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Wayne Shorter - Herbie Hancock duo

Domaine privé Wayne Shorter (22/01/2004)

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Bien que Herbie Hancock soit de sept ans le cadet de Wayne Shorter, on pourrait les appeler des « jumeaux musicaux ». Leur première rencontre remonte à 1961, pour l'enregistrement de Free Form du trompettiste Donald Byrd, dont Herbie était alors le pianiste, Wayne étant à l'époque le saxophoniste des Jazz Messengers.

Tous deux étaient devenus les chefs de file de l'avant-garde du célèbre label Blue Note, avant de se retrouver (de 1964 à 1969) au sein du quintette de Miles Davis. Puis leurs destins sont redevenus parallèles, orientés vers le même horizon « électrique » : Herbie avec ses Headhunters, Wayne avec Weather Report. C'est ensemble qu'ils reviennent au jazz « acoustique », participant au flamboyant mais sporadique quintette VSOP mené par le trompettiste Freddie Hubbard. On les y entend pour la première fois en duo, fugitivement, lors d'un rappel en fin de concert, dans l'album Live Under The Sky (1979).

Mais il faudra attendre dix-sept ans pour que cette idée mûrisse. Dans l'intervalle, Herbie et Wayne sont devenus des frères, et aussi des voisins : habitant le même quartier de Los Angeles, ils se rendent souvent visite, pour jouer mais aussi pour prier car ils appartiennent à la même communauté bouddhiste.

Lors du Concours Thelonious-Monk 1996, ils jouent en duo « Memory of Enchantment », une composition du jeune lauréat Michel Borstlap. Le guitariste Pat Metheny, enthousiasmé, va les houspiller jusqu'à ce qu'ils se retrouvent en studio pour le magnifique album 1 + 1 (Verve/Universal) : le titre aurait pu en être 1 + 1 = 1 tant l'osmose est parfaite. Le répertoire, signé de l'un, de l'autre ou des deux ensemble, n'a rien d'un « best of » convenu. Il s'agit essentiellement de ballades limpides mais singulières, parfois inspirées de chants d'oiseaux (« Visitor from Nowhere ») ou de mélodies orientales (« Aung San Suu Kyi », hommage à la célèbre dissidente birmane). Très lyriques, elles peuvent être écoutées comme des « lieder instrumentaux » dans lesquels Wayne Shorter tire du saxophone soprano de surprenantes « vocalises ». Certaines de ces pièces sont dédiées à des intimes, et l'on devine au-delà de ce dialogue mélancolique la sincérité et la pudeur des plus profondes confidences.

Gérald Arnaud

[extrait des notes de programme]