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Bibliographie

Trilok GURTU

© Mephisto

Né le 30 octobre 1951 à Bombay/Mumbai (Inde)

Musicien cosmopolite artisan d’une fusion qui emprunte ses couleurs à plusieurs continents, Trilok Gurtu est l’un des principaux passeurs entre le jazz et la musique indienne, ayant apporté une couleur authentique à de nombreux jazzmen en quête de nouveaux horizons.

Issu d’une famille de musiciens, il débute aux tabla à l’âge de cinq ans afin d’accompagner sa mère, la chanteuse Shobha Gurtu (1925-2004), connue comme la « reine du thumri ». Enfant, il étudie l’art d’accompagner auprès de Manikrao Popatkar. Adolescent, il s’intéresse à la musique populaire occidentale et se constitue un set de batterie artisanal sur lequel il fait son apprentissage en autodidacte, jouant dans les hôtels, pour les mariages et dans la rue. Il découvre le jazz par le biais d’un disque de John Coltrane, à l’âge de vingt ans, dans un pays où cette musique n’est guère représentée. Après avoir appartenu au groupe de rock progressif de Bombay Waterfront (1969-1973), il se rend en Europe, s’associe au groupe italien Aktuala et fait la connaissance de Don Cherry. De retour en Inde, il étudie brièvement avec Ustad Ahmedjan Thirakwa, joue avec les saxophonistes Charlie Mariano et John Tchicai et collabore avec le groupe allemand Embryo dont les membres l’encouragent à venir mener carrière en Europe. Installé en Allemagne en 1977, Gurtu renoue et enregistre avec Charlie Mariano (October, 1977) et, par la suite, travaille avec Karl Berger et Barre Phillips (Three Day Moon, 1978). Il fait ensuite partie du groupe Family of Percussion qui enregistre avec Archie Shepp (1980), accompagne le guitariste Philip Catherine (1981) avec lequel il se rend en Afrique, et retrouve Don Cherry avec qui il tourne en 1983.

Se présentant, par sa polyvalence, comme un interlocuteur original pour nombre de musiciens européens avides de métissages, Trilok Gurtu s’exprime à l’aide d’un set de batterie hétérogène élargi à de nombreuses percussions empruntées à différentes traditions, dont il joue assis à même le sol. Sa curiosité pour d’autres cultures rythmiques que la sienne en fait un pionnier de la world music et c’est naturellement qu’il participe au groupe Oregon (dans lequel il remplace Collin Walcott après son décès), qui fut l’un des modèles du genre. Il enregistre avec Jan Garbarek et Zakir Hussain et s’associe au brésilien Nana Vasconscelos avec lequel les échanges sont fructueux. En 1988, apôtre d’un œcuménisme musical, il réunit sur son premier disque Don Cherry, le guitariste Ralph Towner, le violoniste indien Lakshminarayana Shankar, le bassiste suédois Jonas Hellborg, le français Daniel Goyone et sa propre mère au chant. Cosmopolite dans l’âme, il signe par la suite d’autres albums qui empruntent leurs couleurs à de nombreuses sources dont le jazz n’est qu’une composante.

L’originalité de son style hybride est découverte par un large public lorsque, de 1988 à 1992, il fait partie du trio du guitariste John McLaughlin qui renoue en partie à cette occasion avec son amour pour la musique indienne (Que Alegria, 1992). Dès lors, Gurtu mène de front son propre groupe et de nombreuses collaborations avec le Gotha du jazz-fusion dans toute l’étendue de ses métissages : avec Joe Zawinul (ils tournent en duo en 1993), Michel Portal (Anyway, 1993), Nguyên Lê (Tales from Vietnam), Jan Garbarek, Bill Laswell qui l’implique dans plusieurs de ses productions (Pharoah Sanders, Tabla Beat Science etc.). Elargissant toujours plus le champ des musiques auxquels il emprunte rythmes et couleurs, il forme en 1996 le groupe The Glimpse qui comprend des musiciens venus d’Inde, de Bulgarie et du Maroc et accueille des vedettes de la world music telles que Salif Keita ou Angélique Kidjo. En 2005, sous la houlette du producteur Frédéric Galliano venu des musiques électroniques, il enregistre avec des musiciens du Mali. Les collaborations de Gurtu avec des jazzmen deviennent plus épisodiques, rendant d’autant plus précieux ses échanges avec des musiciens tels que Dave Holland dans lesquels sa sensibilité rythmique apparaît avec un dépouillement qui contraste avec le foisonnement éclectique de ses productions récentes.

Vincent Bessières