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David Murray & James Newton Big Band

"hommage à Mr. Ellington" (07/11/1997)

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A la mort de Duke Ellington (1974) le musicologue Gunther Schuller écrivait dans un article fondamental : « Même s'il a toujours composé pour son orchestre et ses solistes, la majeure partie de son œuvre les transcende par ses propres qualités (...) car ce qui fait la grandeur d'un tel compositeur, c'est que son héritage appartient au monde entier, et non à lui-même ou à ses dédicataires. » A cette époque, même Schuller ignorait qu'au-delà d'un bon millier de compositions publiées par Ellington lui-même, des centaines de pièces inconnues dormaient dans les archives. Son fils Mercer, qui avait repris la direction de l'orchestre, en a révélé quelques-unes en concert, et produit des dizaines d'enregistrements inédits parmi lesquels des œuvres majeures comme la suite The River écrite pour Alvin Ailey. A la mort d'Ellington, David Murray et James Newton n'avaient qu'une vingtaine d'années, comme la plupart des musiciens qu'ils ont réunis en grand orchestre pour ces concerts exceptionnels. Ils appartiennent à une génération qui a su concilier avant-gardisme et respect d'un héritage considérable où le répertoire ellingtonien occupe une place privilégiée. James Newton lui a même consacré un disque entier (The African Flower , Blue Note, 1985), et David Murray a enregistré entre autres une splendide version du Chelsea Bridge de Billy Strayhorn (dans Jazzosaurus Rex, Sony, 1993). Comme c'est le cas dans la musique du film Anatomy of a Murder , la collaboration entre Ellington et Strayhorn (de 1939 à la mort de ce dernier en 1967) a été si étroite qu'il est souvent difficile de distinguer leurs interventions, même en tant que solistes. Murray et Newton ont passé de longues heures à étudier les manuscrits de leurs compositions au Smithsonian Institute, et constaté qu'ils « écrivaient à deux mains aussi naturellement qu'ils jouaient du piano à quatre mains ». Parmi des œuvres entièrement inédites ou totalement oubliées, ce big band de virtuoses interprète des pièces tirées de Money Jungle – le merveilleux disque en trio du Duke avec Mingus et Max Roach – qui n'avaient jamais été jouées en grand orchestre.

Gérald Arnaud

[d'après les notes de programme]