Barber - Adagio
Composition et création
Cet Adagio provient de son Quatuor à cordes en si mineur (2ème mouvement) composé deux ans auparavant (à 28 ans) à Rome ; il en réalise un arrangement pour orchestre à cordes (il en réalise un autre plus tard pour chœur, l’Agnus dei), qui devient l’œuvre la plus populaire de la musique « sérieuse » américaine. C’est, en outre, devenu l’hymne interprété lors de nombreuses funérailles officielles (la première fois lors du décès du président Roosevelt, à qui l’œuvre est dédiée. Elle est aussi jouée, entre autres, lors des funérailles de Kennedy).
Le morceau original (l'Adagio de son Quatuor) est critiqué au moment de sa composition pour sa densité (les critiques estiment qu’il écrit pour quatre instruments comme s’il écrivait pour un orchestre) : c’est peut-être cela qui incite Barber à en faire une transcription pour orchestre à cordes. Ayant rencontré Toscanini durant son séjour en Europe, il lui envoie cette partition pour recueillir son avis ; pour toute réponse, l’illustre chef la lui renvoie, sans un mot... l'œuvre n’est donc manifestement pas suffisamment bonne.
Orchestre de la
NBC dirigé par Arturo Toscanini
© D.R.
En réalité, Toscanini a déjà mémorisé l’Adagio et s’apprête à le faire interpréter par son orchestre (l’Orchestre symphonique de la NBC est créé pour Toscanini en 1937 ; ses concerts sont radiodiffusés dans toute l’Amérique. Après 18 ans d’existence sous la baguette du maestro (et d’autres chefs), il se transforme et survit jusqu’en 1963). La radiodiffusion nationale de l’œuvre est un succès sans précédent pour une œuvre américaine. Le seul reproche que l’on pourrait faire aujourd’hui à cet Adagio est que sa célébrité (l’œuvre est utilisée au cinéma par exemple aussi souvent que Le beau Danube bleu de Johann Strauss : dans Elephant man, Scarface, Platoon…) - justifiée - masque les autres œuvres de grande qualité du compositeur.
Description de l’œuvre
Ecrit en 1938 (en 1936 pour la version pour quatuor à cordes), cet adagio
aurait pu être composé 70 ans plus tôt, tant son écriture est éloignée de
ce qui se fait dans les années 1940. Il possède un caractère méditatif particulièrement
pénétrant, proche de certaines musiques religieuses :
- la mélodie très souple ressemble beaucoup aux chants religieux du Moyen Âge (les
mélismes des chants grégoriens): ses mouvements sont conjoints et les notes ont
des durées égales
- c'est une polyphonie (plusieurs parties évoluant ensemble), dans un style proche
de nombreuses musiques religieuses pour
chœur (rappelons que Barber réalise justement
un arrangement de cette œuvre pour chœur un peu plus tard : l'Agnus Dei)
de la Renaissance au XXe siècle
- le tempo lent, les rythmes étirés (certaines notes durent 10 temps) contribuent
à donner de l'élévation à cette pièce
- la répétition du même thème (alterné avec le thème 2) du début à la fin
donne l'impression d'une litanie
Le thème principal est ascendant. Il est écrit à la façon des longs mélismes (motif mélodique tournant autour de la note) du Moyen Âge, soutenu par les autres voix en larges accords s'enchaînant en glissant.
La première phrase revient comme un refrain joué à diverses voix, parfois écourté, parfois conclu différemment. Ses divers mouvements conduisent à un large crescendo qui aboutit au fortissimo de toutes les voix, les violons étant alors joués dans leur registre suraigu. Un large silence et quelques accords suivent, annonçant la reprise du début en sourdine, menant après un dernier mélisme au point d'orgue (signe qui, placé sur une note, indique qu'elle peut durer autant que l'on veut) de fin.