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Visages de la trompette bop
Dans le sillage de Gillespie, de nombreux trompettistes popularisent
tout ou partie de ses innovations : Howard McGhee
(1918-1987), malgré une conception rythmique plus datée, affectionne
les poussées dans l’aigu ; Freddie Webster
(1916-1947) est réputé pour avoir possédé la plus riche des sonorités
des jeunes trompettistes ; Fats Navarro (1923-1950)
s’impose comme l’un des plus modernes par une précision
d’articulation exemplaire, une sonorité large et ronde, une accentuation
héritée de Parker et un sens rythmique détaché des conceptions antérieures ;
Kenny Dorham (1924-1972) cultive une sonorité mate
très particulière au service d’un phrasé très
volubile et subtil d’une rare délicatesse ; Benny
Bailey (1925-2005), extraverti, est l’un de seuls à
conserver des traits expressifs de l’ère Swing. Parmi eux,
Miles Davis (1926-1991) se singularise en palliant
la faible amplitude de sa tessiture et sa technique fragile par la musicalité
de sa sonorité (marquée par l’école de Saint Louis) et un refus
du vibrato et de tout brillant, qui le pousse à l’économie
et à un phrasé plus flottant, plus ambigu, une élocution imprécise,
qui servent l’expression d’un lyrisme très personnel
et méditatif qui fait une place au silence. A partir de 1954, il devient
un maître de la sourdine Harmon (sans tube) dont il exploite les
effets givrants, métalliques et scintillants, qui contrastent considérablement
avec la ronde chaleur traditionnellement associée aux trompettistes
depuis Armstrong.
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