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Zim Ngqawana

© Dalle APRF

Né le 25 décembre 1959 à Port Elizabeth (Afrique du Sud) ; décédé le 8 mai 2011 à Johannesburg (Afrique du Sud).

Personnalité proéminente d’une génération de jazzmen sud-africains qui s’est développée dans le sillage des pionniers en exil que furent Abdullah Ibrahim et Chris McGregor, le saxophoniste Zim Ngqawana est l’un des symboles de la vitalité du jazz en Afrique du Sud postapartheid, dont l’expression reste profondément ancrée dans les traditions de sa terre natale.

Né dans une famille de cinq enfants, il ne commence de pratiquer la musique qu’à 21 ans, d’abord à la flûte, ensuite au saxophone alto qu’il apprend dans le township de New Brighton. Après une année passée à la Rhodes University, il intègre le cursus jazz créé par Darius Brubeck à l’université du Natal. En 1988, membre du groupe universitaire des Jazzanians, il joue à Detroit dans le cadre de l’IAJE, ce qui lui vaut de se faire remarquer par le batteur Max Roach et d’obtenir, grâce à ce dernier, une bourse créée pour étudier à l’université du Massachusetts où il a pour professeurs Archie Shepp et Yusef Lateef. De retour dans son pays natal, il travaille brièvement dans les groupes de deux « anciens » du jazz sud-africain, Hugh Masekela et Abdullah Ibrahim, et collabore avec le saxophoniste hollandais Paul van Kemenade.

S’imposant comme l’un des espoirs d’une musique en plein renouveau, qui s’efforce de combiner l’héritage afro-américain avec les traditions folkloriques de l’Afrique du Sud, il dirige en 1994 le Drum for Peace Orchestra qui rassemble cent musiciens et danseurs à l’occasion de l’investiture présidentielle de Nelson Mandela. L’année suivante, il tourne aux Etats-Unis avec un groupe de huit musiciens, Ingoma. Avide d’échanges, il recherche les possibilités de travailler avec des musiciens étrangers, participant à des projets qui lui permettent de fréquenter les percussionnistes cubains Changuito et Mayito (1995), le saxophoniste norvégien Bjorn Ole Solberg (avec lequel Ngqawana signe un disque pour la première fois en 1996), le pianiste anglais Keith Tippett (1997) le New Horizons Ensmble du saxophoniste de Chicago Ernst Dawkins (notamment pour la création de Azania Suite, dédié à l’Afrique du Sud) ou, encore le français Raphaël Imbert qui le sollicite au sein de son Newtopia Project.

Dédié à Yusef Lateef, Archie Shepp et Pharoah Sanders, Zimology (1997), premier album à paraître sous son nom, s’apparente à un opus-manifeste, inscrivant son auteur sous une trinité de saxophonistes dont il est proche par la sonorité et qui le rattache explicitement à la figure tutélaire de John Coltrane. Zim Ngqawana s’y attache à explorer le format de la suite instrumentale, qui convient à la valeur qu’il prête à sa musique. Formées d’odes, d’élégies, de complaintes, de blues, d’hymnes et d’invocations, les différentes œuvres dont il est l’auteur, portées par un lyrisme épique, sont autant une remémoration de douleurs qu’une célébration des luttes et des espoirs d’un pays longtemps déchiré. Zymphonic Suites (2001) et Vadzimu (2004), publiés comme les précédents par le label Sheer Sound, s’imposent comme les disques les plus emblématiques de ce saxophoniste ténor et soprano qui a recours aux flûtes, piccolo, harmonica, penny whistle, mélodica, mais aussi au piano et au chant, pour parfaire le spectre chamarré de son expression, qui n’est pas dénuée d’ambitions spirituelles.

Soucieux de participer à l’éveil de musiciens qui, comme lui, ont fait le choix du jazz comme moyen d’expression dans un pays où le genre reste extrêmement marginal, Zim Ngqawana a fondé en 2001 le Zimology Institute qui accueille, dans une ferme des environs de Johannesburg, des instrumentistes en voie de professionnalisation. Preuve que son ancrage local ne l’a pas détaché de ses contemporains étrangers, il apparaît en 2009 au Vision Festival à New York au sein d’un Collective Quartet formé avec le pianiste Matthew Shipp, le contrebassiste William Parker et le batteur Nasheet Waits.

Vincent Bessières
(Juin 2011)