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Martial Solal Newdecaband

Domaine privé Martial Solal (04/03/2003)

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Dès 1956, Martial Solal s'est inventé naïvement son propre style orchestral : son premier big band était une sorte d'excroissance, de métaphase presque incontrôlée de son style pianistique – un orchestre miroir genre palais des glaces, aux reflets de plus en plus déformants. Quand un grand pianiste se mire dans les cuivres, le résultat est toujours passionnant. Basie, Ellington, Gil Evans, Solal.

Mais Solal a mis très longtemps à apprendre ce que savaient d'instinct ses glorieux prédécesseurs : qu'un grand orchestre de jazz est un ensemble de personnalités, et non pas d'instruments. Ses big bands étaient éblouissants, époustouflants, tétanisants, rarement émouvants. Ils produisaient une extraordinaire musique de film, sans film.

Tout à changé en 1981. Réunissant quelques-uns des meilleurs solistes de la nouvelle génération, Solal soulève le couvercle de son piano et laisse s'exprimer sur sa musique des musiciens qui ne sont plus seulement « les meilleurs ». De cette époque date l'entrée dans son univers de ces deux merveilleux poètes que sont le trompettiste Eric Le Lann et le tromboniste Denis Leloup.

Solal découvre alors le plaisir de respirer, de laisser souffler librement ceux dont c'est le destin. Mine de rien (le grand orchestre solalien a toujours été un échec commercial) sa musique prend une autre dimension. La nouvelle génération se bouscule pour faire partie de cette expérience. Elle pressent bien que ce big band en pointillé, qui fêtera bientôt son demi-siècle, joue une musique absolument unique, survolant les modes avec la superbe d'un vol d'oiseaux migrateurs.

Dernière version ramassée de l'escadrille Solal, le Newdecaband intrigue par son instrumentation totalement inédite : deux trompettes, deux trombones, un cor, un tuba, piano, contrebasse, batterie, plus une voix, celle de Claudia, la fille de Martial qui intervient moins comme chanteuse que vocaliste instrumentale… Sur un répertoire entièrement neuf, où l'écriture tient autant de place que l'improvisation mais sur des motifs très brefs (on pense encore à À Bout de souffle ), ce sera sans doute la grande surprise de ce Festival Solal.

Gérald Arnaud

[extrait des notes de programme]