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Henri Texier Soñjal Septet

Cité-jazz (18/02/1996)

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Certains musiciens semblent irréfutables parce qu'ils sont irréductibles à une définition commode et illusoire qui prétendrait les cerner. Pour leurs partenaires comme pour le public, ils paraissent échapper aux atteintes de l'habitude ou de la redite ; comme s'ils parvenaient à étendre, chaque fois, le territoire où se joue leur identité. Henri Texier est assurément de ceux-là. Son itinéraire personnel et musical porte la marque d'une quête, incessante. Il entrevoit le Graal dont rêve tout jazzman en accompagnant sur scène, dans les années soixante, quelques héros de cet univers réputé inatteignable et pourtant à portée d'expérience musicale autant qu'émotionnelle : Bud Powell, Chet Baker, Kenny Clarke, Dexter Gordon… Avec Steve Lacy et Don Cherry, d'autres ondes se dessinent, d'autres aventures esthétiques se devinent qui s'épanouiront dans cette conjonction de maîtrise et de liberté qui fut l'essence même de l' European Rhythm Machine de Phil Woods. Dès lors, le contrebassiste marque de son empreinte toutes les musiques qu'il aborde : en trio à cordes, avec Didier Lockwood et Jean-Charles Capon, ou dans d'autres configurations qui l'associent à François Jeanneau, Daniel Humair, Michel Portal, Louis Sclavis, Joe Lovano ou Dewey Redman… il ne cesse jamais de surprendre. Sa manière de n'être chaque fois ni totalement le même, ni absolument autre se rattache à sa conception même du jazz tel qu'il le vit. Aux sources américaines il puise le balancement singulier, la pulsation tellurique et vitale sans quoi rien ne saurait advenir dans cette musique. Dans la mémoire européenne il guette ces mélodies sans frontières, nées dans son imaginaire, quelque part entre les confins celtiques ou balkaniques et la féconde Méditerranée. C'est dans ce monde rêvé, dans cet exil intérieur que se joue une réalité plus vraie que nature, plus feinte aussi que le plus grande illusion. C'est dans ce mot que lui soufflent ses racines bretonnes, soñjal , qu'il guette aujourd'hui de nouveaux émois. Songer, rêver… doux programme pour ce solide bâtisseur d'ambitions collectives : ses partenaires, «  huit fortes personnalités musicales  » qu'il a choisies «  pour la beauté de leur son, leur conscience de l'espace temps, du respect du territoire de l'autre  », sont les acteurs d'un jeu intense, où les sens des formes et l'expressivité s'affrontent, se fondent et se séparent au gré de la sensibilité et de l'invention, au fil d'une trame où le collectif et le singulier se nouent et se dénouent, en autant de métaphores de la beauté. Côté saxophones, la palette est riche de nuances individuelles : doux lyrisme de Sébastien Texier, maîtrise et musicalité de Julien Lourau, envolées aventureuses de François Corneloup… La violence et les emportements guitaristiques de Noël Akchoté font écho à la ferveur pianistique, tantôt cursive, tantôt méditative, de Bojan Zulfikarpasic. Et les tambours de Jacques Mahieux rappellent d'anciennes connivences… Car pour Henri Texier, la musique, sa musique, est d'abord collective.

Xavier Prévost

[extrait des notes de programme]