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Bibliographie

Alice Coltrane

© Mephisto

Née le 27 août 1937 à Detroit (Michigan, Etats-Unis) ; décédée le 14 janvier 2007 à Los Angeles (Californie, Etats-Unis).

Personnalité contestée par une partie de la critique, longtemps mal-aimée de certains admirateurs de Coltrane persuadés qu’elle avait infléchi son destin musical dans un sens qu’ils désapprouvaient (à ce titre, on peut la comparer à une autre veuve célèbre, Yoko Ono), Alice Coltrane a d’abord prolongé le legs de son défunt mari à sa manière, puis pris une retraite pendante laquelle elle s’est consacrée à des activités spirituelles avant de revenir, sous l’influence de son fils Ravi devenu musicien de jazz à son tour, au devant de la scène.

Enfant, Alice McLeod étudie la musique classique et accompagne à l’orgue divers chœurs gospel à l’église. Sous l’influence de son demi-frère aîné, le contrebassiste Ernie Farrow, pilier de la scène be-bop de Detroit et accompagnateur de Yusef Lateef, elle s’intéresse au jazz moderne à l’adolescence. Bud Powell devient son modèle, qu’elle a l’occasion d’approcher à Paris en 1959 où elle joue avec le saxophoniste Lucky Thompson. A Detroit, elle accompagne Kenny Burrell, se produit en trio ou en duo avec une autre femme, la vibraphoniste Terry Pollard, qui lui offrira son premier piano. Elle sera un temps mariée au chanteur Kenny Hagood avec qui, en 1960, elle aura une fille, Michelle, qui fera carrière comme chanteuse sous le nom de Miki Coltrane.

En 1963, alors qu’elle est membre du groupe du vibraphoniste Terry Gibbs, elle fait la connaissance de John Coltrane au Birdland. En 1965, elle intègre son groupe dans lequel elle remplace McCoy Tyner. Alice et John se marient l’année suivante ; elle restera sa pianiste jusqu’à sa disparition, le 17 juillet 1967, mais également la compagne d’un cheminement spirituel tournée vers les philosophies orientales. Veuve à trente ans, devenue légataire des enregistrements réalisés par son mari, elle publie différents inédits qu’elle « habille » de cordes et se lance dans une activité musicale abondante entourée par d’anciens compagnons de route de John Coltrane ou des musiciens qui se réclament de son influence directe : les saxophonistes Pharoah Sanders, Archie Shepp, Joe Henderson, Frank Lowe et Carlos Ward, les contrebassistes Charlie Haden, Cecil McBee et Jimmy Garrison, et les batteurs Rashied Ali, Ben Riley, Roy Haynes et Jack DeJohnette. Elle signe alors pour Impulse une série d’albums aux références hétéroclites, marqués par les dernières recherches de son époux mais aussi par l’importance grandissante de son engagement mystique et de son gourou hindou sous l’influence duquel elle entreprend ses premiers voyages en Inde (« Journey in Satchidananda », 1970). Syncrétique et bariolée, sa musique brasse des influences extrêmement diverses avec plus ou moins de réussite sous des dehors psychédéliques et s’offre comme une série d’offrandes mystiques. Au piano, elle substitue l’orgue et le Wurlitzer ainsi que la harpe dont les sonorités saturées à grand renfort de glissandos et d’ostinato contribuent à exacerber la dimension obsessionnelle et contemplative de sa musique marquée par le free jazz, le blues, sa fascination pour Stravinsky et l’impressionnisme, les ragas indiens et, bien sûr, l’œuvre de John Coltrane dont elle réinterprète à sa manière les titres les plus emblématiques, de My Favorite Things à Love Supreme en passant par Crescent et Leo.

Son engagement dans la foi hindouiste allant grandissant, elle se détache progressivement de la scène, adopte un nom sanskrit (Swamini Turiyasangitananda) et ouvre un ashram (le Vedanta Center) à Santa Monica en Californie, région où elle s’est installée en 1972. Hormis « Transfiguration », enregistré en public en 1976 à UCLA avec Reggie Workman et Roy Haynes, elle ne publie plus à partir de 1978 que des enregistrements qui n’ont que peu de rapport avec le jazz et dont la circulation reste limitée aux adeptes de sa communauté spirituelle.

En 1987, Alice donne un concert en hommage à John Coltrane à la cathédrale St. John the Divine à New York à la tête d’un groupe constitué de deux anciens accompagnateurs du saxophoniste, Rashied Ali et Reggie Workman, et de ses fils Ravi (né en 1965) et Oran (1967), tous deux saxophonistes, qui est suivi par une tournée en Europe. Il faut cependant attendre une décennie pour qu’elle réapparaisse en concert à New York au Town Hall, en 1998. Ce n’est que sous l’insistance de Ravi, devenu un musicien accompli, qu'elle accepte de retourner en studio et d’enregistrer des pièces étroitement liées à l’œuvre de son mari qui paraissent sur l’album « Translinear Light » en 2004. Elle donne par la suite quelques rares concerts dont l’émotion doit beaucoup à l’aura de sa personnalité et au souvenir de sa proximité intime et musicale avec John Coltrane.

Vincent Bessières
(Novembre 2006)