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Richard Galliano - Eddy Louiss Duo

Villette Jazz Festival (30/06/2001)

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Les nombreux concerts qu'ont donnés en duo Richard Galliano et Eddy Louiss sont liés à l'enregistrement en mars 2001 d'un album, « Face to Face » (Dreyfus), suggéré par l'accordéoniste à son vieil ami organiste. Entre eux, la relation est ancienne mais il a fallu que se concrétise ce duo pour qu'elle trouve son pendant musical. Les deux hommes s'étaient manqués au milieu des années 1970 : lorsque Galliano avait rejoint le groupe du chanteur Claude Nougaro, il s'attendait à y faire la rencontre d'Eddy Louiss, mais celui-ci venait d'en partir. Pour l'accordéoniste, c'était une occasion ratée de mieux connaître un musicien dont il avait abondamment écouté les disques, impressionné notamment par sa collaboration avec Stan Getz. Sur certains titres du chanteur toulousain, Galliano jouait d'ailleurs ses parties sur un accordéon relié à un générateur électronique qui produisait des sons proches de l'orgue Hammond, cherchant à reproduire « l'énergie », selon ses dires, qu'il entendait chez Eddy Louiss. En dehors de sa brève participation en 1987 au Multicolor Feeling, le grand orchestre d'Eddy Louiss, l'accordéoniste dut, cependant, patienter vingt ans pour que son admiration (à laquelle il a souvent fait allusion) se manifeste dans une rencontre en forme de tête-à-tête. Il fallait toute l'expérience et la sensibilité de ces deux « monstres » de leur instrument respectif pour réussir cette association probablement sans précédent. Richard Galliano est devenu familier de l'exercice du duo qu'il a pratiqué avec Ron Carter, Charlie Haden, Enrico Rava, Antonello Salis et Michel Portal. Pour Eddy Louiss, amoureux des fanfares et des orchestres denses, seule la magnifique rencontre avec Michel Petrucciani en 1994 l'avait amené à jouer dans semblable contexte. Il n'est pas impossible qu'elle ait contribué à le préparer à dialoguer avec l'accordéon de Richard Galliano.

Le succès de leurs échanges repose sur une connivence profonde, des goûts communs, un attachement à la mélodie, une curiosité pour les rythmes « exotiques » (Louiss a des ascendances antillaises ; Galliano a été fortement marqué par Astor Piazzolla) auxquels les attache aussi un fort ancrage dans la culture musicale populaire, l'un et l'autre ayant débuté très jeunes dans des orchestres de bal. On ne s'étonnera pas de retrouver à leur répertoire des airs ancrés dans toutes les mémoires (Avec le temps de Léo Ferré ; Sous le ciel de Paris), un standard de jazz qui est une véritable chanson (I Remember Clifford), des airs brésiliens (Beija Flor ou Berimbau et Sermao de Baden Powell joués enchaînés) ou encore des thèmes originaux basés sur des rythmes « typiques » (Célestin sur une biguine, Azul Tango, Laurita en hommage à l'épouse d'Astor Piazzolla). A la différence de bien des duos qui assument une part de « vide », jouent du silence et cherchent à pallier les manques, celui qui réunit Louiss et Galliano ne semble jamais nécessiter la présence d'un troisième homme. Doté d'un pédalier et de deux claviers, l'orgue Hammond permet à Eddy Louiss d'assurer le rôle d'un contrebassiste, jouant les lignes de basse à la main gauche ou aux pieds ; inversement, l'accordéon a les moyens d'assurer un accompagnement pendant les improvisations de l'organiste. Les soufflets de l'accordéon, l'attaque des clés et la percussion des touches de l'orgue constituent, en outre, autant d'éléments qui permettent à chacun de placer des accents et de souligner un tempo en l'absence de batteur. Le sens de l'écoute mutuelle, leur attachement à l'harmonie (sans cesse soulignée), le mélange des sonorités ronronnantes des deux instruments, à la fois complémentaires et distinctes, font de chaque interprétation un moment de dialogue authentique qui atteint un haut degré d'échange et d'heureuse complicité.

Vincent Bessières