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Claude Barthélemy : "Barthématiques"

Carte blanche à Claude Barthélemy (12/03/1999)

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En 1999, la Cité de la musique et le festival Banlieues Bleues ont proposé au guitariste Claude Barthélemy de composer une « carte blanche » destinée à être interprétée par neuf musiciens réunis spécialement pour l’occasion. « Tous les musiciens de cette carte blanche sont des amis avec qui j’ai joué au moins une fois, explique Claude Barthélemy, mais avec qui je n’ai jamais eu de collaboration régulière. Ils ont été comme des étoiles filantes dans ma vie… Pour ce concert, nous partagerons un scénario musical que j’aime présenter comme celui de la variété et du croisement. Les styles musicaux qui dont je m’inspire sont tellement différents – ils vont du jazz et du rock à la musique dodécaphonique sérielle – que mes compositions reflètent forcément cette diversité. Je cherche aussi à me saisir d’une technique attachée habituellement à un style, pour la transporter dans mon univers (comme par exemple du rock sériel). »

Barthématiques : Joli titre en guise d'autoportrait. C'est en effet un scientifique qui a précédé le guitariste. Aucune nostalgie à attendre en revanche du collectif réuni par « Monsieur » Claude. Le garçon est trop brûlant, trop habité par l'urgence, depuis ses premières frasques en compagnie de Portal voici vingt ans. Depuis, c'est un parcours fulgurant, pas une minute en paix. Il fraye avec Globokar, Aperghis et la musique contemporaine, s'abreuve de rock bruitiste, se passionne pour l'écriture pour cuivres, l'improvisation aléatoire et les structures harmoniques complexes. Toujours là où on ne l'attend pas. Comme entre 1989 et 1991 lorsqu'il prend la tête de l'Orchestre national de jazz à la surprise (et la satisfaction) générale. Ce coup-ci, il renoue avec la « grande forme ». Car ils (et elles) ne sont que dix, mais on serait très étonné qu'il ne les fasse pas sonner comme vingt. Un projet qui l'« excite » beaucoup. « Jacques Pornon, à l'issue de l'édition 1998 de Banlieues Bleues m'a proposé de monter une formation avec qui je voulais. Sans aucune contrainte. C'est génial. Du coup, j'ai choisi de réunir à la cité de la musique une série de musiciens avec qui j'avais déjà partagé la scène. Tous ont une connaissance préalable de ma musique, c'était fondamental. Ce que je leur demande, ce qu'ils ont en commun, c'est une propension à porter le chant et le lyrisme. » Vingt pour cent de femmes, serait-ce un nouveau quota politiquement correct ? Il éclate de rire : « Les deux femmes, ce sont tout simplement la pianiste que j'admire le plus, Sophia Domancich, et la contrebassiste qui me donne un formidable bonheur de jouer, Hélène Labarrière. Et puis j'en ai marre qu'il n'y ait que des mecs sur les scènes de jazz ! » Bien sûr, c'est la dimension de soliste qui est privilégiée dans son casting européen qui ressemble fort à un « all-stars » : Michael Riessler (qui était dans son ONJ), Wolfgang Puschnig, Michel Massot, Matthieu Michel, Evan Parker… et un petit nouveau, Alessio Riccio… « Je l'ai repéré lors du concours italien de Rocella Jonica, l'été dernier, c'est un jeune batteur de 25 ans que l'on va découvrir. » Soit sept nationalités, plus un Américain au trombone, Gary Valente (remarqué chez Carla Bley).

Pour le guitariste, Barthématiques est une étape extrêmement importante : « C'est certainement la commande la plus ambitieuse que l'on m'ait confiée depuis ma création au Théâtre de la Ville en 1986. Pour autant, ce sera davantage un florilège qu'une création. J'ai envie de confronter mon travail antérieur de compositeur aux éclairages forcément particuliers de ce collectif de fortes personnalités. Les arrangements que j'écris seront comme un rideau tendu ; eux auront à se mouvoir devant. Les qualités de timbre et l'inventivité des solistes me semblent aujourd'hui infiniment plus importantes que des pages noires de notes que je leur donnerais à exécuter. Ce sera un grand voyage avec des climats assez variés, contrastés même. » Aucune composition nouvelle, ça ne ressemble pas au bourreau de travail qu'est Barthélemy… « Si, en fait : il y aura un hommage à Django Reinhardt que j'ai intitulé Elles font des ils. » Soit une sorte de manifeste, d'« États généreux » du jazz européen d'aujourd'hui.

Alex Dutilh

Commentaires par Claude Barthélemy

Sereine – Une méditation sur l’énergie de style sériel.

RealpolitikUn réarrangement d’un standard de mon ONJ, jamais enregistré et jamais joué depuis 1991.

René Thom / René ThomasUn double hommage au grand guitariste belge et à l’inventeur des théories des catastrophes. Dans la bonne humeur dans le chaos be-bop (sériel).

MauveJe suis tombé amoureux de cette mélopée d’Emmanuel Bex, d’inspiration mauritanienne.

Priquele by Garbanzoest le nom du programme informatique, écrit par mon ami Régis Priqueler, qui régit l’harmonie du morceau. Ce programme donne la liste des 3856 séries issues de notes et d’intervalles simultanément. Une seule a suffit pour cette pièce.

Hati-Hativeut dire « attention » en indonésien. On ne revient pas tout à fait le même de Bali.

Yves Kleinavec Mondrian, Fragonard, Nicolas de Stael, Viera da Silva : un des grands de la peinture à qui je rends hommage. C’est évidemment un blues. (Bleu)

BarthématiqueHymne dodécaphonique. Je le joue à tous mes concerts dédiés à Monk.

Elles font des ilsPour Django Reinhardt (Doisneau, Fernand Léger, tout ça...)

Viera da SilvaJe suis sûr que cette grande artiste portugaise n’aurait pas vu le rapport entre sa peinture et ce morceau si funk. Moi si.

MunirJe viens de me racheter un oud ! Pour Munir Bachir.

[d'après les notes de programme du concert du 12 mars 1999]