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Dave Douglas Quintet

Jazz à La Villette (07/09/2004)

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Présentation du concert

Formé à l'occasion d'un engagement en février 2000 au Village Vanguard, l'un des temples du jazz de New York, le quintet de Dave Douglas est probablement l'une des formations les plus conventionnelles en apparence que le trompettiste ait dirigées depuis ses débuts en leader (vers 1993). A la différence des précédentes, elle repose, en effet, sur une instrumentation courante et sur une association trompette/saxophone ténor qui est l'un des plus fréquentes dans le jazz depuis le hard bop. Les membres de ce groupe sont d'ailleurs des musiciens qui ont parfaitement intégré les usages et les codes du jazz, chacun ayant eu l'occasion de s'exprimer dans des contextes « traditionnels » et disposant d'une solide expérience de sideman.

Constitué à l'origine avec Chris Potter, le groupe a vu se succéder plusieurs saxophonistes d'expressions voisines quoique différentes. Par le passé, Douglas avait dirigé un quartet sans piano dans lequel jouaient déjà Chris Potter et James Genus (Ben Perowsky en était le batteur) qui se consacrait à l'interprétation d'un répertoire entièrement original. Deux albums témoignent de son existence : « Magic Triangle » (Arabesque, 1997) et « Leap of Faith » (1998). James Genus est aussi depuis l'origine le bassiste du sextet avec lequel le trompettiste a rendu hommage successivement à Booker Little (1994), Wayne Shorter (1996) et Mary Lou Williams (1999). Les deux hommes s'étaient connus au sein du groupe de l'altiste Vincent Herring à la fin des années 1980. Quant au batteur Clarence Penn, dont les premières expériences professionnelles d'envergure ont eu lieu auprès de Betty Carter et Wynton Marsalis, il incarne la polyvalence des batteurs new-yorkais. Après Seamus Blake en 2003-2004, c'est le jeune Marcus Strickland (né en 1979) qui a pris la place de Chris Potter dans ce quintet, après s'être fait remarqué en quartet auprès de Roy Haynes et avec le batteur Jeff Tain Watts. Enfin, le groupe est complété par un complice de longue date de Dave Douglas, le pianiste Uri Caine qui a notamment associé le trompettiste à ses relectures iconoclastes de l'œuvre de Gustav Mahler.

Ce quintet se distingue toutefois d'emblée à deux niveaux au moins : d'une part, par la coloration très singulière que lui confère la présence du Fender Rhodes, piano électrique très en vogue à partir de la fin des années 1960 et remis au goût du jour vingt ans plus tard ; d'autre part, par le répertoire spécifique composé par Dave Douglas pour ce groupe. Les thèmes joués au cours de ce concert sont principalement tirés de deux albums réalisés par le groupe en studio : « The Infinite » (décembre 2001) et « Strange Liberation » (janvier 2003), ce dernier accueillant sur certains titres le guitariste Bill Frisell en invité. Ainsi que le présente oralement Dave Douglas, The Frisell Dream lui est explicitement dédié. Trois autres titres, Passing Through, A Single Sky et Seventeen figuraient également au programme du second de ces albums mais il est notable qu'en ce qui concerne les deux premiers de ces trois thèmes, les versions figurant sur le disque étaient extrêmement brèves, sans développement improvisé. Elles prennent ainsi une toute autre ampleur à la faveur de la scène. Argo et Unison, reprise d'une chanson de Björk (extrait de l'album « Vespertine »), apparaissaient, en revanche, sur « The Infinite ». La présence d'un titre emprunté au rock contemporain explicite l'une des influences – au plan de la sonorité globale du groupe – de ce quintet, tout comme la dédicace adressée à Miles Davis qui figurait dans le livret du premier album. Popularisée notamment par l'album « Bitches Brew » du trompettiste, la sonorité du Fender Rhodes rappelle inévitablement le lien de parenté qui unit ce quintet à son prédécesseur. Tiré de « Moving Portrait » (décembre 1997), The Nine Cloud Dream ouvrait, quant à lui, un album en quartet avec le pianiste Bill Carrothers contenant trois reprises de la chanteuse canadienne Joni Mitchell, icône de la pop connue pour ses collaborations avec des jazzmen d'envergure.

En outre, Dave Douglas a publié depuis sur son label Greenleaf Music, un concert au Bimhuis d'Amsterdam enregistré le 24 octobre 2002, au cours d'une tournée pendant laquelle le saxophoniste Rick Margitza remplaçait Chris Potter (« Live at the Bimhuis », Paperback Series). En 2006, c'était au tour du ténor Donny McCaslin d'occuper le poste de saxophoniste en remplaçant de Marcus Strickland qui continue, par ailleurs, à appartenir à la formation du trompettiste nommée Keystone.