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Jack DeJohnette

© Dalle APRF

Né le 9 août 1942 à Chicago (Illinois, Etats-Unis).

La notoriété actuelle de ce batteur et pianiste passe par la participation à des groupes prestigieux (de Miles Davis vers 1970 au trio de Keith Jarrett aujourd’hui), et pourrait faire oublier la variété et la richesse de sa carrière de sideman autant que son activité de leader.

Le jeune Jack débute très jeune l’étude du piano classique, qu’il poursuit durant une dizaine d’années parallèlement à celle du saxophone. Au lycée, il joue du rock and roll et du blues avant de découvrir le jazz et de subir l’influence d’Ahmad Jamal, qu’il entend dès 1958. Après son entrée à l’université, Jack joue dans des groupes de la région de Chicago où il se spécialise progressivement dans la batterie. C’est là qu’il participe aux débuts du free jazz et se lie avec de futurs membres de l’AACM comme Richard Muhal Abrams. C’est également là, au début des années 1960, qu’il remplace un soir Elvin Jones pour trois thèmes… auprès de John Coltrane. Venu s’installer à New York à partir du milieu des années 1960, il est engagé d’abord par l’organiste John Patton, puis Jackie McLean ou encore le très populaire Charles Lloyd Quartet avec lequel il apparaît notamment au Festival d’Antibes en juillet 1966.  Les engagements et les collaborations se multiplient dès lors : Betty Carter, Abbey Lincoln, Stan Getz, des remplacements auprès de Coltrane ou Thelonious Monk… Durant la seconde moitié de 1968, il est aux côtés d’Eddie Gomez dans le trio de Bill Evans pour plusieurs apparitions publiques ainsi qu’une tournée en Europe.

Son engagement avec Miles Davis débute dès l’été 1969 et se poursuivra jusqu’au milieu de 1971 environ (« Bitches Brew », concert de l’île de Wight…). La présence de Jack DeJohnette s’étend, sur scène comme en studio, et des leaders tels que Georges Benson, Joe Henderson, Pat Metheny, McCoy Tyner, Keith Jarrett ou Chick Corea s’ajoutent à la liste de ses partenaires. Il forme en 1971 Compost, un groupe de jazz-rock dans lequel il joue du piano. Quelques années plus tard (1975) naîtra Directions avec le guitariste John Abercrombie et le bassiste Peter Warren, suivi d’une deuxième mouture, New Directions (1978) comprenant notamment Lester Bowie. D’une autre association avec Abercrombie et Dave Holland naîtra le trio Gateway, plusieurs fois reformé. Special Edition (1979) comprendra les saxophonistes David Murray et Arthur Blythe.

Parmi tous les projets mis sur pied au milieu des années 1980 (dont un trio avec Eddie Gomez et Charlie Persip et un enregistrement au piano avec Gomez et Freddie Waits), le plus durable est incontestablement le trio de Keith Jarrett avec Gary Peacock, formation vouée à la relecture des standards. Il ne faut oublier ni la participation de DeJohnette au groupe de Pat Metheny et Ornette Coleman ni, en 1987, un nouveau Special Edition avec Greg Osby et Gary Thomas auquel succèderont plusieurs formules. En 1990, « Parallel Realities » l’associe à Pat Metheny et Herbie Hancock, Dave Holland complétant la formule sur scène. C’est en compagnie du même bassiste que sont nés à la même période des trios avec Steve Coleman ou encore Dave Liebman. On l’entend également en trio auprès d’autres pianistes comme Laurent de Wilde ou Gonzalo Rubalcaba ou encore avec Special Edition, en piano solo ou avec Gateway. En 1998, il apparaît à Willisau (Allemagne) au sein d’un quartette avec Graham Haynes, Elliott Sharp et Bill Laswell. Depuis 2003, Jack fait partie du trio Beyond avec l’organiste Larry Goldings et le guitariste John Scofield, trio constitué en référence au Tony Williams Lifetime. Entre beaucoup d’autres activités et tournées mondiales avec Keith Jarrett, il est également le batteur du trio de Bruce Hornsby.

Il est peu risqué d’affirmer que Jack DeJohnette est, après Roy Haynes, l’un des plus importants batteurs modernes en activité. Sa formation et son expérience de pianiste, à l’évidence, permettent d’expliquer à la fois son intelligence générale du jeu collectif (en trio notamment), la dimension mélodique de son jeu de batterie et son inspiration de compositeur. Parmi ses influences se dégagent celles de Vernell Fournier (découvert telle une révélation auprès d’Ahmad Jamal), Max Roach et Philly Joe Jones. Mais DeJohnette se place volontiers dans le prolongement simultané de Tony Williams (chez Miles Davis) pour la précision, et d’Elvin Jones (avec Coltrane) pour la décontraction. La recherche de liberté qui caractérise le jeu de Jack DeJohnette n’est pas étrangère à son intégration d’éléments essentiels du free jazz depuis les années 1960. Elle passe chez lui par une rigueur et une exactitude excluant, quel que soit le déluge ou le chaos apparent qu’il produit, toute perte de maîtrise et de sensation de la pulsation et du tempo. Cet art de la prise de risque porté à incandescence au sein du trio de Keith Jarrett, groupe littéralement animé par le dialogue entre pianiste et batteur.

En tant que leader et compositeur, DeJohnette s’appuie sur la diversité de ses expériences et l’éclectisme de ses orientations stylistiques (jazz, rythmes latins, rock, musiques traditionnelles), y ajoutant parfois des résonances plus personnelles d’ordre spirituel  (« Earth Walk », 1991). Au piano, Jack DeJohnette se place sous les influences croisées d’Ahmad Jamal, Bill Evans et Red Garland. Mais c’est sans doute, paradoxalement, dans la conception mélodique de son jeu de batterie que s’exerce et s’épanouit pleinement sa maîtrise pianistique. On n’oubliera pas son activité de pédagogue à travers plusieurs publications ou vidéos, dont The Art of Modern Drumming (avec Charlie Perry, D.C. Publications, 1984) et Musical Expression on the Drum Set (Homespun Tapes, 1992).

Vincent Cotro