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Bibliographie

David Linx

© Mephisto

Né le 22 mars 1965 à Bruxelles (Belgique)

Fils d’Elias Gistelinck (1935-2005), compositeur et trompettiste, producteur à la RTB, initiateur du festival Jazz Middelheim à Anvers, David Linx grandit dans un environnement favorable à la musique qui l’amène, enfant, à suivre très jeune des cours de solfège et à côtoyer de près certains des plus grands jazzmen. Bouleversé par une interprétation de Georgia On My Mind par Ray Charles que son père écoute fréquemment, il développe un goût pour le chant qui l’amène à assimiler, entre l’âge de sept et onze ans, tous les disques d’Ella Fitzgerald en sa possession. Parallèlement, il s’initie à la flûte, au piano et, surtout, à la batterie, sur lequel il débutera son chemin de musicien.

Vers l’âge de dix ans, la découverte des œuvres de James Baldwin, en écho à sa propre rébellion intérieure, l’émeut profondément. Il n’aura dès lors de cesse de vouloir rencontrer l’écrivain américain, figure du mouvement pour les droits civiques. Abordé à l’occasion d’une lecture publique à Amsterdam, celui-ci accepte un an plus tard, en 1982, de voir l’adolescent débarquer à son domicile de Saint-Paul-de-Vence, partager sa vie et le choisir comme un père adoptif. Linx fera grâce à lui la connaissance de Miles Davis. Dans le même temps, son parrain, le saxophoniste américain Nathan Davis l’amène à Paris et lui présente le batteur Kenny Clarke auprès duquel il améliore sa technique de batterie. Sur cet instrument, il accompagne dans les clubs de Belgique et des Pays-Bas des musiciens tels que Horace Parlan (1985) ou Slide Hampton. De cette fréquentation quasi filiale de grandes figures afro-américaines naîtront chez David Linx à la fois une haute conscience de l’exigence du jazz, un respect pour la tradition de cette musique et un refus absolu des discriminations, artistiques comme raciales. Outre plusieurs voyages aux Etats-Unis, son amitié avec Baldwin débouche en 1986 sur la réalisation de « A Lover’s Question », disque enregistré entre Bruxelles et New York, achevé trois mois avant la disparition de l’écrivain, dans lequel ce dernier récite ses propres textes sur une musique écrite par le guitariste Pierre Van Dormael, à laquelle participent plus d’une quinzaine de musiciens parmi lesquels Steve Coleman, Slide Hampton ou encore Toots Thielemans. L’album paraîtra de manière confidentielle en 1990, puis sera réédité dix ans plus tard par Label bleu, donnant à entendre l’une des rares réussites en matière de mélange de jazz et de poésie.

Vers 1988, sous le nom de scène de David Linx, il délaisse la batterie pour se faire chanteur, sous la double influence de Betty Carter, la plus musicienne des chanteuses de jazz, capable d’improviser comme un instrumentiste, et de Mark Murphy, référence masculine qu’il a eu l’occasion d’accompagner en tant que batteur. Il enregistre en 1990 un album avec le trio de Jack van Poll, puis l’année suivante, « When Time Takes Its Share » en trio avec la pianiste Nathalie Loriers et le percussionniste Chris Joris. Emergeant dans une scène belge en plein renouveau, il collabore également avec le saxophoniste Erwin Vann avant de renouer durablement avec le pianiste Diederik Wissels, ancien étudiant de son père qu’il connaît depuis l’enfance. Leur association trouve sa première incarnation phonographique à l’occasion de l’album « Kamook » (1992) auquel le chanteur demande à participer et pour lequel il écrit très rapidement des textes. Elle est renouvelée avec « If One More Day » (1993) qui accueille, entre autres, le guitariste Philip Catherine et le flûtiste Steve Houben. Dans un registre plus avant-gardiste, Linx collabore également avec le groupe Aka Moon (« Elohim », 1997).

En 1996, la parution de « Up Close » (Label bleu) marque le véritable début d’une aventure bicéphale, pianiste et chanteur élaborant conjointement un répertoire qui affirme une unité de ton et de couleur bien distinctive confirmée, deux ans plus tard, par « Bandarkâh ». Doté d’une large tessiture et d’une aisance rythmique impressionnante, David Linx fait preuve d’un engagement et d’une liberté vocale qui servent des compositions élaborées qui se démarquent de la forme traditionnelle des standards. Son timbre androgyne et sa voix légèrement voilée participent d’un usage du scat modéré qui échappe aux clichés du genre, et souligne la poésie de ses talents de parolier. Il dit être à la « recherche d’une forme d’honnêteté absolue dans l’expression », citant volontiers Nina Simone et Billie Holiday en exemple. Bien que l’anglais soit sa langue de prédilection, encouragé par Claude Nougaro et Françoise Hardy, il signe par la suite « L’Instant d’après » (Polydor), un disque de chansons en français produit par Craig Street qui œuvre habituellement auprès de Cassandra Wilson. Avec Nougaro, il enregistre une version de Dansez sur moi qui paraîtra sur l’album posthume du chanteur toulousain, « La Note bleue ».

La collaboration avec Diederick Wissels se prolonge avec « Heartland » en 2001 (Universal) sur lequel figure le trompettiste Paolo Fresu, la paire rythmique Palle Danielsson-Jon Christensen et un quatuor à cordes, suivi en 2003 par « This Time » (Le Chant du monde), enregistré simplement en quartet avec Christophe Wallemme et Stéphane Huchard, deux musiciens qui les accompagnent également sur scène. L’année suivante, sous l’intitulé « One Heart, Three Voices », la voix de David Linx se combine avec celles de la chanteuse néerlandaise Fay Claassen (rencontrée par le biais du pianiste Ivan Paduart, qui a proposé à Linx d’écrire des chansons pour elle) et de leur consœur italienne Maria Pia de Vito (avec qui Linx avait partagé la scène auprès de Paolo Fresu en Italie). Devenu une référence en matière de jazz vocal, David Linx est l’un des acteurs principaux en 2006 de La Tectonique des nuages, opéra composé par Laurent Cugny, et continue d’enseigner depuis de nombreuses années au Conservatoire royal de Bruxelles, conservant des attaches dans son pays natal qui se traduisent en 2007 par la réalisation d’un album avec le Brussels Jazz Orchestra.

Vincent Bessières