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Bibliographie

Enrico Rava

© Dalle APRF

Né le 20 août 1939 à Trieste, Italie.

Musicien de jazz probablement le plus populaire d’Italie, Enrico Rava est aussi l’un des trompettistes les plus importants en Europe, au style très original, à la production abondante, construite au fil d’une carrière riche en rencontres qui, partie du free jazz, l’a vu embrasser un large faisceau d’influences unifiées par un constant amour du chant.

Sa mère a étudié le piano au conservatoire. Enfant, il s’immerge dans la collection de disques de jazz de son frère aîné, développant une véritable fascination pour Louis Armstrong. Ayant débuté l’étude du trombone, il opte pour la trompette après avoir entendu Miles Davis sur scène à Turin en 1956. Il apprend l’instrument de manière autodidacte, en copiant les solos des disques. Par l’intermédiaire d’un ami batteur, Franco Mondini, il a l’occasion d’approcher Chet Baker, qui sera, avec Miles Davis, l’une de ses influences les plus durables. En 1963, il fait la connaissance du saxophoniste argentin Gato Barbieri, arrivé de fraîche date en Europe, qui l’encourage à gagner Rome et l’embauche dans son groupe. Il s’inscrit alors dans l’effervescence de la scène naissante du free jazz européen de l’époque, côtoyant Don Cherry, Jean-François Jenny-Clark et Steve Lacy. Ce dernier l’intègre à un quartet formé avec Kent Carter et Aldo Romano (« Sortie », 1966), qui sont peu après remplacés par deux musiciens sud-africains, Johnny Dyani et Louis Moholo. Parti pour un mois en Argentine, le quartet y passe en définitive une année, faute de pouvoir se payer un billet retour. A Buenos Aires, il enregistre un disque emblématique de ces années d’expérimentation, « The Forest and the Zoo », publié par le label ESP. Courant 1967, Rava gagne finalement New York, où il découvre nombre de ses idoles en chair et en os et, introduit par Charles Moffett, batteur d’Ornette Coleman, sympathise avec la plupart des représentants de l’avant-garde.

Après quelques mois en Italie pendant lesquels il a l’occasion d’enregistrer avec Lee Konitz (« Stereokonitz », 1968), désireux de s’immerger dans ce qu’il juge le vivier de la musique afro-américaine, il retourne s’installer à New York où il est adopté par la communauté du free jazz : il participe au Numatik Swing Band de Roswell Rudd, à la création de Escalator Over the Hill de Carla Bley, collabore à une création de Bill Dixon au Bemmington College (1971), enregistre avec le Galaxie Band de Gunter Hampel (1972) et avec Abdullah Ibrahim (1973). A compter de 1972, il dirige aussi son propre quartet, dans lequel il préfère la guitare de Bruce Johnson puis celle de John Abercrombie à la présence d’un piano (« Il Giro del Giorno in 80 Mundi »). Revenant périodiquement en Europe, il « découvre » en Italie le saxophoniste Massimo Urbani (1974) qu’il emmène aux Etats-Unis. Recruté par ECM, il enregistre ses premiers albums majeurs pour le label allemand (« The Pilgrim and the Stars », 1975 ; « The Plot », 1976 ; « Quartet » avec Roswell Rudd, J.-F. Jenny-Clark et Aldo Romano en 1978).

Revenu vivre sur le Vieux Continent, Enrico Rava s’impose, parallèlement à Kenny Wheeler, comme l’une des voix nouvelles sur la trompette, synthétisant de manière très personnelle l’expressionnisme du free jazz et ses paroxysmes improvisés avec un lyrisme et une attention à la mélodie héritée de ses premières amours et de ses racines latines. Il revendique à ce titre une économie dans le choix des notes qu’il associe à l’influence du chanteur Joao Gilberto qu’il a fréquenté pendant ses années new-yorkaises. Tout en continuant de participer à des expériences-phares des nouvelles musiques improvisées européennes (Globe Unity d’Alexander von Schlippenbach ; ICP Orchestra ; Orchestra of Two Continents de Cecil Taylor), il dirige à partir du début des années 1980 de petites formations dont le pianiste est généralement Franco D’Andrea et le répertoire de forme traditionnelle, empruntant aux standards, au blues, à la chanson, aux compositions de Nino Rota (« Andanada », Soul Note, 1983). En 1984, Rava forme un String Band qui associe quartet de jazz, quatuor à cordes et le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos. Deux ans plus tard, c’est avec le bandéoniste argentin Dino Saluzzi qu’il s’associe (« Volver », ECM).

Désormais connu et reconnu bien au-delà des seules frontières de l’Italie, Enrico Rava enchaîne les associations avec la plupart des figures majeures de la scène du jazz européen, que soit auprès de personnalités américaines (telles que Joe Henderson et Paul Motian avec le pianiste anglais John Taylor et le contrebassiste italien Furio Di Castri en 1988) ou dans des groupes internationaux comme celui qu’il forme avec Franco D’Andrea, Miroslav Vitous et Daniel Humair (« Earthcake », Label bleu, 1991). Spécialement apprécié en France, il y mène deux projets inspirés de l’opéra dont l’un associe sa trompette à l’accordéon de Richard Galliano (« Rava l’opéra va », 1993 ; « Carmen », 1997). En pleine maturité artistique, il n’hésite pas à rendre explicitement hommage à ceux qui l’ont influencé : Louis Armstrong et Bix Beiderbecke (duo avec D’Andrea, 1994), Chet Baker (avec son jeune confrère Paolo Fresu, 1999) ou Miles Davis (2001).

Dirigeant un temps un groupe à deux guitares électriques (« Electric Five », 1995 ; « Rava Noir », illustré par Altan, avec Stefano Di Battista en invité, 1996), il renoue avec le piano après sa rencontre avec un jeune pianiste, Stefano Bollani, qui le séduit par sa fantaisie et devient pendant dix ans, un partenaire de prédilection, que ce soit pour relire la bande originale de La Dolce Vita (avec la contrebassiste Giovanni Tommaso), à l’occasion de plusieurs disques et concerts en duo, au sein de son quintet (où se révèle également le talent du tromboniste Gianluca Petrella), dans un trio insolite formé avec Paul Motian (« Tati », 2004), batteur que tous deux retrouvent à l’occasion de « New York Days » (2008) auquel participent Mark Turner et Larry Grenadier. Silhouette familière et désormais paternelle du jazz italien, il accompagne les débuts de nombreux instrumentistes parmi ses compatriotes et mène carrière avec une tranquille assurance que le temps ne semble pas éroder.

Vincent Bessières  
(Mai 2011)