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Georg Philipp Telemann

Devenir musicien contre vents et marées

A 10 ans, fort de son apprentissage de multiples instruments en autodidacte (en dehors de deux semaines d’apprentissage du clavecin) (violon, flûte, clavecin, cithare, et plus tard orgue, viole, hautbois, trombone, contrebasse), Telemann compose ses premières œuvres. Il contourne les réticences de sa mère (devenue  veuve alors qu’il n’a que quatre ans) et redouble d’effort pour composer son premier opéra à 12 ans. C’en est trop : il est intolérable qu’un fils Telemann devienne musicien, ce statut étant considéré comme inférieur dans la société de l’époque, notamment dans le milieu bourgeois de la famille. Ses instruments lui sont confisqués et il est envoyé en pension pour poursuivre des études classiques et oublier la musique. La mère de Telemann ignore que le directeur d’école du jeune Telemann est passionné d’écriture musicale !  

Plus tard, toujours habité par la volonté de respecter les volontés de sa mère, Telemann s’inscrit à l’Université de droit à Leipzig, mais là encore le destin le rattrape, puisqu’un camarade trouve une partition dans le cartable du compositeur et l’incite à la faire jouer.

Une priorité : faire connaître sa musique

Telemann a la capacité, bien plus que  Bach (son contemporain et ami), de se faire connaître. Il s’en donne les moyens :

Les ensembles d’étudiants (Collegium musicum)

Salle de concerts au temps de TelemannSalle de concert où Telemann fait entendre ses
musiques festives et oratorios © Staatsarchiv
Hamburg

Il fonde un Collegium musicum (orchestre d’une quarantaine d’étudiants courant en Allemagne du XVIe au XVIIIe siècle, pouvant accueillir occasionnellement des professionnels. C’est avec ce Collegium musicum de Leipzig, qui ne sera pas dissout après le départ de Telemann, que Bach fera jouer beaucoup de ses œuvres à partir de 1729) à Leipzig durant ses études de droit pour faire jouer essentiellement sa musique, redonne vie à celui de Hambourg (ville où il restera jusqu’à sa mort près d’un-demi siècle plus tard). Il crée des ensembles de musique dans tous les endroits où il s’installe, mettant tout en œuvre pour que la Cour et l’Eglise ne soient plus les seuls lieux où se joue la musique. Il a l’idée de faire payer les entrées, une innovation qui fera son chemin ensuite.

L’édition

Il se lance à 33 ans dans l’édition, privilégiant la formule des abonnements. Ses célèbres Taffelmusik (« musiques de table »), composées alors qu’il a 52 ans, sont vendues par souscription dans un premier temps, trouvant acquéreur extrêmement loin en Europe (Copenhague, Cadix, Riga…). Ces seules souscriptions lui rapportent l’équivalent de deux années de salaire de Bach (J.-S. Bach n’édite que très peu d’œuvres de son vivant : cette démarche a pour lui un caractère exceptionnel) à la même époque.

Tenir compte de la pratique amateur

Le Maître de musiquePage de titre des 25 numéros de
la revue groupés en un volume
© Berlin, Staatsbibliothek zu Berlin

Les Taffelmusik tiennent compte d’un nouveau public particulièrement bien représenté à Hambourg : la bourgeoisie pratiquant la musique en amateur. Les recueils de Telemann leur proposent des pièces souvent peu difficiles et faisant appel à des formations très variées (instrument soliste accompagné au clavier, trio, quatuor…) : chacun peut y trouver son compte. Cette nouvelle « clientèle » s’abonne aussi nombreuse à sa revue pédagogique bimensuelle Le fidèle Maître de musique (Der getreue Music-Meister, première revue musicale allemande, dont Telemann est l’un des deux créateurs, en 1747. Elle contient des œuvres vocales et instrumentales pouvant être jouées à la maison, ainsi que des œuvres d’autres compositeurs comme Bach). Cette revue et les Musiques de table constituent des sortes d’encyclopédies des genres (concerto, suite, trio, quatuor…) et des styles (français, italien, allemand, concertant…) du XVIIIe siècle.

