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Martial Solal - Lee Konitz Duo

Domaine privé Martial Solal (03/03/2003)

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Solal a toujours aimé jouer en duo, avec d'autres pianistes, et de plus en plus souvent avec d'autres instrumentistes, de Stéphane Grappelli à Michel Portal. Dialogues occasionnels, fructueux et jalonnés d'enregistrements mémorables mais dont aucun n'a jamais atteint l'intensité du duo Konitz-Solal.

Il y a plus d'un quart de siècle qu'ils jouent ensemble et pourtant, dire que les deux font la paire, au début cela aurait fait plutôt rire. Tout les opposait, en apparence : d'un côté Martial l'éblouissant et l'éclaboussant, de l'autre Lee l'impavide, l'introverti, le chuchoteur du saxophone alto. Mais le principal miracle du jazz a toujours été de réconcilier les contraires présupposés ; Art Tatum et Ben Webster, Miles Davis et Charlie Parker… Le duo Konitz-Solal a atteint d'emblée ce degré d'alchimie qui distille tranquillement une miraculeuse complicité. Pour simplifier, on pourrait dire d'abord que Lee Konitz joue cent fois moins de notes que Martial Solal. Or leur musique commune est aussi intense que les turbulences de la paille de fer entre les deux pôles d'un aimant. Il est vrai que sur ce duo plane sans cesse l'ombre de Lennie Tristano, le génial pianiste aveugle dont Lee Konitz est le principal disciple vivant. Solal, qui déteste disserter sur les influences, a quand même toujours reconnu celle-là. Mais le miracle du duo Konitz-Solal ne peut se résumer à cela. C'est plutôt une fusion parfaite d'expériences humaines similaires : deux jazzmen qui par leurs existences plutôt tranquilles ( Tranquillity est le titre du plus beau disque de Lee Konitz) ont dédié leurs vies au jazz, mais très loin des tragédies qui ont condamné à une mort prématurée la plupart des génies de leur génération. Leur jazz n'est pas celui de Charlie Parker (dont Konitz fut considéré à tort comme l'ombre lunaire) ni de Bud Powell ou de Thelonious Monk. Il ne mélange pas la vie et la musique d'une façon aussi chaotique. Et cependant, il est celui de deux hommes qui ont consacré sans aucune concession toute leur vie à leur musique. Il n'est pas surprenant que le répertoire de Duke Ellington soit devenu leur « terrain de jeu » favori. Outre le fait que Solal en a toujours été l'un des interprètes les plus inspirés, tous deux sont logiquement fascinés par celui qui disait : «  Mon peuple n'est ni noir, ni blanc, ni américain, ni européen, ni juif, ni même ‘jazz'. C'est le peuple de tous ceux qui élèvent la musique au dessus de tout le reste de leur vie.  »

Gérald Arnaud

[extrait des notes de programme]