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Marc-Antoine Charpentier

Il aurait pu être le premier musicien du royaume...

Quartier Saint-Séverin à Paris où grandit CharpentierQuartier St-Séverin à Paris © BnF

La jeunesse de Charpentier passée dans le quartier Saint-Séverin à Paris nous est en grande partie inconnue. Il est ensuite l’un des premiers musiciens français à partir étudier à Rome (où l’influence de certains compositeurs comme le célèbre Carissimi est déterminante pour lui), de l’âge de 24 à 27 ans, où il apprend notamment l’art de composer pour plusieurs chœurs. à l’époque  les avis sont partagés sur l'homme : certains jugent qu’il a « les ventricules du cerveau bien endommagés », tandis que d’autres estiment sa mémoire musicale prodigieuse.

Mlle de GuisePortrait de Mlle de Guise
© BnF

A son retour de Rome à 23 ans, Charpentier entre au serviceur de Mlle de Guise (Marie de Lorraine, petite-fille d’Henri de Guise. L’ensemble de musiciens qu’elle entretient chez elle est d’une grande qualité : selon le Mercure galant (magazine fondé en 1672, renseignant sur la cour et toutes sortes d’autres sujets), « celle de plusieurs souverains n’en approche pas ». Elle et son entourage apprécient beaucoup la musique italienne, un style qu’ils reconnaissent justement chez Charpentier) dont  il est Maître de musique (il compose et chante de sa voix de haute-contre, un registre équivalent à celui du castrat) durant plus de 20 ans. Il est probable que ce soit par son intermédiaire qu’il fasse la connaissance de Molière (qui dirige la « troupe du roi », rebaptisée en 1682 Comédie-Française) qui cherche un successeur à Lully (avec lequel il s’est brouillé) pour ses comédies-ballets (œuvre divertissante typiquement française inventée par Molière, mêlant la danse, la musique, les décors, le chant, etc…). Une collaboration fructueuse naît, qui culmine avec Le malade imaginaire, mais de courte durée car Molière meurt à la quatrième représentation ! Charpentier continue néanmoins à travailler pour la troupe du roi.

Portrait supposé de CharpentierPortrait supposé de Charpentier
© BnF

Il devient ensuite Maître de chapelle du Dauphin (l’héritier du trône) à 36 ans, auquel le roi rend régulièrement visite, ce qui lui permet d’apprécier les qualités rares de la musique de Charpentier (le Mercure galant raconte, alors que le roi arrive à Saint-Cloud, qu’il « congédia toute sa Musique, et voulut entendre celle de Monseigneur le Dauphin jusqu'à son retour à Saint-Germain. Elle a tous les jours chanté à la messe des motets de Mr Charpentier, et Sa Majesté n'en a point voulu entendre d'autres, quoiqu'on lui en eût proposé »). Une fidélité qui ne se dément pas par la suite, car le Dauphin se rend à plusieurs représentations de Médée (dédié à Louis XIV, c’est l’un des chefs-d’œuvre de Charpentier), sa seule tragédie lyrique, représentée à l’Académie de musique (c’est le nom de l’époque de l’Opéra de paris, sur lequel Lully a un pouvoir absolu jusqu’à sa mort en 1687) alors qu’il a 50 ans …  

… mais il perd son emploi assez rapidement à cause d’un certain M. de Lully. Charpentier est pourtant très apprécié de la famille royale, comme le montre la suite des événements. Concurrent malchanceux à un poste de Sous-maître de musique (quatre postes de Sous-maître de musique sont créés par Louis XIV, qui réorganise la chapelle royale. La fonction de Sous-maître n'est en rien dévalorisante, car le Maître de chapelle, souvent, n'est pas musicien: c'est une fonction honorifique) à 40 ans - il tombe malade avant le deuxième tour - il se voit malgré tout accorder par le roi une pension de dédommagement. Il est présent lors de divers cérémoniaux royaux ou princiers (on lui demande par exemple de composer pour la mort de la reine de France Marie-Thérèse peu après), comme les fêtes organisées pour la guérison (il compose pour cette occasion l’un de ses six Te Deum, dont quatre seulement nous sont parvenue) de Louis XIV en 1687. A près de 50 ans, il devient en outre, professeur de musique du neveu de Louis XIV (Philippe d’Orléans).

