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Wayne Shorter et l'Orchestre national de Lyon

Domaine privé Wayne Shorter (25/01/2004)

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Comme la plupart des grands jazzmen de sa génération et contrairement à de désuets mais tenaces préjugés, Wayne Shorter a fait des études musicales très approfondies, à la New York University.

Sa culture musicale est encyclopédique, et la forme symphonique y tient une place privilégiée. C'est d'ailleurs une vieille tradition parmi les grands saxophonistes du jazz qui, de Ben Webster à Mike Brecker ou Wayne Shorter en passant par Charlie Parker, Sonny Rollins ou Ornette Coleman, ont toujours tenu à confronter leur génie de l'improvisation aux potentialités d'une plus ample orchestration.

Il y a dix ans, dans l'album High Life (Verve/Universal), Wayne Shorter tentait une première expérience – déjà assez convaincante – dans cette direction. Deux ans plus tard, il rassemblait au Portugal un orchestre de quatre-vingt dix musiciens. En 1998, invité par Wynton Marsalis au Lincoln Center, il y faisait jouer quelques-unes de ses compositions par un ensemble plus modeste.

Le 2 janvier 2000, il était l'invité d'honneur du Detroit Symphony Orchestra pour la célébration du nouveau millénaire. C'est à cette occasion qu'il a créé « Capricorn II » et surtout « Syzygy ». Les critiques américains ont surtout été impressionnés par « un usage massif des cuivres, audacieusement harmonisés ». « Syzygy » est un terme astronomique signifiant le parfait (et rarissime) alignement entre trois corps célestes, comme la Lune, la Terre et le Soleil.

En l'occurrence, il s'agit d'une métaphore pour décrire la parfaite adéquation entre trois « corps musicaux » de taille différente : un soliste (Wayne Shorter), un petit groupe (son quartette) et l'énorme masse d'un orchestre symphonique.

Comme en témoigne son nouvel album Alegria, cette vision « télescopique » est désormais une obsession pour lui, et ce n'est pas surprenant. La richesse harmonique de sa musique et sa passion pour la diversité des timbres lui ont toujours fait ressentir une frustration face aux formats traditionnels du jazz.

Gérald Arnaud

[extrait des notes de programme]