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Jerry Gonzalez

© Dalle APRF

Né le 5 juin 1949 à New York (Etats-Unis).

Né de parents portoricains, grandi dans la communauté hispanophone du quartier du Bronx, il baigne, enfant, dans la musique afro-cubaine. Dans le voisinage résident « Patato » Valdès, Tito Puente et Machito. Son père Jerry Sr., trompettiste, chante dans des orchestres populaires. Il lui inculque les bases de la trompette qu’il étudie plus sérieusement au lycée. Jerry Gonzalez fait son apprentissage des congas dans les parcs publics et sur les toits d’immeubles, inspirés par les vedettes de la musique latine Mongo Santamaria, Tito Puente et Cal Tjader. Pendant ses années universitaires, il forme un premier groupe avec son frère Andy (1951), contrebassiste, qui joue aussi bien du jazz que de la musique portoricaine. Inscrit au New York College of Music, il fréquente le trompettiste Kenny Dorham, l’un des artisans du rapprochement entre jazz et rythmes afro-cubains.

Ses véritables débuts professionnels se font en tant que percussionniste, sous l’égide de Dizzy Gillespie qui avait été vingt ans auparavant l’artisan du jazz afro-cubain. Dès cette époque, Jerry Gonzalez se situe dans la lignée de la démarche initiée par son aîné trompettiste, évoluant aussi bien dans le groupe de salsa La Perfecta des frères Palmieri que dans des groupes de jazz recherchant une couleur « latine » : il participe brièvement au Lifetime de Tony Williams, enregistre avec Clifford Thornton, George Benson ou Larry Young.

A partir de 1974, avec son frère Andy, il est à l’origine du Conjunto Anabacoa, collectif de musiciens cubains, jamaïcains, portoricains et dominicains qui pratiquent la descarga, l’équivalent des jam sessions dans le jazz. Sous l’impulsion du musicologue, chanteur et producteur René Lopez, le groupe enregistre sous le nom de Grupo Folklórico y Experimental Nuevayorquino des albums qui marquent une étape importante dans le développement de la musique afro-caraïbe aux Etats-Unis, en se démarquant des schémas commerciaux de la salsa et en ayant recours à de nombreuses percussions traditionnelles (la tumba de tres golpes, le quinto, la tumbadora, le chekeré, le palo, les claves, les maracas, le guiro et les tambours batá) jusqu’alors peu ou pas représentées dans la musique pratiquée en territoire américain, dans un souci de retour aux sources et d’exploration de l’éventail des rythmes traditionnels « latins ». Par la suite, Gonzalez participe aussi au groupe Libre fondé par son frère Andy et le timbalero Manny Oquendo. En 1979, le producteur Kip Hanrahan lui offre l’opportunité d’enregistrer son premier album, Ya Yo Me Cure qui porte en germe le groupe avec lequel il va se faire connaître par la suite : le Fort Apache Band.

Ce groupe doit son nom à un quartier défavorisé du sud du Bronx. Dominé à l’origine par les percussions et un répertoire traditionnel, il évolue vers un format instrumental plus proche du jazz (quintet ou sextet, selon les périodes) avec l’intégration de musiciens rattachés à cette musique : les pianistes Kenny Kirkland et Larry Willis, les saxophonistes Carter Jefferson, Joe Ford, Sonny Fortune et John Stubbelfield, le tromboniste Steve Turre. Reconnu en Europe, le groupe enregistre ses premiers disques en tournée. En 1989, Rumba para Monk marque l’aboutissement de la démarche de la formation qui se distingue par ses interprétations de thèmes du jazz moderne arrangés sur des canevas de rumba et autres rythmes afro-caribéens. Jerry Gonzales y passe naturellement de la trompette aux congas et autres percussions. Le Fort Apache Band s’impose comme le fer de lance d’une génération de musiciens hispanophones qui cherchent à concilier leur goût du jazz et leur qualité d’improvisateur avec leur aisance sur les rythmes complexes de la musique de leurs origines. En 2000, le groupe et son leader sont représentés dans le film Calle 54 du réalisateur espagnol Fernando Truebo. En 2005, il rend hommage au batteur Art Blakey (Rumba Buhaina). En marge du Fort Apache, Gonzalez apparaît au sein du big band de McCoy Tyner, auprès de Jaco Pastorius, Kirk Lightsey, Bobby Hutcherson ou encore David Sanchez à ses débuts. 

Au début des années 2000, Jerry Gonzales s’installe à Madrid en Espagne où il se familiarise avec le flamenco et travaille avec plusieurs spécialistes du genre, comme les guitaristes El Nino Josele et Javier Limon, et le chanteur Diego el Cigala. Ouvrant de nouvelles correspondances entre jazz et musique hispanique, il enregistre avec leur collaboration en 2002 l’album Jerry Gonzales y los Piratas del Flamenco, en forme de manifeste pour une nouvelle fusion. Deux ans plus tard, il est invité à enregistrer par Paco de Lucia. Poursuivant sa carrière dans la péninsule ibérique, il signe un disque en big band arrangé par Miguel Blanco qui, dans des partitions marquées de l’influence de Gil Evans, rappelle son admiration pour Miles Davis.

Vincent Bessières