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Martial Solal : Improvisations pour piano solo

Domaine privé Martial Solal (02/03/2003)

 Ecouter le concert

Dans le « Domaine privé » solalien, l'improvisation solitaire occupe une place sacrée : celle d'un culte sans Dieu ni maître, qui n'a pourtant rien d'anarchique ; d'une liberté intériorisée, d'une inspiration désenchaînée, où le plaisir de jouer est la seule Muse. Le mot « concert » a toujours laissé sceptique cet artiste dont le premier but est de « déconcerter ». On a beaucoup glosé sur les propos peu amènes de Solal envers le « free jazz », en oubliant qu'ils ne visaient que ceux qui, à une certaine époque, abusaient de ce paradigme un peu fourre-tout pour tenter de dissimuler sous un discours enflammé leur faiblesse technique ou la pauvreté de leurs idées. Il n'y a pas plus « free » qu'un récital de Solal. Il s'installe au piano avec en poche un petit bout de papier sur lequel il vient de griffonner en coulisse une liste de thèmes que, le plus souvent, il ne sortira pas de sa poche. Solal est là, ici et maintenant. C'est-à-dire nulle part ailleurs qu'au cœur de ce hasard qui a toujours été le sel de sa vie, et qui réconcilie le passé (une culture et une expérience phénoménales), le futur (un désir maladif d'innover sans cesse, de ne jamais se répéter), et aussi le présent, incarné par des milliers d'oreilles plus ou moins attentives. Car Solal, en solo, ne joue jamais en solitaire. Il ne conçoit l'improvisation que comme une alchimie dangereuse et excitante avec un public sans cesse changeant auquel il est extraordinairement attentif. Ce n'est pas « son » public. Ni ami, ni ennemi, c'est un échantillon d'humanité à conquérir, et cette croisade doit reprendre à zéro chaque fois. Séduire, surprendre, subjuguer… Solal est un maître absolu de cet art un peu roublard qui en fait à présent l'un des derniers grands pianistes de jazz « classiques » : bien plus proche de Fats Waller, de James P. Johnson ou d'Art Tatum que du dernier pianiste en vogue et en t-shirt aspirant une bouffée de cigarette entre deux arpèges habiles sur un tube de rock.

Gérald Arnaud

[extrait des notes de programme]