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London Jazz Composers Orchestra

(17/02/1996)

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Dans ce grand orchestre décidément singulier, tout semble défi ; tout paraît braver les contours du probable, voire du possible. Il fut imaginé par Barry Guy, contrebassiste d'abord classique, très vite conquis par les sirènes du jazz contemporain, et qui passait allègrement de Xenakis ou Stockhausen aux formes plus aventureuses de la musique improvisée. Depuis 1970 cette formation dont la nomenclature reproduit l'effectif du big band de jazz, inscrit à ses programmes des compositions de ses membres (Barry Guy lui-même, le trompettiste Kenny Wheeler, le batteur Tony Oxley, le tromboniste Paul Rutherford, le pianiste Howard Riley…) mais aussi de quelques grandes figures de la musique afro-américaine d'aujourd'hui (Anthony Braxton, George Lewis). Dans un registre très différent il interpréta également, en 1973, la musique de Krysztof Penderecki. Sa caractéristique essentielle et d'une certaine manière son principe, résident dans la coexistence constante (tantôt pacifique, tantôt conflictuelle) de l'écriture la plus rigoureuse et de l'improvisation la plus extrême. La présence dans ses rangs ou à ses côtés, dès le début des années 70, du guitariste Derek Bailey et du saxophoniste Evan Parker (tous deux engagés sur la voie de l'absolue liberté), suffit à donner la mesure de ce que l'orchestre doit à l'invention spontanée. Et dans le même temps, son discours se fonde sur l'organisation la plus rigoureuse donnant à cette double polarité valeur de revendication fondatrice. Il est assurément, avec le Globe Unity Orchestra du pianiste allemand Alexander von Schlippenbach, l'un des représentants majeurs de ce que les grands orchestres européens doivent à l'esthétique du free jazz. C'est d'ailleurs pour une rencontre entre ces deux orchestres à Cologne, en 1989, que fut composée Double Trouble, pièce inscrite au programme de ce concert. Dans sa version d'origine, elle avait pour soliste les pianistes de deux orchestres, Howard Riley et Alexander von Schlippenbach. Elle fut enregistrée cette même année, pour le label suisse Intakt, par le L.C.J.O. seul, avec un seul pianiste. Pour cette nouvelle version, Double Trouble II, les invités seront la pianiste suisse Irène Schweizer (soliste et dédicataire, en 1991, d'une autre composition de Barry Guy, Theoria) et l'Américaine Marilyn Crispell (longtemps pianiste d'Anthony Braxton) ainsi que le percussionniste suisse Pierre Favre qui donnera la réplique à l'un des membres de l'orchestre, Paul Lytton. L'autre pièce inscrite à ce programme, Strange Loops, est suscitée par la personnalité de la chanteuse Maggie Nicols. Elle fait référence à d'étranges boucles, celles qui nous servent à désigner d'un signe l'infini. Des gestes de Maggie Nicols et de Barry Guy indiqueront à chacune des deux parties de l'orchestre les modalités d'une sorte de jeu interactif. Il se déroulera dans l'espace circonscrit par la langage de la chanteuse, langage du corps autant que de la voix.

Xavier Prévost

[extrait des notes de programme]