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ONJ Barthélemy : "Les Soleils fondus de la Cité"

Espaces IV : le jazz autrement (05/03/2004)

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Claude Barthélemy est un cas à part parmi les musiciens étiquetés « jazz ». Guitariste, il a développé une expérience de composition éclectique et ambitieuse. Compositeur, il témoigne d’une rare virtuosité à la guitare électrique dans toutes ses possibilités sonores. Mais encore : rockeur de banlieue devenu chef de file d’un jazz affranchi des genres, mathématicien converti en tête chercheuse cosmopolite qui puise dans les traditions savantes autant que populaires, improvisateur redoutable défiant les rhétoriques toutes faites, on est bien en peine de circonscrire le personnage tant sont diverses ses références et ses expériences. Tout juste est-on certain que, s’il se confronte aux chorégraphies de la Compagnie Cré-Ange hier ou à l’exigence des instrumentistes d’Ars Nova et de leur chef Philippe Nahon aujourd’hui, il saura rêver demain aux musiques traditionnelles balinaises comme aux racines louisianaises du jazz, qu’il aime associer en collisions de styles ou fondus-enchaînés imperceptibles dans des suites au déroulé souvent cinématographique.
C’est cette question de la concaténation qu’interroge le répertoire présenté par Claude Barthélemy sous le titre Les Soleils fondus de la Cité, qui associe l’Orchestre National de Jazz, dont il a repris la tête en septembre 2002, à l’ensemble Ars Nova et à la chanteuse Elise Caron : « Le spectacle fond en permanence ; à la limite, je pourrais dire qu’il n’est fait que de transitions entre épisodes instrumentaux, vocaux ou solistes. Pour l’auditeur, c’est une invitation à se promener sans espoir de retour dans un spectacle qui s’oublie et se “désoublie” sans cesse, s’abandonne en une fantasmagorie poétique, dont les textes révèlent que le métal, dans tous ses états, y compris domestiqué comme dans le cuivre des instruments, et l’amour ne sont pas les moindres inspirations. » Une réflexion qui s’inscrit dans le cycle « Espaces » de la Cité de la musique à deux niveaux au moins. D’abord, par la manière dont Claude Barthélemy envisage les distances entre les styles comme autant de jeux d’espaces (on pourrait dire de plans géométriques) qui permettent de glisser, au sein d’une même œuvre, de l’approche contemporaine la plus complexe au jazz binaire assumé, du rock ‘n roll survolté à des formes aux structures très calculées – soit, selon un raccourci fourni par le guitariste lui-même, « Warhol et Boulez dans un même tableau ». Ensuite, par l’occupation scénique que le musicien entend mener de la salle de la Cité, partagée, du parterre jusqu’aux cintres, en lieux qui accueilleront les membres des deux formations réunies, Elise Caron, et deux invités pour l’occasion, le percussionniste Jean-Pierre Drouet et le saxophoniste baryton Daunik Lazro : des intervenants dont les parties éclateront et se mêleront depuis différents points comme autant de composantes d’un univers musical en expansion aux interactions rendues visibles.

Vincent Bessières

[extrait des notes de programme]