Symphonie en ré majeur Wq 183/1
Composition et création
Cette symphonie pleine de jeunesse est l’œuvre d’un homme âgé pour l’époque : Carl Philipp Emmanuel a plus de 60 ans et a quitté la cour du roi de Prusse Frederic II depuis huit ans pour s’établir à Hambourg.
Frederic Guillaume II roi de Prusse © D.R.
Les quatre symphonies Wq 183 sont imprimées à Leipzig (le plus grand centre d’édition musicale d’Allemagne de l’époque) en 1780 sous le titre de Symphonies pour orchestre avec douze instruments obligés : 2 cors, 2 flûtes, 2 hautbois, 2 violons, alto, violoncelle, basson, clavecin et violone (une sorte de contrebasse de cette époque). Elles sont dédiées au futur roi de Prusse Frederic Guillaume (Il accède au trône en 1786. C'est un mélomane qui s’intéresse beaucoup aux arts en général. Son orchestre a une grande réputation à l’échelle européenne, et il fait bénéficier de grands compositeurs (Beethoven, Mozart, Carl Philipp Emmanuel) de son soutien).
Le maître de la symphonie à ce moment est Haydn (né 18 ans après lui), il en a déjà composé une soixantaine et, comme l’avait fait Vivaldi pour le concerto au début du siècle, en a défini la forme en quatre mouvements. Carl Philipp Emmanuel en retient ce qui lui plaît, notamment le premier mouvement à deux thèmes contrastés, adoptant la « forme-sonate » (deux thèmes contrastés présentés dans deux tonalités différentes se retrouvent dans la même tonalité à la fin du mouvement, après un développement plus ou moins long).
Description de l’œuvre
1er mouvement
Le premier thème, en ré majeur, est à la fois raffiné et empli d’une vie intense (Allegro di molto). L’utilisation bien dosée des syncopes (note commençant sur la seconde partie du temps et se terminant sur la seconde partie du temps suivant) rompt l’éventuelle impression de monotonie au profit d’une accélération maîtrisée du rythme. Le premier thème est suivi par un saisissant effet de contraste d’un deuxième thème en mi majeur confié aux seuls bois, très léger et chantant. Le développement est assez sommaire par rapport à ceux que Mozart ou Haydn élaboreront bientôt dans leurs symphonies. La réexposition fait à nouveau entendre les deux thèmes, le deuxième cette fois dans la même tonalité que le premier (ré majeur). L’écriture des vents (bois et cor) est assez avancée pour l’époque, proche de celles à venir de Haydn et Mozart. La coda de ce mouvement est surprenante. Elle fait entendre un passage doux (pianissimo) et lent aux cordes seules, donnant un sentiment d’attente et se terminant - surprise ! (les tonalités de début et de fin d’un mouvement sont normalement les mêmes, 99 fois sur 100)- sur un accord de mib majeur.
2ème mouvement
La tonalité de mib majeur de ce mouvement lent (Largo) étonne d’emblée par son éloignement du ré majeur (les tonalités des mouvements d’une symphonie ont normalement un air de famille) du 1er mouvement. Ce mouvement est réalisé avec des moyens simples. Son intérêt réside dans l’atmosphère qui s’en dégage, rendue extrêmement « sensible » (Carl Philipp Emmanuel est l’un des maîtres de ce style appelé « Empfindsamkeit » - intensification de l’expression des sentiments -, courant littéraire qui s’applique aussi à la musique) par la sonorité des flûtes (les flûtes traversières de l’époque, malgré une puissance moindre que celle des flûtes modernes en métal, peuvent avoir une sonorité très délicate et exprimer des inflexions très fines).
3ème mouvement
Son rythme à 3 temps vif (Presto) est d’influence italienne. Ce mouvement en ré majeur déroule une guirlande de doubles-croches insaisissables, entrecoupée de courts passages interrogateurs et mystérieux. Il adopte la forme A (repris) B (repris) coda (passage conclusif).