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Concerts enregistrés

Giovanni Mirabassi

© Dalle

Né le 4 mai 1970 à Pérouse (Italie)

Giovanni Mirabassi, l’un des plus jeunes jazzmen de la génération des « italiens de Paris » (Paolo Fresu, Flavio Boltro, Rosario Giuliani, Stefano di Battista, ...), est sans doute celui qui s’en détache le plus nettement aux yeux d’un public non limité à la sphère du jazz. Cette reconnaissance lui vient à la fois de son goût pour la chanson, qu’il a abondamment servie en tant qu’accompagnateur, et du succès remporté par deux de ses enregistrements, consacrés à la relecture des chansons engagées ou révolutionnaires du monde entier.

Frère cadet du clarinettiste Gabriele Mirabassi, il commence le piano dès l’âge de deux ans. Il se considère comme un autodidacte malgré les quelques dizaines de leçons prises entre ses 16 et ses 22 ans, où il profite entre autres des conseils répétés du maître Aldo Ciccolini. Tombé dans le jazz vers l’âge de 11 ans (à l’écoute de Coltrane, notamment), il conserve parmi ses expériences de jeunesse les plus fortes l’occasion qui lui fut donnée de jouer avec Chet Baker (en 1987 dans sa ville natale) puis l’invitation du saxophoniste Steve Grossman à le rejoindre sur scène en 1988, avant de l’engager pour une tournée italienne. Installé à Paris dès 1992, Giovanni Mirabassi vit de nombreux petits boulots, accompagne fréquemment des chanteurs et débute sa carrière de pianiste de jazz jusqu’à un premier album en duo avec le contrebassiste Pierre-Stéphane Michel (« En bonne et due forme »).

 Récompensé en 1996 par le Prix du meilleur soliste au Tremplin jazz d’Avignon, il participe l’année suivante pour la première fois à un enregistrement de son frère Gabriele avant de former un trio avec Daniele Mencarelli et Louis Moutin. Leur premier CD, « Architectures », sorti en 1998 marque le début de la collaboration du pianiste avec Philippe Ghielmetti et le label Sketch.
Le succès international est au rendez-vous en 2001 avec la sortie d’« Avanti ! », florilège de chansons libertaires et révolutionnaires revisitées en solo (Le chant des partisans, Ah ! ça ira, A si m’bonanga...). L’origine de ce projet remonte, selon le pianiste, au concert donné en 1987 dans sa ville natale par un groupe d’exilés politiques chiliens interprétant notamment la chanson El Pueblo unido (Quilapayún).

Après la sortie d’un second opus en trio (« Dal Vivo ! »), 2002 sera l’année d’une double récompense, les Victoires du Jazz et le Django d’Or (catégorie nouveau talent). La prédilection de Giovanni pour le chant et pour le souffle trouve en 2003 une nouvelle forme d’expression par le trio formé avec la trompette et le bugle de Flavio Boltro et le trombone de Glenn Ferris (« Air », meilleur disque de l’année décerné par l’Académie du jazz, 2003).
A cette même période le pianiste tourne et enregistre aux côtés du chanteur Nicolas Reggiani (fils de Stéphan et petit-fils de Serge) dans un programme de chansons de Léo Ferré (« Léo en toute liberté », 2004), ou rejoint le trio du pianiste et accordéoniste polonais Andrzej Jagodzinski à Varsovie. Dans l’album « Cantopiano », le pianiste réunit explicitement ses deux univers de prédilection en improvisant en solo sur un programme de chansons de Nougaro, Agnès Bihl, Serge Lama, Serge Gainsbourg ou Jeanne Cherhal.
Dans la même veine, il est tout naturellement le pianiste sur l’enregistrement d’ « Artéro Brel » avec le trompettiste Patrick Artéro, sur des arrangements conçus part Vincent Artaud. Il faut signaler, depuis 2008, la formation d’un trio régulier avec son compatriote Gianluca Renzi et le batteur américain Leon Parker, à l’origine de trois CD entre 2008 et 2012 : « Terra Furiosa », « Out of Track » et « Live at Blue Note, Tokyo ».
Outre un dialogue en 2009 avec le saxophoniste Stéphane Spira (« Spirabassi »), Mirabassi enregistre en 2011 à Cuba, et à dix années d’intervalle, le second volet d’ « Avanti », intitulé en espagnol cette fois « ¡Adelante ! » Entre L’internationale (enregistré le 1e mai) et Gracias a la vida (immortalisé par Mercedes Sosa) dont les relectures encadrent le répertoire, on peut y entendre des chants de résistance du Chili, d’Espagne ou de Russie, le Libertango d’Astor Piazzolla ou encore le Chant des Canuts d’Aristide Bruant.
Le pianiste a également travaillé dans deux nouvelles directions : un hommage à Bill Evans en trio avec Elliot Zigmund (l’un des derniers batteurs du pianiste), et l’arrangement de compositions personnelles pour son trio avec un orchestre philharmonique.
Dans un autre registre, on signalera enfin que Giovanni Mirabassi a joué le rôle du pianiste dans le court-métrage de Mathilde Bayle, Charlie se marie ! (2008) dont il a aussi composé la musique.

Giovanni Mirabassi œuvre au croisement de la tradition du jazz et de celle de la chanson : ses deux influences principales, concernant le premier, sont Bill Evans et son compatriote Enrico Pieranunzi, dont il a même donné le nom à l’une de ses compositions dans l’album « Out of Track ». Son immersion profonde dans l’univers chanté est due à son activité de pianiste déjà évoquée mais également de compositeur pour Mélanie Dahan, Agnès Bihl ou Bénabar. Il y a bien là de quoi exacerber un lyrisme tout italien, à travers un chant constamment et soigneusement ciselé à la main droite. On aura soin, pourtant, de remarquer la filiation de cette démarche avec une vaste tradition du jazz empruntant ses sources mélodiques au répertoire chanté pour le réharmoniser et le prolonger par l’improvisation. L’engagement politique est une autre dimension de la relation intime de Mirabassi (qui reconnaît avoir choisi la France pour fuir l’Italie berlusconienne) à la culture populaire et au jazz. Sans méconnaître la fonction ni l’activité spécifique de l’artiste, le pianiste affirme haut et fort, au risque de l’anachronisme, le devoir de prendre position et la volonté de réhabiliter certains idéaux.

Vincent Cotro
(Janvier 2013)