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Chris Potter

© Mephisto

Né le 1er janvier 1971 à Chicago

En une décennie, Chris Potter est passé du statut de saxophoniste prometteur à celui de champion de son instrument, s’affirmant comme un soliste d’envergure d’une rare puissance mais également, à l’instar de Mark Turner, comme l’une des voix les plus distinctives parmi la nouvelle génération des ténors qui allie l’assimilation de la tradition du jazz et la recherche d’un langage personnel qui la prolonge.

Lorsque la pianiste Marian McPartland entend Chris Potter à l’âge de 15 ans, à Charleston (Caroline du Sud), la ville où le saxophoniste a grandi, elle fut suffisamment impressionnée par l’adolescent qu’elle assure son père qu’il était capable d’intégrer les rangs d’un big band de première importance. Quelque temps après, c’est le trompettiste Red Rodney, ancien compagnon de Charlie Parker, qui fait la même appréciation du talent bourgeonnant du saxophoniste au point de l’engager dans son groupe dès son arrivée à New York où, à l’âge de 18 ans, Potter est élève à la Manhattan School of Music, où il se lie avec l’un de ses professeurs, Kenny Werner (ils ont enregistré un album en duo en 1994).

S’imposant rapidement comme un instrumentiste valeureux, tant à l’alto qu’au ténor et au soprano (auxquels il ajoute la pratique de la flûte et de la clarinette basse), il entame une activité de sideman qui l’amène à enregistrer abondamment et à participer à de nombreux groupes. Membre du Electric Be Bop Band du batteur Paul Motian en 1993, il appartient également au Mingus Big Band et joue, plus ou moins régulièrement, avec John Hart, Ray Brown, Renee Rosnes, le quartet de Jim Hall, le trio de Steve Swallow et dans le quartet d’Al Foster. Issu en tant qu’altiste de Charlie Parker, il fait entendre aussi ce qu’il doit à l’influence de Sonny Rollins dans sa manière d’approcher l’improvisation par le biais de formules mélodico-rythmiques et à Joe Lovano. Grâce à l’entremise de McPartland, il signe pour le label Concord une série de cinq albums qui le présente en petite formation associé à des musiciens de sa génération qui, comme lui, se sont affranchis de la tradition (Brad Mehldau, John Patitucci, Larry Goldings, Kurt Rosenwinkel…) et dont certains sont des compagnons réguliers : le pianiste Kevin Hays, le contrebassiste Scott Colley et le batteur Bill Stewart. L’avant-dernier de ces disques, « Unspoken » le présente aux côtés de John Scofield, Dave Holland et Jack DeJohnette, et marque l’avènement d’un musicien majeur.

En 1998, Chris Potter intègre deux groupes sans piano qui font date, le quartet du trompettiste Dave Douglas (deux albums) et le quintet de Dave Holland. Tout en gardant des liens avec Paul Motian (« Trio 2000 +1 ») et Jim Hall, deux « aînés » dont il revendique l’influence, c’est auprès de ces deux musiciens, et tout particulièrement du contrebassiste, que le saxophoniste affirme son identité, parvenant à se couler, grâce à son aisance rythmique et harmoniques, dans les compositions des deux leaders (« Prime Directive » avec Dave Holland). Dans un registre fort différent, il participe au come-back du groupe de rock Steely Dan (« Two Against Nature »). Lui-même enregistre avec son quartet un album « Gratitude » dans lequel il salue la plupart de ceux qui l’ont influencé, de Eddie Harris à Ornette Coleman en passant par Wayne Shorter, John Coltrane et Michael Brecker. S’il est effectivement redevable à ses prédécesseurs, Chris Potter s’avère néanmoins l’un des moins académiques parmi les saxophonistes de sa génération, s’imposant, par-delà les références, comme un soliste extrêmement imaginatif. En 2000, son talent est récompensé par la remise du Jazzpar Prize, le « Nobel du jazz », dont il est le plus jeune lauréat.

Ne s’exprimant désormais que très rarement à l’alto, il manifeste une expression très mature, incisive et énergique, qui associe une grande précision rythmique à une habileté harmonique qui fait échapper son discours aux clichés du néo-bop. Aux côtés de Seamus Blake, Chris Cheek, Joshua Redman ou Donny McCasslin, il apparaît ainsi comme l’un des rénovateurs en douceur de son instrument, s’affranchissant par l’étendue de ses expériences et sa virtuosité, de ses références. Sa réputation lui vaut dès lors d'enregistrer avec différents musiciens européens, de Nguyên Lê (1999) à Kenny Wheeler en passant par Enrico Pieranunzi (2003). Perceptible dans l’album « Lift » réalisé en public au Village Vanguard à New York en 2002, l’originalité de sa sonorité et la singularité de son phrasé s’imposent également dans le contexte électrique de « Underground », enregistré par un groupe sans bassiste, composé de Wayne Krantz à la guitare, de Craig Taborn aux claviers et de Nate Smith à la batterie.

Vincent Bessières
(Juin 2006)