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Anouar Brahem : Jazz Mediterranée

Métissages jazz (17/03/2006)

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« Je ne connais aucun standard, mais j’ai eu l’intuition du jazz, une idée de la liberté. Je fais partie de cette communauté d’esprit à laquelle se rattachent des musiciens comme Egberto Gismonti et John Surman. Ils font plus partie de ma famille spirituelle que nombre de musiciens arabes. » Ni l’un et pas encore l’autre, Anouar Brahem est à bientôt cinquante ans un musicien unique. Chez ce oudiste, nulle envie de gommer nos identités, plutôt le désir d’en jouer. C’est ainsi qu’il manie avec des doigts experts tradition et expérimentation. C’est ainsi qu’il faut entendre son goût pour le jazz. Le Tunisien oeuvre depuis des lustres pour la musique de sa terre, la Méditerranée. Après un passage à Paris au début des années quatre-vingt, où il multiplie les expériences, il choisit de demeurer au pays. « J’ai choisi d’agir de l’intérieur, pour pouvoir me créer un espace propre. Quand j’ai commencé, même si la musique instrumentale était considérée comme une bizarrerie, j’ai pu réaliser des choses extraordinaires en Tunisie que je n’aurais pas pu faire installé en Europe. »
À partir de là, il a pris le temps et le soin de poser de solides fondations, pour construire un univers sans pareil, un espace fait de croisements fertiles. Dès lors, il pouvait retraverser la Méditerranée, pour y rencontrer d’autres artistes prêts au dialogue vertueux. Il va surtout trouver une maison, ECM, le label au plus beau son après le silence, une définition qui illustre sa musique. « J’y ai trouvé le lieu idéal pour réaliser des projets et des rêves. Plus qu’une esthétique globale, il y a une ligne conductrice, mais avec une grande diversité. » Depuis quinze ans, il enregistre avec parcimonie des disques, souvent en trio, ou plutôt grave des recueils poétiques avec des artistes de tous horizons, au diapason de ses intentions. Comme en 2002, pour Le Pas du chat noir, où il retrouvait deux musiciens, le pianiste François Couturier et l’accordéoniste Jean-Louis Matinier, avec lesquels il avait déjà eu l’heur de converser. Le temps de rêveries plus mélancoliques que nostalgiques, où le luthiste choisissait pour la première fois de composer au piano le répertoire. Une étape de plus, dont on attendait la suite. Elle a pour titre Le Voyage de Sahar, album paru en ce
début d’année [2006].

Jacques Denis

[extrait des notes de programme]