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Dycotilédone

cité-jazz (18/02/1996)

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Leur nom, dès l'abord, évoque l'un de ces mystères dont la nature détient jalousement le secret : une plante issue d'une graine dont le principe de vie réside en l'alliance féconde des deux cotylédons. L'unité surgie du multiple, le pair et l'impair… Il est possible de filer à l'infini les métaphores suggérées par une telle dénomination. C'est qu'il s'agit, à coup sûr, d'une musique de rencontre et de croisée des chemins. Rencontres : celle des cofondateurs du groupe, le clarinettiste Xavier Charles et le guitariste Camel Zekri. Ils ont en commun la curiosité de connaître qui s'exprime au travers de leurs études musicologiques et le désir de nouvelles aventures musicales qui se traduit par l'alliance des sources africaines (Maghreb, Sahel) et des influences européennes (écrites ou improvisées). Pour Xavier Charles, le parcours passe par les voies de l'enseignement académique, mais aussi très tôt par l'expérience de la fanfare. Après avoir cultivé l'improvisation (sous la houlette de François Jeanneau) et la composition, il donne sa pleine mesure dans le quintette d'un maître incontesté de la clarinette (toutes pratiques confondues) et de la musique improvisée, Jacques Di Donato, avec lequel il partage également l'initiative du groupe Système friche. L'itinéraire de Camel Zekri est plus encore marqué du sceau de la dualité : entre deux langues maternelles (l'arabe et le français), entre deux instruments (le oud et la guitare), entre la formation (Premier prix de guitare au Conservatoire, maîtrise d'ethnomusicologie…) et la diversité des expériences (la musique caraïbe avec Dédé Saint-Prix, l'improvisation avec Denis Colin, Michel Doneda…). Cette bipolarité, loin d'être un déchirement, est au contraire la source toujours renouvelée d'activités fécondes ; Dicotylédone est l'un de ses accomplissements. Les percussionnistes du groupe incarnent aussi cette pluralité de sources. Rachid Belgacem a cultivé les secrets de la darbouka en pratiquant le Malouf tunisien avec ses plus grands maîtres. Il a ensuite conduit son instrument favori sur les chemins de la création musicale contemporaine. René Le Borgne concilie l'activité d'enseignement et la pratique des musiques d'aujourd'hui, ce qui le mène autant vers l'accompagnement de l'éveil musical des jeunes que vers l'informatique musicale ; sans oublier sa qualité d'interprète, qui lui a valu de se produire au festival de Ville d'Avray avec l'Ensemble Intercontemporain. Dicotylédone apparaît à qui l'écoute comme un révélateur fidèle de ces diverses polarités. Les rythmes traditionnels et la liberté d'improvisation, loin de s'annuler, trouvent une sorte de résolution ou d'accomplissement dans l'équilibre acoustique du groupe. A cent lieues de ces collages si souvent dépourvus de sens dont nous abreuve la world music, ces quatre musiciens suggèrent un univers d'écoute, de partage, une communauté d'émotion et de langage qui s'instaure, par delà les différences ; une communauté qui se nourrit de ces différences mêmes.

Xavier Prévost

[extrait des notes de programme]