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Ron Carter

© Dalle APRF

Né le 4 mai 1937 à Ferndale (Michigan, Etats-Unis).

Ce contrebassiste auquel on prête plus de deux mille cinq cents albums, ce pilier de l’extraordinaire rythmique du second quintette de Miles Davis (à partir de 1963) avec Herbie Hancock et Tony Williams, a pourtant été violoncelliste jusqu’à l’âge de 17 ans. Quelques enregistrements ultérieurs permettent d’ailleurs de l’entendre sur cet instrument (comme avec Eric Dolphy sur « Out There »). Adolescent, il s’est également essayé au violon, à la clarinette ou au tuba. À la contrebasse, Ron Carter n’est devenu que progressivement un jazzman après avoir notamment joué dans l’orchestre philharmonique de l’Eastman School of Music (Rochester) d’où il est sorti diplômé en 1959.

L’une de ses premières expériences importantes, à New York, l’associe au quintette de Chico Hamilton, puis il enchaîne rapidement les engagements ou enregistrements : Dolphy, Don Ellis (avec Jaki Byard ou Paul Bley au piano), Randy Weston, Thelonious Monk, Bobby Timmons, Art Farmer, ou encore Cannonball Adderley pour une tournée européenne. Entre 1963, où il succède à Paul Chambers, et 1968 où il laisse place à Dave Holland, Ron Carter sera de toutes les aventures de Miles Davis, et même…à la basse électrique sur le tout dernier LP, « Filles de Kilimanjaro ». À la même époque, il trouve le temps de se consacrer à l’écriture d’une méthode de basse (Building a Jazz Bass Line) et à la pédagogie parallèlement à d’innombrables séances en studio. L’activité de Ron Carter, dès lors, ne cessera de déborder les cadres du « jazz », d’Aretha Franklin à Jefferson Airplane, de Roberta Flack à Antonio Carlos Jobim. Vers le milieu des années 1970, il fait partie du New York Jazz Quartet aux côtés de Frank Wess et Roland Hanna, connaît une longue complicité avec le batteur Billy Cobham, les pianistes Kenny Barron ou Don Grolnick, puis forme l’étonnant quartette dans lequel il tient la contrebasse piccolo (une basse 3/4 proche du violoncelle) aux côtés de Barron, Ben Riley et… Buster Williams à la contrebasse. Ce quartette se verra augmenté d’une section de bois (parmi lesquels Jerry Dodgion à la clarinette et à la flûte) et d’une guitare pour l’album « Peg Leg », sorti en 1978. Dans un autre album paru sous son nom, « A Song for You », Carter ajoute un quatuor de violoncelles à une rythmique accueillant cette fois Jack DeJohnette.

À l’approche des années 1980, Ron Carter s’impose progressivement comme le bassiste emblématique du mouvement de retour généralisé à l’acoustique et à l’esthétique post-bop : à travers le quintette V.S.O.P. (avec Shorter, Hubbard, Hancock et Williams) naturellement, mais également le Great Jazz Trio (avec Hank Jones et Tony Williams) ou encore avec Sonny Rollins, McCoy Tyner et Al Foster. Parmi ses activités dans les années 1980, des duos (Cedar Walton, Jim Hall), trios (Hancock et Cobham, Walton et Billy Higgins), quartettes (Michael Brecker, Hancock et Williams), un solo enregistré en 1988 (« All Alone »), une participation remarquée dans le film Autour de minuit de Bertrand Tavernier (1986) et les collaborations ponctuelles les plus variées. Il dirige également, à cette période un nonette comprenant contrebasse piccolo, quatre violoncelles et une rythmique complète. Portée par la vague irrépressible des hommages et tributes, une tournée internationale consacrée l’unit à ses anciens partenaires et au trompettiste Wallace Roney autour de la figure de Miles Davis (1992). Ron Carter a également marqué d’une façon plus anecdotique la culture hip-hop par sa présence sur « The Low End Theory » du groupe A Tribe Called Quest (1991), album considéré comme fondateur du rap progressiste new-yorkais. Durant cette décennie, le pianiste Stephen Scott devient son pianiste le plus régulier mais la complicité avec Kenny Barron demeure à travers des trios avec Herb Ellis (1994) ou Lewis Nash (1998).
Un étonnant « All-Star Tribute » à Ron Carter a été organisé en sa présence au Merkin Hall de New York, en 1995, en présence de bassistes légendaires (Milt Hinton, 85 ans) ou prometteurs (Christian McBride, 22 ans) et d’une pléiade de musiciens parmi lesquels Jimmy Heath, Milt Jackson ou Geri Allen. Ron Carter ne semble pas avoir à ce jour ralenti son activité. L’une de ses récentes productions, (« Dear Miles », 2007), nouvel hommage au légendaire partenaire, se compose de dix « premières prises » choisies dans le répertoire du trompettiste.

« Quand je joue du jazz, j’essaye trouver de trouver la meilleure note, celle qui se trouve à la hauteur parfaite, tous les soirs », se plaît-il à déclarer. Célébré (on l’a vu plus haut) de son vivant, Ron Carter est l’héritier direct d’une tradition de son instrument qui va de Milt Hinton et Jimmy Blanton jusqu’à Paul Chambers. Il est également l’un des rares héritiers d’Oscar Pettiford dans l’exploitation du violoncelle dans le jazz. Son collègue Ray Drummond a évoqué à son propos un « sens musical exceptionnel consistant à se trouver au bon endroit au bon moment ». Ce qui peut se traduire, par exemple, en termes de flexibilité rythmique (dans le groupe de Davis) ou encore d’exceptionnelle adaptabilité au contexte stylistique et musical.

Si le leader et le soliste (à la virtuosité pourtant accomplie) ne se situent pas à une hauteur égale d’inspiration, l’Histoire a d’ores et déjà retenu l’accompagnateur à la fois souple et à la pulsation inébranlable. La texture fournie par son accompagnement mêle avec subtilité les caractère mélodique, harmonique et rythmique. Un dosage qui, au sein du groupe de Davis par exemple, fait de lui le centre de l’efficacité et de l’interactivité atteintes par la rythmique avec Hancock et Williams. Compositeur de plusieurs bandes originales pour le cinéma (dont La Passion Béatrice de Bertrand Tavernier en 1987), Ron Carter est l’un des premiers jazzmen noirs à franchir obstinément les barrières entre genres (notamment en maintenant son lien premier avec la pratique du répertoire classique et symphonique). Ancien directeur artistique du Thelonious Monk Institute of Jazz Studies (Boston), il a également enseigné au City College de New York.

Vincent Cotro
(Mars 2010)