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Joachim Kühn Special One Time Quintet

Cité-Jazz (01/04/1995)

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Né à Leipzig, ville encore hantée par le souvenir du célèbre cantor (Jean-Sébastien Bach) de la Thomasschule, le pianiste Joachim Kühn semblait prédestiné à une carrière musicale. Initié au solfège avant même de connaître l'alphabet, il tendra une oreille passionnée vers les musiques favorites de son frère Rolf, clarinettiste de jazz. C'est ainsi que vers l'âge de dix-huit ans il cessera d'interpréter le répertoire classique pour se vouer à l'improvisation. Il traversera toutes les métamorphoses du jazz moderne, depuis les survivances du bebop jusqu'à la proximité de Michel Portal, aujourd'hui, en passant par le versant européen du free jazz, les synthétiseurs et le jazz-rock (qu'il pratique notamment au côté du violoniste Jean-Luc Ponty). Définitivement revenu au piano acoustique, il en est l'un des plus turbulents virtuoses dans le jazz. Pour ce quintette délibérément éphémère, il convoque des compagnons de longue date, comme le tromboniste allemand Albert Mangelsdorff, ou le contrebassiste Jean-François Jenny Clark (l'un et l'autre sont des figures majeures de l'avant-garde européenne). Le batteur suédois Jon Christensen, qui officiait naguère dans un très fameux « quartette européen » du pianiste américain Keith Jarrett, complète cette famille de proximité géographique. Et c'est des Etats-Unis que vient le saxophoniste Dave Liebman, ancien partenaire de Miles Davis et d'Elvin Jones (parmi beaucoup d'autres…) : avec lui s'incarne l'emblème d'une source commune (le jazz), sans cesse remise en jeu.

L'intitulé du groupe, Special One Time Quintet , dit assez l'intention, le projet, et pour tout dire l'aventure qui se dessine : rassembler, pour cet événement unique, ces improvisateurs, c'est instaurer le dialogue (tumultueux et fécond) entre des identités musicales fortes. Par exemple Albert Mangelsdorff, l'un des principaux initiateurs d'une identité européenne du jazz contemporain, qui constitue le contrepoint idéal à la personnalité de Dave Liebman, acteur majeur du développement du jazz aux USA depuis vingt-cinq ans, et cependant pétri de culture musicale européenne. Les combinaisons s'annoncent infinies, stimulées par le goût du risque et la résurgence d'anciennes connivences. Et le jazz promet d'apparaître, tel qu'en lui-même, lorsque les conditions idéales sont rassemblées : à chaque concert, un acte de création.

[extrait des notes de programme]