lesquels le public se déchire en deux clans rivaux, Gluck et Piccini.
Wolfgang a cependant l’occasion de composer de nombreuses œuvres instrumentales pour la noblesse et la bourgeoisie. Il écrit une symphonie appelée Paris ou parisienne pour le Concert spirituel (l’œuvre y est donnée le 18 juin), un Concerto pour flûte et harpe, destiné au Comte de Guines et à sa fille, ainsi que trois séries de Variations sur des mélodies populaires.
Le baron Grimm n’est pas cette fois l’appui qu’il attendait : il refuse à Wolfgang le prêt d’argent qu’il demande. Pour comble de malchance, Anna-Maria tombe malade vers la mi-juin et meurt le 3 juillet, après quelques heures de coma :
« J’ai tout supporté avec fermeté et abandon, avec la grâce de Dieu. Quand l’état de ma mère fut tout à fait grave, je n’ai plus demandé à Dieu que deux choses ; d’abord, pour ma mère, des derniers moments heureux, et pour moi, force et courage » Wolfgang, le 3 juillet 1778.
 Après six mois passés à Paris, Wolfgang revient à Salzbourg sur l’insistance de son père : son voyage ne lui a pas permis de trouver la situation qu’il espérait alors qu’un poste paraît se libérer pour lui à  lui dans sa ville natale. Sur le chemin du retour, Mozart s’attarde à Mannheim et Munich, tant il refuse de se retrouver enfermé à nouveau à Salzbourg :
« Parlez tant et si fort que  l’archevêque finisse par croire que je ne viendrai peut-être pas, et se résolve à me donner une situation meilleure. Car – écoutez – il m’est impossible d’y penser en gardant mon calme. Vraiment, l’archevêque ne peut pas assez me payer pour cet esclavage à Salzbourg ! Je vous le dis : je n’éprouve que du plaisir si je pense à vous y faire une visite, mais rien qu’un mécontentement total, une détresse totale, quand je me vois à nouveau dans cette cour de gueux »
 Wolfgang, 12 novembre 1778.
 Les retrouvailles avec Aloysia Weber, à Munich, sont rudes pour Wolfgang : son grand amour l’abandonne :
« C’est là que Mozart parut, à son retour de Paris, vêtu d’un habit rouge avec des boutons noirs, selon la mode française, pour le deuil de sa mère ; mais il trouva Aloysia dans d’autres dispositions à son égard. Elle ne sembla plus reconnaître, lorsqu’il se présenta, celui qu’elle avait pleuré naguère. Alors Mozart se mit au clavecin et chanta d’une voix forte : « je laisse volontiers la jeune fille qui ne me veut pas » ». Nissen.
La mort dans l’âme, Wolfgang arrive à Salzbourg le 16 janvier 1779.

A retenir :

  • Leopold Mozart organise très méthodiquement les voyages de son fils.
  • La première œuvre imprimée de Mozart est publiée en France en 1764.
  • Les voyages permettent à Wolfgang de rencontrer des compositeurs qui vont durablement l’influencer (Schobert, Jean-Chrétien Bach, le padre Martini…)
  • En Italie, Mozart se perfectionne dans l’art de l’écriture musicale et obtient des commandes d’opéras.
  • Le dernier grand voyage pour Paris se termine mal : Mozart n’obtient pas la situation qu’il espérait, perd sa mère, et Aloysia Weber, la jeune fille qu’il aimait l’abandonne à son retour
fermer
Votre nom :

Votre email :

Destinataire :

Message :
fermer
fermer
URL :
fermer
Carte des différentes villes d’Europe visitées par Wolfgang Dictionnaire Mozart, sous la direction de H. C. Robbins Landon, Paris, 1997
Carte des différentes villes d’Europe visitées par Wolfgang Dictionnaire Mozart, sous la direction de H. C. Robbins Landon, Paris, 1997
fermer
Votre nom :

Votre email :

Destinataire :

Message :
fermer
fermer
URL :