L'Art de la fugue Bwv 1080
La fugue
La fugue ressemble à une écriture en canon (donc en imitation), avec une certaine liberté en plus. Bach en écrit toute sa vie et en devient le maître absolu. Il faut retenir parmi les plus importantes les 48 fugues des deux cahiers du Clavier bien tempéré, celles de l’Art de la fugue, et plus d’une vingtaine, monumentales, pour orgue.
Voici un schéma des 52 premières mesures (2 minutes) du contrepoint 1 (Contrapunctus 1) de l’Art de la fugue :
La réponse reprend la mélodie du sujet, en commençant sur une autre note (la quarte ou la quinte) ; elle est accompagnée par une autre mélodie (en général plus rythmée) appelée contre-sujet.
Les passages « fugués » (exposition et réexpositions) à proprement parler alternent avec des passages plus libres (divertissements).
Composition et création
Dernières notes de l'Art de la
fugue
L’Art de la fugue ne donne aucune indication d’instrument, et son écriture ne nous éclaire pas davantage. Les musiciens ont donc jugé, depuis la redécouverte de Bach au XIXe siècle, qu’ils pouvaient se l’approprier, quel que soit leur instrument.
Sa vie durant, Bach cultive l’art d’agencer plusieurs mélodies de façon à ce que, entendues seules ou ensemble, elles soient belles sous tous les angles (l’art d’écrire le contrepoint) : l’Art de la fugue en est un aboutissement. L’œuvre est achetée à Anna Magdalena en 1752 par charité, deux ans après la mort de son mari, pour une somme dérisoire (un mois et demi de salaire de feu son mari). Elle ne peut valoir davantage tant la science de Bach est devenue étrangère à ses contemporains. En effet, rares sont ceux en 1752 capables d’apprécier la valeur de l’inestimable manuscrit. La célébrité de Carl Philipp Emmanuel Bach (également éditeur de musique) n’y fait pas davantage lorsqu’il cherche un peu plus tard à éditer l’œuvre ; il se résout finalement à vendre les soixante plaques de cuivre (elles avaient servi à graver l'œuvre) au poids du métal, pour être fondues.
Frontispice de l'édition de 1752 © British Library
Erigée aujourd’hui au panthéon des plus grandes œuvres musicales, peut-être située au-dessus de toutes, l’Art de la fugue s’est en même temps chargée de mystère :
L’œuvre est inachevée. La dernière fugue s’arrête de façon abrupte (ce qui n’est pas dans les habitudes de Bach), et on crut longtemps que le compositeur s’était éteint en pleine écriture, à ce stade de la composition. De plus, la troisième partie inachevée de la dernière fugue développe justement le sujet BACH (sib-la-do-si bécarre dans le système musical allemand). Peut-on rêver plus beau testament musical, si réellement ces notes sont les dernières qu’il ait écrites ?
Mais on ne connaît pas l’ordre dans lequel les contrepoints doivent être placés, on ignore si d’autres étaient prévus, et il y a de fortes chances que Bach ait laissé en chantier plusieurs œuvres au moment de sa mort (ce qui ne peut être prouvé car beaucoup de partitions ont été perdues). Par ailleurs, il n’est pas exclu qu'il ait composé l’Art de la fugue une dizaine d’années avant sa mort.
Cette œuvre est-elle faite pour être jouée ? L’écriture sur quatre portées (une par voix) semble indiquer le recours à quatre instruments, mais on ignore lesquels. Elle semble exclure le jeu au clavier (dont la notation se fait sur deux ou trois portées), mais les clavecinistes et organistes (et pianistes depuis que l’instrument existe) prouvent chaque jour le contraire. Serait-ce alors une œuvre destinée à être lue (par des élèves ou des admirateurs du style contrapuntique le plus abouti), comme l’on fait lorsque l’on veut analyser une œuvre musicale ? D’autant que les dernières compositions de cette période d’œuvres très concentrées et construites (Offrande musicale, Variations canoniques pour orgue, Variations Goldberg pour clavecin) sont toutes destinées à un instrument ou à une formation précis.
Description de l’œuvre (Contrapunctus 1, 2 et 4)
Ces trois fugues (ou contrapunctus, autrement dit « contrepoints ») sont parmi les plus facilement accessibles du recueil, car elles font entendre le sujet (le thème) littéralement.
Les deux premières l’exposent sous sa forme originale (thème rectus), la deuxième avec des rythmes plus vifs. La quatrième expose le thème inversé (thème inversus) : les mouvements ascendants deviennent descendants, et vice-versa.