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Stochelo Rosenberg

© Mephisto

Né le 19 février 1968 à Helmond (Pays-Bas)

Considéré comme l’un des meilleurs représentants du jazz dit « manouche », Stochelo Rosenberg est une figure essentielle du renouveau de cette branche du jazz qui a forgé son identité en prenant pour référence le style de Django Reinhardt. Issu de la communauté des Sinti de Hollande, il fait partie de ces guitaristes tsiganes chez qui la musique et sa pratique sont étroitement liées à l’histoire familiale comme en témoigne la longévité du trio qui porte son nom, formé avec deux de ses cousins.

Stochelo Rosenberg a commencé de jouer de la guitare à dix ans, un âge relativement avancé dans une communauté où les enfants sont exposés dès leur plus petite enfance à la musique et se voit confier un instrument très jeunes. Son père Mimer tient la guitare d’accompagnement dans les réunions familiales ; son grand-père Latcheben Grunholz et son oncle Wasso Grunholz sont également guitaristes et lui enseignent diverses valses « gitanes » de leur composition qui sont toujours à son répertoire. Son cousin Nous’che, de trois ans son aîné, lui donne quelques conseils mais c’est dans l’écoute attentive et répétée des enregistrements de Django Reinhardt dont il reproduit les solos qu’il forge sa technique. « Django, dans la famille, c’était le dieu », résume-t-il. Vers l’âge de 15-16 ans, il s’ouvre à d’autres guitaristes comme Joe Pass, George Benson ou Wes Montgomery qui laissent une marque sur son jeu.

Encore adolescent, Stochelo se distingue dans une émission de télévision consacrée aux jeunes talents et apparaît au sein du groupe Manouche du clarinettiste Hans Meelen, mais du fait de son appartenance à une congrégation évangéliste, son talent reste confiné jusqu’à sa majorité aux églises et aux campements. En 1989, à l’initiative de Meelen, il fait une apparition remarquée au festival Django-Reinhardt de Samois-sur-Seine, qui lui vaut d’enregistrer un premier album, « Seresta », pour Hot Club Records, label animé par un passionné de jazz manouche. C’est le début d’une reconnaissance pour le trio qu’il forme avec ses cousins Nou’sche (né en 1965), guitariste, et Nonnie (né en 1956), contrebassiste, qui débouchera sur un grand nombre de concerts et une notoriété internationale. Cette ascension atteint son apogée, aux dires de Stochelo Rosenberg lui-même, lorsque le trio est invité à accompagner Stéphane Grappelli sur la scène du Carnegie Hall de New York au cours d’un concert marquant le 85e anniversaire du violoniste (1993).

Indéfectiblement soutenu par ses cousins, Stochelo Rosenberg mène par la suite une importante activité dans son pays natal, au fil de laquelle son trio s’associe à différents instrumentistes tels que le vibraphoniste Frits Landesbergen (1995), l’harmoniciste Toots Thielemans (2001), le pianiste Louis Van Dijk (2003), le clarinettiste Bernard Berkhout, disciple de Benny Goodman (2007) ou encore le violoniste Tim Kliphuis (2008). Au gré d’environnements changeants, il embrasse des styles qui vont des musiques d’influence hispanique (collaboration avec le guitariste uruguayen Leonardo Amuedo pour l’album « Suenos Gitanos », 2001) au blues-rock (concerts avec le guitariste Jan Akkerman) en passant par la variété (tournée avec le chanteur Herman van Veen) et le dixieland (Dutch Swing College Band) selon une vision large et cosmopolite du champ expressif de la guitare. Parallèlement, Stochelo nourrit des échanges suivis avec d’autres guitaristes qui, comme lui, entretiennent la flamme de Django Reinhardt, et qu’il croise en studio ou sur la scène des festivals de jazz, notamment en France : Dorado Schmitt, Tchavolo Schmitt, Romane avec qui il signe une série de trois disques (« Elégance » en 2000, « Double jeu » en 2004, « Gypsy Guitar Masters » en 2006) ainsi que Biréli Lagrène, qui l’invite à participer à son « Gypsy Project » (2002). Celui-ci se voit convié à son tour, quelques années plus tard, à converser sur la musique de Django Reinhardt à la faveur d’un enregistrement publié sous le titre de « Djangologists » (2010). En 2005, partageant un sens de la transmission dont il a lui-même bénéficié, c’est son plus jeune frère, Mozes Rosenberg que Stochelo a mis en avant sur le disque « Ready ‘n Able ».

Heureux propriétaire d’une guitare Selmer de 1940 portant le numéro de série 504 (celle de Django Reinhardt, conservée au musée de la Musique, portant le 503), Stochelo Rosenberg cultive une technique rare, aux traits virtuoses jamais forcés, et un vibrato très personnel qu’il met au service d’un sens mélodique raffiné qui en fait une référence non seulement pour les guitaristes mais plus généralement les adeptes du jazz manouche dont il contribue à garder l'expression vivante.

Vincent Bessières
(Février 2010)