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Bugge Wesseltoft

© Mephisto

Né le 11 février 1964 à Porsgrunn (Norvège).

C’est à plus de trente ans que Jens Christian Bugge Wesseltoft s’est révélé sur la scène internationale. Jusque-là ce musicien norvégien n’avait guère fait parler de lui par-delà son pays. Ayant grandi dans un environnement musical (père guitariste), il a suivi l’enseignement classique du jazz avant d’intégrer, en 1990, l’ensemble d’Arild Andersen. Au début de cette décennie, le pianiste se retrouve aux côtés de plusieurs artistes phares du catalogue ECM, dont les studios Rainbow sont situés à Oslo. Il s’associe à Jan Garbarek lors du Molde Jazz Festival, puis rejoint en 1991 le quintette de Terje Rypdal, et intègre également le Jazzpunkensemble de Jon Eberson. Mais c’est avec Sidsel Endresen, grâce à une commande du même Molde Jazz Festival, qu’il entame une intime et profonde collaboration. Il enregistre ainsi en 1994 « Nightsong » (Act), un premier duo qui sera suivi par d’autres, tout comme « Arv » d’Arild Andersen sur ECM.

Bugge Wesseltoft aurait pu continuer ainsi en bon sideman s’il n’avait décidé, en 1995, de fonder son propre groupe : New Conception of Jazz. Et l’année suivante, de créer en partenariat avec Sten Nielsen son propre label, Jazzland Records. C’est le début d’une aventure qui a permis à la nouvelle scène norvégienne d’éclore. « La volonté initiale était de créer un label pour publier mes disques. Puis ceux de mes amis qui ne trouvaient aucun relais pour exposer leur musique. De fil en aiguille, un catalogue s’est donc constitué autour d’un noyau de gens proches », confie-t-il dix ans plus tard. Sobrement baptisé du nom de son groupe, son premier disque reçoit dès 1996 le Spellemannprisen, la Victoire de la musique locale, et rencontre un écho favorable à l’international. « Cela faisait deux ans que je travaillais à chercher le bon son pour trouver la meilleure combinaison entre les sonorités électroniques et l’univers acoustique. Quand j’ai reçu un appel de France pour me dire que le disque devait sortir à Paris, j’ai compris que nous aurions peut-être une chance de proposer et jouer notre musique en dehors de la Norvège. »

Dès lors, le nom de Bugge Wesseltoft est associé à la vague de productions d’électro-jazz norvégiennes qui débordent du cadre scandinave pour atterrir sur les ondes françaises, entre autres. Célébré sur les scènes du jazz, le claviériste se voit aussi loué par les DJ du monde entier dont Gilles Peterson, José Padilla et Laurent Garnier avec lequel il enregistrera quelques années plus tard. A l’inverse, certains vont même le solliciter pour qu’il concocte lui aussi des remixes ! En attendant, tout en révélant de nombreux talents tels que le guitariste Eivind Aarset ou le groupe Wibutee, le producteur continue d’enregistrer pour son propre compte : en 1998, « Sharing » parfait la synthèse initiée plus tôt, puis trois ans plus tard « Moving » assoit définitivement l’aura de celui qui décrit sa musique comme quelque chose de « joyeusement mélancolique ».

Enregistré dans son studio d’Oslo, la Bugge’s Room, « Moving » constitue sans nul doute le pic de son mix entre électronique et acoustique. « Les machines servent à ajouter un supplément de groove et une nouvelle dimension au son. Grâce à elles, le beat est encore plus puissant, encore plus dansant. » L’album suivant creuse le même sillon, tout en ouvrant des espaces plus acoustiques. Il en va de même pour la politique de signatures de Jazzland qui, tout en développant des projets totalement électroniques comme le duo On/Off, abrite désormais des formations jazz, dont l’emblématique quintette Atomic. Quant au pianiste, il s’embarque dans des tournées planétaires, qui vont peu à peu user sa sensibilité.

Après une année de relâche, il revient en 2007 avec un album en solitaire, que beaucoup lui réclamaient depuis longtemps. Baptisées « Im », ces variations acoustiques oscillent entre minimalisme esthète et expressionnisme plus enlevé, sans renoncer à quelques touches électroniques. Dans cette esthétique plus sombre, le pianiste accueille les éclairs fugaces d’une muse onirique, la chanteuse saami Mari Boine avec qui il a souvent dialogué par le passé. Cet album sonne comme une pause nécessaire dans la carrière du pianiste, en pleins doutes sur son devenir comme producteur alors que le marché du disque traverse une crise structurelle. Avant de conclure sur une note plus optimiste : « La chute des ventes montre juste l’incroyable distorsion entre ce que les maisons de disques, à commencer par les multinationales, veulent présenter dans les magasins et les médias, et ce que les amateurs de musique souhaitent écouter en réalité. »

Jacques Denis