La Sainte-Chapelle à ParisLa Sainte-Chapelle à Paris
© BnF

Au sommet de sa renommée, Charpentier est nommé à 55 ans Maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais (c’est, avec Notre-Dame de Paris, l’une des institutions les plus en vue de Paris ; l’édifice se trouve dans l’enceinte du palais du roi), où il demeure jusqu’à sa mort six ans plus tard (il y est vraisemblablement enterré). Ses attributions y sont multiples : diriger la musique, enseigner à des enfants le solfège, le plain-chant (chant religieux utilisé depuis le Moyen Age, dont les partitions en neumes écrites sur quatre portées sont les plus anciennes musiques écrites), le contrepoint (art d’écrire de belles lignes mélodiques pouvant se mélanger entre elles, selon des règles très strictes) et le chant, composer pour diverses cérémonies. Des adultes et divers musiciens s’y joignent à l’occasion.  

Par ailleurs, Charpentier est très apprécié de l’important ordre religieux des Jésuites (ordre mis en place par les catholiques, dont le but est de s’opposer au mouvement de la Réforme. De très nombreux pères jésuites ont étudié à Rome, et sont donc inconditionnels de la musique italienne), vers lequel il se dirige après le décès de sa protectrice Mlle de Guise en 1688. Il travaille pour cet ordre durant dix ans, devenant Maître de chapelle du collège Louis-le-Grand, dont le théâtre est très apprécié, et de l’église Saint-Louis (la principale église des Jésuites à Paris. Son contemporain - et compositeur - Sébastien de Brossard explique le choix des Jésuites : « [Charpentier] a toujours passé au goût de tous les vrais connaisseurs pour le plus profond et le plus savant des musiciens modernes. C'est sans doute ce qui fit que les Révérends Pères Jésuites de la rue Saint-Antoine le prirent pour le maître de la Musique de leur église, poste alors des plus brillants »), l’un des postes les plus brillants de la vie musicale française, où se produisent des chanteurs de l’Académie royale de musique et où le cérémonial est spectaculaire. La puissance de l’ordre est telle que Charpentier obtient l’autorisation de faire représenter une tragédie en musique en 1687 (alors que Lully n’est pas encore mort) sans avoir à subir les contraintes imposées par les institutions.

… en l’absence de Monsieur de Lully !  

représentation du Malade imaginaireReprésentation du Malade imaginaire © BnF

Le parcours de Charpentier est entravé dès son retour d’Italie à l’âge de 23 ans. La maîtrise qu’il y a acquit fait de lui non seulement un rival du tout puissant Lully (de onze ans son aîné), mais aussi un étranger sur le plan musical, tant la France méprise la musique italienne (Rameau près d’un siècle plus tard se retrouve dans une situation comparable au temps des Querelles (se reporter à Rameau)) ou les musiques qui s’en inspirent. La carrière très honorable de Charpentier, plus exposé que d’autres en raison de son grand talent, cache donc un parcours du combattant dont nous dévoilons quelques éléments :
- Devenu le collaborateur de Molière (qui s’est fâché avec Lully peu avant), il est contraint d’obéir au règlement (les fameuses Lettres patentes accordant le monopole du théâtre lyrique à Lully (se reporter à Lully)) imposé par les institutions. La liberté de la troupe se trouve ainsi entravée, le nombre d’instrumentistes et de chanteurs est considérablement réduit (en effet, les œuvres de scène qui ne sont pas jouées à l’Académie royale de musique subissent d’importantes restrictions visant à les faire disparaître)
- Le poste de Maître de chapelle qu’il obtient à 36 ans chez le Dauphin prend fin de façon anticipée car Lully n’aime pas qu’un si talentueux collègue ait un emploi à la cour. La rancœur qui naît de cette situation est bénéfique à Charpentier, puisqu’il décide de se détourner du style musical que le tout-puissant Lully impose, développant un style original et d’une grande beauté.
- La malédiction poursuit encore Charpentier six ans après la mort de Lully : la représentation de Médée, malgré ses éminentes qualités (selon Brossard -compositeur et théoricien contemporain de Charpentier et Lully-, il s’agit de l’une des meilleures tragédies lyriques depuis Lully), obtient peu de succès en raison d’une cabale (mouvement visant à détruire la réputation de quelqu’un, souvent en diffusant de fausses informations) menée par des Lullystes acharnés.

Inscription de 1752 apposée sur la page de garde du premier tome des Mélanges de CharpentierInscription de 1752 apposée sur la page
de garde du premier tome des Mélanges
de Charpentier © BnF
Mélanges de CharpentierExtrait des Mélanges de
Charpentier © BnF

Très peu de ses œuvres sont éditées de son vivant, mais il calligraphie scrupuleusement ses partitions à l’encre. L’ensemble (Les Mélanges de Charpentier) nous est parvenu, réunissant plus de 500 œuvres classées par ses soins. C’est un document précieux et remarquable, certainement le plus bel ensemble de manuscrits autographes que l’on possède en musique. 

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