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Johann Strauss

Johann Strauss pèreJohann Strauss père
© Historisches Museum
der Stadt Wien

La valse : une affaire de famille (un père et ses trois fils)

Il est parfois difficile de distinguer la musique de l’un ou l’autre des Strauss (en dehors de quelques valses célébrissimes). Les salles où ils se produisent à Vienne indiquent d’ailleurs seulement « Strauss » sur les affiches.
- Johann Strauss (le père) entame sa carrière au début du XIXe siècle dans un orchestre de danse, puis devient chef de son propre orchestre de 200 musiciens [il divise son orchestre en petites formations et les fait jouer aux quatre coins de la ville]. Il est alors surnommé « le roi de la valse [il en compose plus de 250] » et devient à 44 ans directeur des bals au château de Schönbrunn [c’est la résidence de l’empereur François-Joseph I d’Autriche, où il passe presque tout son temps. Il y meurt en 1916]. Le rapport conflictuel qu’il avait eu avec son fils Johann depuis le début se détend heureusement juste avant sa mort. Johann (le fils) a alors 24 ans et peut enfin espérer faire une carrière à la mesure de son talent.
- Johann fils reprend l’orchestre de son père et, par le raffinement de son écriture, donne ses lettres de noblesse à la valse. A 28 ans, à bout de force en raison du surmenage [l’activité de chef impose de très nombreux déplacements, y compris sur d’autres continents] (il est victime d’une attaque), il prend sept semaines de repos et demande à son frère Joseph de lui succéder. Dès lors, c’est principalement la composition qui occupe son temps (en dehors de quelques concerts de prestige) ; ses plus belles œuvres [il est l’auteur d’environ 500 œuvres] naissent durant cette période.
- Joseph se destinait à une carrière d’ingénieur. Il accepte non sans réticence de reprendre le flambeau, mais se trouve lui aussi pris dans la spirale infernale du surmenage et demande à son tour à son frère (Edouard, le cadet), de prendre la suite, ou au moins de le seconder. Lui et Johann fils dominent la scène viennoise durant vingt ans, jusqu’à la fin des années 1870.
- Edouard, qui se destine à une carrière de consul, devient finalement harpiste dans l’orchestre de son frère Johann, puis prend le relai des deux frères à partir de 1861 (il a alors 26 ans).  

La valse : née à Vienne, faite pour faire danser l’Europe  

L’un des grands mérites des Strauss est d’avoir transformé une danse rurale en une danse brillante capable d’étourdir Vienne et l’Europe entière (mais aussi: la Russie et les Etats-Unis). L’art raffiné [sa connaissance des compositeurs classiques l’y aide] de Johann Strauss fils lui inspire des thèmes plus riches, permettant à la valse d’entrer dans le domaine de la musique classique. Lors d’une cérémonie d’hommage pour ses 69 ans, Johann fils rappelle quels sont les mérites de ses prédécesseurs dans le succès inconcevable de cette danse ; très humblement, il estime n’avoir eu qu’une mince contribution à l’élaboration du genre : c’est l’œuvre  d’une famille.

Le plus brillant de tous : Johann Strauss fils

Johann StraussJohann Strauss fils
© Historisches Museum
der Stadt Wien

Johann Strauss fils est capable d’écrire les premières mesures d’une valse dès l’âge de 6 ans. Une bien sombre perspective pour son père, qui prévoit pour lui un emploi de banquier [Johann sort d’ailleurs premier de ses études commerciales à l’Institut polytechnique] ! Avec la complicité de sa mère, il parvient malgré tout à suivre des cours de piano et de violon (avec le 1er violon de l’orchestre de son père) dans le plus grand secret. Le travail porte ses fruits, mais il faut attendre que le père quitte le foyer, lorsque Johann a 17 ans, pour que de solides études musicales puissent être entreprises (violon, théorie, composition). Dans la foulée, il obtient l’autorisation de donner des concerts publics alors qu’il n’est pas encore majeur, et forme son premier orchestre. Il fait alors entendre ses premières œuvres, qui recueillent l’éloge des critiques [un journal de Vienne écrit un peu plus tard : « il est maintenant certain que Strauss père a trouvé un successeur en la personne de son fils »]. Son autorité devient si éclatante que son père ne peut plus l’ignorer, mais il met tout en œuvre pour gêner son ascension, jusqu’à ce qu’une réconciliation tardive ait lieu.

Strauss dirigeantStrauss chef d'orchestre,
silhouette de Hans
Schlieβmann © Historisches
Museum der Stadt Wien

A la mort de son père, Johann réunit les deux orchestres prestigieux de son père et de lui-même, appartenant aux 1er et 2ème Vienna Citizens’ Regiments [son père était chef du 1er, lui-même dirigeait le 2ème] et hérite, grâce à leur réconciliation in-extremis, de tous ses contrats, dont le titre prestigieux de directeur des bals au château de Schönbrunn (qui sera ensuite transmis à Joseph).

Concert de Strauss à BostonConcert "monstre" de Strauss à
Boston © Historisches Museum der
Stadt Wien

Les voyages sont nombreux (moins nombreux cependant que pour son père), à la mesure du prestige immense pris par les Strauss : en Europe [le beau Danube bleu dans sa version orchestrale est joué pour la première fois lors de l’Exposition universelle de 1867 à Paris], en Russie, aux Etats-Unis [il dirige à 47 ans quatorze « concerts monstres », selon sa propre expression, à Boston, et quatre à New York]. Rares sont les événements à Vienne et en Europe auxquels Johann fils ou un de ses frères ne participent pas. Johann est considéré comme le premier compositeur de danses d’Europe, dans une Vienne qui connaît son apogée et rayonne [période correspondant au très long règne de l’Empereur François-Joseph Ier] comme jamais en Europe.  

Demeure de Strauss à partir de 1879Maison de Strauss à partir
de 1879 © Historisches
Museum der Stadt Wien
Strauss et Brahms en 1894Strauss et Brahms en 1894
© Historisches Museum
der Stadt Wien

Spécialisé dans un répertoire léger [il compose par ailleurs plusieurs opérettes], Johann Strauss fils est pourtant admiré par de nombreux compositeurs sérieux, comme Wagner [qui le considère comme « le cerveau le plus musical qui fut jamais »], Verdi [qui le considère comme l’un de ses « collègues les plus doués »] ou Brahms [deux ans avant sa mort, celui-ci trouve une ressemblance frappante avec l’orchestration de Mozart dans une des opérettes de Johann Strauss. Il écrit une dédicace par ailleurs sur l’ombrelle de Mme Strauss en notant les première notes du beau Danube bleu et en ajoutant : « Hélas, pas de moi »]… En contrepartie, lui et son frère Joseph font justement figurer bon nombre d’œuvres de ces compositeurs à leurs concerts. Hommage suprême, les trois compositeurs de l’Ecole de Vienne [Schœnberg, Berg, Webern : ils révolutionnent la musique du XXe siècle, notamment en composant à partir de la série - les 12 notes de la gamme chromatique sont placées dans un ordre choisi par le compositeur, qui ensuite ne change plus durant la pièce : c’est une nouvelle conception du thème], pionniers dans les musiques les plus avancées du XXe siècle, transcrivent certaines des valses des Strauss pour quatuor à cordes.  

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