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Concerts enregistrés

Medeski, Martin & Wood

© Dalle

John Medeski (claviers), né le 28 juin 1965 à Louisville (Kentucky)
Billy Martin (basses), né le 30 octobre 1963 à New York
Chris Wood (batterie, percussions), né le 25 novembre 1969 à Pasadena (Californie)

Depuis plusieurs décennies, le trio Medeski, Martin & Wood marque les esprits en proposant une musique immédiatement accrocheuse qui fusionne toujours davantage séquences purement groove à d’autres franchement expérimentales. A partir d’un très large spectre d’influences, le groupe a su se créer une identité musicale symptomatique des recherches de cet « avant-garde populism » revendiqué par The Bad Plus, un autre trio marquant du XXIe siècle.

Le groupe – notion à laquelle les membres du MM&W sont très attachés – voit le jour dans les clubs de New York. C’est pourtant à Boston que les premiers liens sont tissés, via le batteur Bob Moses. Ce dernier donnait des cours au New England Conservatory of Music que John Medeski, Billy Martin et Chris Wood ont tous fréquenté. C’est dans un combo formé par Bob Moses que Medeski et Wood font connaissance, en 1984. Sept après, ces deux derniers déménagent pour New York et se produisent régulièrement ensemble. Billy Martin joue alors en duo avec Bob Moses. Ce dernier recommande Martin à Medeski et Wood pour un engagement de deux semaines au Village Gate : Medeski, Martin & Wood vient de naître, « Notes for the Underground », leur premier album (autoproduit), témoignant de ces premiers pas.

Dès l’année suivante, les trois musiciens décident de réaliser une tournée avec leur propre bus à travers les Etats-Unis, occasion pour eux d’approfondir une cohésion musicale en germe tout en apprenant à s’apprécier humainement. Alors que les premiers concerts new-yorkais étaient acoustiques, John Medeski décide d’utiliser un piano électrique pour ces prestations itinérantes, un choix décisif qui oriente l’esthétique du trio vers un équilibre idéal entre acoustique et électrique. Dès lors, John Medeski devient un spécialiste des claviers vintage des années 1970, dont il possède une quarantaine de modèles différents, de l’orgue Hammond B-3, en passant par le Fender Rhodes, divers Würlitzer, le Mini-Moog, le Mellotron, plusieurs Clavinets, etc. Tandis que Chris Wood alterne basse électrique et contrebasse, Billy Martin élargit la palette sonore du groupe en agrémentant sa palette sonore d’une multitude de percussions et d’objets disparates.

Le style que se forge alors le groupe est symptomatique de l’éclectisme dont ils font tous preuve : musique latine (dont Martin est un spécialiste), punk, musique de tradition écrite occidentale, gospel, folk music, free, électro… En tout premier lieu, c’est surtout la question du groove, celui venu du funk et de la soul, combiné à l’énergie du rock, qui les absorbe. Bien ancré dans leur temps, le trio s’inspire cependant tout autant des boucles du hip-hop. Par ailleurs, les trois musiciens ne se privent pas de fréquenter le milieu avant-garde de la scène Downtown de New York (notamment le club de John Zorn, le Knitting Factory).

Une tournée entre 1994 et 1998 dans un très grand nombre d’universités américaines rend le groupe très populaire. Réalisant une musique fondamentalement dansante et propice à l’extase physique, le trio réussit dans un même mouvement à insérer des séquences plus expérimentales qui déstructurent le groove, certaines plages relevant de l’improvisation totale. Cet équilibre entre transpiration et abstraction s’affine au fil du temps, comme le prouve « Shack-Man », un disque enregistré à l’énergie solaire en 1996 dans un petit studio, au milieu des manguiers sur une grande île d’Hawaï. En 1998, John Scofield fait appel au trio pour enregistrer son disque « A-Go-Go » (une collaboration avec lendemain, cette fois sous le nom de MM&W, présentée sur « Out Louder » de 2006). La même année, le groupe signe chez Blue Note. Il réalise des albums où la marque hip-hop s’approfondit (avec la présence de DJ sur « Combustion » ou « Unvisible » de 2002) en même temps que les sonorités impures à tendance psychédélique deviennent de plus en plus élaborées – et cela sans pour autant que le trio en vienne à user d’une technologie outrancière. Le titre de leur dernier album pour Blue Note souligne enfin une démarche où un certain humour au second degré n’est pas à négliger : « End of the World Party (Just in Case) » (2004).

Ayant quitté le label historique, outre des escapades en acoustique (« Free Magic » de 2012 mais capté en 2007), le trio enregistre des compositions de John Zorn en 2008, sur Tzadik le label de ce dernier (« Zaebos: Book of Angels, Volume 11 »).

Impossible de résumer l’esthétique de MM&W, tant leur filet d’influences est large. Créateurs de textures, ils n’hésitent pas non plus à flirter parfois avec le kitsch. Transcendant les genres dans le but de produire une alchimie sonore étrange et débridée, la philosophie de MM&W est cependant clairement définie par Billy Martin : « Il nous faut bousculer nos limites, avoir de l’énergie, prendre des risques, faire preuve de créativité tout en conservant un bon groove. »

Ludovic Florin (janvier 2013)