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Richard Galliano - Gary Burton : Jazz New Tango

Métissages jazz (16/03/2006)

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C’est indubitablement dans le prolongement du geste révolutionnaire d’Astor Piazzolla qu’a lieu cette rencontre exceptionnelle entre le vibraphoniste américain Gary Burton et l’accordéoniste français Richard Galliano. En premier lieu, parce que quiconque décide aujourd’hui d’aborder à son tour l’univers hyper codifié du tango ne peut décemment s’affranchir de l’influence décisive du génial musicien argentin, qui transfigura littéralement cette tradition populaire et folklorique en la faisant sortir des bars à marins et des salons mondains pour l’habiller de formes neuves et ultra sophistiquées, empruntées autant au jazz qu’aux grands « modernes » de la musique savante occidentale (Stravinski et Bartók en tête). Mais surtout parce que Burton et Galliano ont, au fil de leurs carrières respectives, tissé des liens très particuliers avec l’univers du bandonéoniste. Galliano, en se réclamant explicitement de sa filiation esthétique dans sa grande entreprise de réforme du genre « musette » ; Burton, en intégrant directement la formation de l’Argentin au milieu des années quatre-vingt, introduisant ainsi pour la première fois le vibraphone dans l’instrumentarium du tango. D’où le retour périodique, dans ces deux oeuvres riches en influences musicales disparates et inextricablement emmêlées, du « nuevo tango » de Piazzolla, soit sous forme d’hommages explicites (les deux très beaux disques de Burton Astor Piazzolla Reunion – A Tango Excursion et Libertango), soit de façon plus indirecte, dans la thématique choisie et l’esprit général de projets « fusionnels » mêlant jazz et tango (New York Tango de Galliano). Mais qu’on ne s’attende pas pour autant à un simple exercice de style déférent de la part de ces deux musiciens voyageurs passés maîtres dans l’art funambulesque de l’improvisation. Propulsés par une rythmique résolument jazz, vibraphone et accordéon, entremêlant leurs histoires et traditions, font de leur « jazz new tango » un monde à la fois savant et populaire, mélodique et raffiné, résolument poétique, peuplé, habité, ouvert aux flux et migrations de toutes sortes. Cette musique nomade qui n’a que faire des frontières, qui ne les transgresse même pas mais les ignore superbement, embarque à sa manière, impromptue, lyrique et raffinée, le tango ancestral dans une délicieuse et subversive traversée des styles et des continents musicaux.

Stéphane Ollivier

<>[extrait des notes de programme]