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>Didier Lockwood

© Mephisto

Né le 11 février 1956 à Calais.

Il étudie le violon encouragé par son père, instituteur, qui a étudié l’instrument au Conservatoire de Calais. Elève à Paris à l’Ecole normale de musique, il forme en 1973 avec son frère aîné Francis un groupe dans lequel il commence d’assouvir un goût pour le rock et le blues éveillé à l’écoute de Jimi Hendrix et John Mayall ainsi que de Jean-Luc Ponty alors membre du groupe de Frank Zappa. Peu après, les deux frères intègrent le groupe Magma. Didier y restera trois ans, une période formatrice à laquelle succède un passage par le groupe Zao et la formation, avec le batteur Jean-My Truong et le bassiste Bunny Brunel, du groupe Surya (1976). Parallèlement à ces expériences marquées par le rock progressif et l’héritage coltranien (pour lesquelles il écoute Ponty et, pour s'en démarquer, le violoniste polonais Zbigniew Seifert), il fréquente des musiciens davantage rattachés au jazz comme Henri Texier (avec lequel il joue en duo et en trio avec le violoncelliste Jean-Charles Capon), Aldo Romano (dans le groupe Eye Ball) ou Daniel Humair. Il joue également dans le Swing String System de Didier Levallet, l'ensemble Synthesis d'Ivan Jullien et le Pandémonium de François Jeanneau qui cherchent à associer les cordes au jazz.

L'affection de Stéphane Grappelli qui le présente en public comme son protégé, contribue à le faire connaître du grand public. Didier Lockwood recevra symboliquement de ses mains le violon de Michel Warlop (1911-1947), grand soliste de l’entre-deux-guerres disparu prématurément. Les deux hommes se retrouveront périodiquement sur scène jusqu’à la disparition du partenaire historique de Django Reinhardt. Fort de ce soutien, Didier Lockwood s’impose rapidement grâce à son aisance à s’exprimer sur un instrument demeuré relativement marginal dans le jazz, dont il apparaît comme le rénovateur. Il développe, d’une part, une technique instrumentale adaptée à l’improvisation et au jazz en reconsidérant le manche du violon comme celui d’une guitare et, d’autre part, s’approprie les développements de la lutherie électronique (pédale d’effet, chambre d’écho, pédale wah-wah, etc.). Il adopte épisodiquement une mandoline électrique accordée comme un violon et joue aussi du saxophone alto et de la trompette. En 1981, il enregistre avec Christian Vander, Jannick Top et Benoît Widemann, l’album « Fusion », l’un des jalons du genre, où se combinent des rythmiques rock puissantes et des improvisations virtuoses. Le succès de ses albums successifs pour le label JMS s’accompagne de tournées internationales qui l’amènent pendant deux ans à mener une part de son activité aux Etats-Unis : il y enregistre « Out of the Blue » en 1984 avec le pianiste Gordon Beck, le contrebassiste Cecil McBee et le batteur Billy Hart.

La même année, la popularité du trio acoustique avec les guitaristes Philip Catherine et Christian Escoudé marque un retour à une musique plus intimiste, qui laisse davantage s’exprimer l’influence de Grappelli, l’héritage manouche et son attachement aux standards de jazz. L’essentiel de sa musique et sa production avec les différents avatars du Didier Lockwood Group restent résolument ancrés, toutefois, dans un jazz-rock teinté de blues et de musiques du monde, tant par les sonorités que les thématiques et les rythmes employés dans son répertoire. En 1986, le violoniste partage la scène avec deux confrères, Michael Urbaniak et John Blake dans le groupe BLU que complètent Marcus Miller et Lenny White. Il rencontre aussi la même année Miles Davis et le groupe québécois Uzeb puis, trois ans plus tard, Frank Zappa.

Plusieurs échanges avec Richard Galliano (1992), Michel Petrucciani (1993) ou encore Martial Solal (en duo, 1994) ainsi que l’enregistrement d’un album, « New York Rendez-vous » (1994) avec David Liebman, Dave Holland et Peter Erskine marque un décentrement de la musique de Didier Lockwood vers un registre moins électrique et plus proche des formes conventionnelles du jazz. Il se fait le défenseur d'une tradition française du jazz sur cordes en parrainant notamment un Onztet de violonistes (1994). Par la suite, ce retour à la tradition se confirme avec un changement de label, Dreyfus Jazz, et la parution des albums « Storyboard » (avec l’organiste Joey DeFrancesco, 1996) et « Round About Silence » (1998) consacré à un florilège de ballades. Dans le même temps, les ambitions de compositeur de Didier Lockwood se concrétisent par l’écriture d’un concerto pour violon, Les Mouettes (1996) et d’un opéra jazz, Journal d’un usager de l’espace II sur des textes de Georges Perec (1999). Par la suite, il compose un concerto pour piano (2000), un pièce pour orchestre symphonique et big band de jazz intitulée Souvenir du futur (2001) ainsi qu’un nouvel opéra, pour enfants, Libertad (2004). Il imagine également, Hypnoses, un cycle de mélodies symphoniques interprétées par sa femme, la soprano lyrique Caroline Casadesus.

Considéré universellement comme l’héritier de Stéphane Grappelli (auquel il rend hommage en 2000 sur disque), Didier Lockwood embrasse désormais un large champ de musiques, savantes et populaires. Outre une méthode d’improvisation, il développe une importante activité pédagogique en ouvrant le CMDL (Centre des musiques Didier-Lockwood) en région parisienne et en poussant au-devant de la scène de jeunes instrumentistes. Il crée également un label pour soutenir les artistes émergents ou qui lui sont proches. A l’aide d’un quartet constitué de Stéphane Guillaume, Benoît Sourisse et André Charlier depuis 1995, ou bien en solo, il continue de parcourir le monde et les musiques à la manière de ce « globe-trotter » qu’il a voulu pour titre de l’un de ses derniers albums en date.

Vincent Bessières
(Octobre 2006)