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Raymond Boni

© Dalle APRF

Né le 15 mars 1947 à Toulon (France).

Guitariste héritier de toutes les remises en cause provoquées par le free jazz, Raymond Boni défend, en un style d’un étonnant syncrétisme, une approche résolument « en lutte » avec cet instrument mal-aimé de lui qui en fait un improvisateur qui ne saurait se laisser enfermer dans aucune convention.

Enfant, il étudie le piano, puis s’essaye à l’harmonica, un instrument dont il lui arrive encore de jouer avec une candeur délibérée. Un disque de Charles Mingus fait office de révélateur dans sa découverte de l’improvisation. A l’âge de quinze ans, on lui offre une guitare, instrument qui le rebute jusqu’à ce qu’il découvre auprès de musiciens gitans de son voisinage, Django Reinhardt. Sa technique restera marquée par le jeu flamenco. Pendant quatre ans, à partir de 1963, il vit à Londres où, fréquentant une scène musicale très vivace, il découvre une variété de formes musicales. De retour en France, il suit des cours de piano, de chant et de solfège et fonde son premier groupe, l’Association vivante, avec le percussionniste Bertrand Gauthier, en une période où les musiciens de jazz français s’approprient les principes libérateurs du free jazz. En 1971, il enregistre son premier disque, en solo, L’Oiseau, l’Arbre, le Béton. Deux ans plus tard, il forme un duo avec un autre guitariste singulier, Gérard Marais. Par l’intermédiaire de Jef Gilson, figure centrale du free jazz français, il fait la connaissance du saxophoniste André Jaume avec qui il forme le trio Nommo complété par le percussionniste Gérard Siracusa. En duo avec le saxophoniste Claude Bernard, il enregistre un disque emblématique de ces années d’expérimentation à tout crin : Pot-pourri pour parce que (1977).

En 1978 débute une collaboration de longue haleine avec le multi-instrumentiste afro-américain Joe McPhee. Le guitariste devient l’un des artisans de la « Po Music » du saxophoniste et contribue, entre 1978 et 1983, à plusieurs disques (Old Eyes and Mysteries, Topology, Oleo…) qui seront suivis par des séjours et des concerts aux Etats-Unis (1984-85). Parallèlement, participant régulier du festival Chantenay-Villedieu animé par Jean Rochard, où se retrouvent les principales figures émergeantes des musiques « improvisées » européennes, Raymond Boni accompagne la chanteuse Violeta Ferrer (interprète des textes de Federico Garcia-Lorca), partage la scène avec Lol Coxhill ou encore forme le trio Les Mistrals avec les musiciens anglais Terry Day et Max Eastley (1986). Installé à Marseille à partir de 1981, il y travaille avec la danseuse et chorégraphe Geneviève Sorin et participe à ses côtés à des spectacles comme acteur et musicien. Avec André Jaume, qui reste l’un de ses partenaires principaux, il rend hommage à Django Reinhardt (1985). En 1994, le quatuor Balanescu enregistre Le Trajet ou le Peuple témoin, composition en hommage au peuple Rom.

Guitariste estimé de la famille française des musiques improvisées, Raymond Boni multiplie les rencontres, parfois ponctuelles, avec des instrumentistes avides, comme lui, d’échanges spontanés et d’improvisation polymorphe. Celles-ci prennent souvent la forme du duo, généralement immortalisé par l’enregistrement, de quoi découle une discographie abondante : duo avec le contrebassiste Claude Tchamitchian (1995), avec le batteur Eric Echampard sous le sceau de Cecil Taylor (1999), avec Joe McPhee (2002), avec le batteur Luc Bouquet (2005), etc. D’une rare longévité, son association avec Joe McPhee se prolonge au fil de différents projets tels que Remembrance (avec le contrebassiste Michael Bisio) ou le quartet Next to You que complètent Daunik Lazro et Claude Tchamitchian, ce dernier intégrant Boni à son New Lousadzak (2006). Boni fait également partie de Mamabaray avec son fils Bastien, contrebassiste, et le batteur Makoto Sato et la saxophoniste Maki Nakano.

Jouant de toutes les possibilités expressives de la guitare électrique, empruntant les éléments de son vocabulaire à des sources musicales très éloignées, des traditions tsiganes jusqu’au rock le plus « noisy », Raymond Boni n’a de cesse d’explorer les sonorités et la gamme d’effets rendues possibles par la nature même de son instrument, afin d’atteindre à ces « chants de tendresse » (titre d’un solo créé en 2005) qui naissent, même au cœur du chaos sonore, de la vibration des cordes.

Vincent Bessières  
(Juin 2010)