Le musicien allemand le plus renommé de son vivant  

TelemannTelemann en 1750, Georg
Lichtensteger © Germanisches
Nationalmuseum Nürmberg

Telemann est pour ses contemporains le plus grand compositeur allemand (le non moins illustre Haendel perd sa nationalité allemande en 1726, rappelons-le, pour devenir anglais). Sa réputation de son vivant est incomparablement supérieure à celle de Bach (l’écrivain Romain Rolland surnommait Telemann « le rival heureux de Bach »), comme peut le laisser présager son parcours.  

L’irrésistible ascension débute à l’opéra de Leipzig, dont il prend la direction à 25 ans (il est organiste et directeur de la Neukirche de cette ville depuis déjà deux ans !). Trouvant certainement ses journées trop peu remplies, il y ajoute l’activité de chef d’orchestre et de compositeur dans une cour allemande (à 24 ans, il devient en effet Kapellmeister (maître de chapelle) à Sorau (aujourd’hui en Pologne), à la cour du comte Erdmann II von Promnitz, grand amateur de musique française, ayant rapporté des partitions de Lully d’un voyage récent en France). Ne trouvant pas cela suffisant, il devient l’année d’après 1er violon (Konzertmeister) et Cantor (musicien d’église chargé de composer et de faire répéter les différentes parties des partitions ; il a aussi un rôle d’enseignant) à la cour d’Eisenach (qui en fait son chef d’orchestre officiel, cherchant ainsi à ce qu’il continue longtemps à composer pour elle). Il ne peut s’empêcher d’y fonder un orchestre (c’est ce qu’il fait partout où il passe) qui deviendra l’un des meilleurs d’Europe.  

C’est un Telemann trentenaire qui arrive à Francfort (il est nommé Kappelmeister puis directeur musical de la ville), où son salaire (1600 florins par an) devient en peu de temps l’un des plus importants de la ville, toutes professions confondues. Cette grande ville n’a manifestement pas suffisamment d’atouts aux yeux du compositeur : il répond favorablement quelques années plus tard à une proposition de la ville de Leipzig (après le refus de Telemann, c’est Bach qui est finalement choisi, à contrecœur semble-t-il, mais il a le mérite d’être « le moins médiocre ») qui recherche un Cantor pour l’église St-Thomas… tout en se montrant intéressé par un autre poste dans la ville nordique de Hambourg.

Partition de TelemannPartition autographe de
Telemann de 1730 © Berlin,
Staatsbibliothek zu Berlin

Telemann a maintenant 40 ans et recherche un emploi très bien rémunéré, qu’il puisse garder si possible jusqu’à la fin de ses jours : seule la ville de Hambourg semble offrir de telles garanties. Il s’y installe comme Cantor et décide d’y rester près d’un-demi siècle, jusqu’à la fin de sa vie. Spécialiste des cumuls de postes, il dirige aussi durant 17 ans l’opéra de Hambourg (il compose un opéra par an et produit de nombreuses œuvres, notamment celles de son ami Haendel).  

Le départ de sa femme alors qu’il a 56 ans, lui laissant ses enfants à charge, est certainement l’un des moments les plus douloureux de sa vie, mais les événements qui suivent lui redonnent - si besoin était – le moral. Il décide de partir durant 8 mois en France où il est reçu en célébrité : ses œuvres sont jouées à la cour et au concert spirituel (organisation de concerts créée par un hautboïste de la chapelle royale - Philidor - jouant des œuvres au Palais des Tuileries durant près de 70 ans au XVIIIe siècle. Son activité est d’abord très réduite par l’Académie de musique, puis, accord après accord, étendue à un large répertoire, opéras exceptés. Les musiques étrangères y sont bienvenues, et de nombreux virtuoses s’y font entendre). C’est l’apogée de sa carrière.  

Le grand oubli  

Telemann disparaît à 86 ans, remplacé par Carl Philipp Emanuel Bach (l’un des fils de Jean-Sébastien). Sa réputation décline ensuite rapidement, une tendance inévitable car il avait toujours voulu s’adapter aux modes (ce qui n’était pas le cas de Jean-Sébastien Bach), mais les modes passent. Son nom est pratiquement oublié durant tout le XIXe siècle.   Ses admirateurs sont comblés depuis la redécouverte de son œuvre, car Telemann est certainement le compositeur le plus fécond de l’histoire de la musique (son ami Haendel lui-même était subjugué de ses facilités, il témoigne qu’il pouvait composer les pièces les plus compliquées en autant de temps et aussi facilement que d’autres écrivent une lettre).

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