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Denis Colin Trio

cité-jazz (17/02/1996)

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Chez Denis Colin , tout pourrait n'être que singularité : clarinettiste basse presque exclusif, dans un univers (le jazz, les musiques improvisées…) où l'on est souvent simultanément clarinettiste et plus encore saxophoniste, il serait ainsi le monomaniaque obstiné, attaché frénétiquement à son fétiche. La vérité est ailleurs, dans une sorte d'harmonie étrange, qui fait que le musicien et l'instrument peuvent soudain se vouer l'un à l'autre, sans que l'on sache jamais s'il s'agit d'un phénomène d'attraction érotique, d'une passion raisonnée, ou d'une résonance naturelle qui mettrait l'un et l'autre en mouvement vibratoire, à l'unisson. Après le conservatoire et l'université, son goût aventureux le conduit à approfondir la démarche de l'improvisation, à Paris et à New York, notamment avec le pianiste Cecil Taylor et le saxophoniste Jimmy Lyons. De l'orchestre Bekummernis de Luc Le Masne à l' European Way Ensemble , il se consacre à des entreprises musicales plutôt radicales qui guettent la forme et le sens hors de sentiers balisés, des goûts et des courants dominants. A l'I.A.C.P. (Institute for Artistic and Cultural Perception), fondé par le contrebassiste et compositeur Alan Silva dont il assure la direction, se noue une collaboration avec le violoncelliste Didier Petit , comme lui issu d'une formation académique, et porté lui aussi vers les chemins, ou plutôt les musiques, de traverse. Ensemble, ils participeront à quelques aventures musicales comme le Celestrial Communication Orchestra d'Alan Silva ou le groupe Texture . Le violoncelliste côtoiera également des improvisateurs de tous horizons qu'il s'agisse de l'URSS (le groupe Arkhangelsk, le saxophoniste Vladimir Chekasin, le batteur Vladimir Tarasov) ou des USA (la pianiste Marilyn Crispell). En 1991, un trio se constitue avec le renfort de Pablo Cueco , spécialiste du zarb, qu'il a étudié avec Jean-Pierre Drouet, Bruno Caillat et le grand maître de la musique persane, Djamchid Chemirani. Le percussionniste est aussi compositeur, et saute-frontière impénitent: de jazz ou de bal, traditionnelle ou contemporaine, il est peu de musiques qu'il n'ait pratiquées, et son appétit de diversité se lit dans l'orchestre Transes-Européennes qu'il a fondé et auquel on doit notamment un mémorable "Bal de la Contemporaine". Leur musique pourrait n'être que la somme de leurs désirs, de leurs curiosités, de leurs talents. Elle est plus que cela. Manifestement surgie d'une réflexion sur les propriétés sonores attachées à chacun, des instruments, elles s'emploie sans cesse à dépasser l'attendu, l'entendu, à guetter l'inouï ou l'improbable; l'écoute est sa qualité première, sa substance intime. De cette attention de chaque instant à l'imaginaire des deux autres, de cette communauté de sensations autant que de sentiments, naîtra à chaque fois, concert après concert, un nouvel étonnement. Et c'est chaque fois l'impossible, advenu. C'est, comme l'écrit Francis Marmande, "une musique innocente d'avant l'innocence, heureuse parce qu'elle fait le pari de l'amitié du lien et du hasard donné."

Xavier Prévost

Commentaire des oeuvres par Denis Colin :

Chemins – "A chaque instant, je suis plusieurs chemins."

Fly – "F pour fa , Ly pour le mode lydien ; hypothèse de départ car rapidement, malgré une résistance volontaire, d'autres matériaux se sont imposés."

Attachée-détachée. "Ça dépend…"

Travelling – "Dédié à un ami, George Luneau, cinéaste et voyageur."

Compagnons – "D'après une mélodie kurde traditionnelle qui dans cette langue s'appelle Hamsaran. Ça veut dire compagnon. Un copain prétend que cela veut dire "camarade" mais qu'on n'ose plus le dire."

[extrait des notes de programme]