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Denis Colin

© Mephisto

Né le 24 juillet 1956 à Vanves (France).

Issu du free jazz tel qu’il fut acclimaté en France durant les années 1970 et impliqué dans des groupes durables de la musique improvisée, Denis Colin a opéré depuis ses débuts un cheminement qui l’a amené à se rapprocher progressivement des sources de la « Great Black Music » et des influences initiales dont il avait tendu à s’écarter. Clarinettiste basse exclusivement, il a développé une expressivité sur cet unique instrument qu’il engage dans des projets orchestraux qui mettent en évidence la riche variété de son timbre.

Né dans une famille mélomane, il débute, enfant, l’apprentissage du piano avant de s’intéresser à la clarinette (il suit pendant quatre ans l’enseignement du conservatoire de Versailles) comme prélude possible à l’abord d’autres instruments à anche. C’est finalement la clarinette basse qui gagne sa préférence alors qu’il traverse une période de fascination pour les grands saxophonistes ténor du free jazz (John Coltrane, John Gilmore, Archie Shepp) : relativement peu usité en dehors de l’exemple d’Eric Dolphy, l’instrument lui semble offrir des possibilités insoupçonnées, une beauté plastique, un potentiel sonore qu’il n’a cessé depuis d’explorer. Un stage avec Steve Lacy le convaincra de s’y consacrer exclusivement. Auparavant, marqué par plusieurs concerts auxquels il a assisté (Michel Portal, Machi Oul Big Band, Sun Ra, Frank Wright…), il s’est initié à l’improvisation auprès du saxophoniste Jo Maka puis, au cours de séjours à New York, avec Jimmy Lyons et Cecil Taylor. C’est à Paris, cependant, à partir de 1975, au contact du contrebassiste américain Alan Silva et dans la nébuleuse de l’IACP (école qu’il dirige de 1979 à 1982) que Denis Colin aiguise sa pratique du free jazz, notamment au sein du Celestrial Communication Orchestra (de 1977 à 1985) et dans le groupe Texture créé en 1977 avec le saxophoniste François Cotinaud. De 1981 à 1990, il appartient au Bekummernis dirigé par Luc Le Masne et collabore aussi avec le pianiste François Tusques.

Fondé en 1991, le trio qu’il forme avec Didier Petit (violoncelle) et Pablo Cueco (zarb, tambour iranien) est l’occasion d’une évolution importante préfigurée par l’enregistrement d’un album réalisé entièrement en solo (« Seul », In Situ, juillet 1990) qui marque une rupture. Denis Colin opère un travail d’émancipation/distanciation par rapport au free jazz, à la recherche d’un autre langage et de nouvelles références qui offrent des formes plus structurées tout en gardant l’improvisation libre comme principal ressort dramatique. L’horizon des musiques traditionnelles et la musique de chambre contemporaine font partie des pistes que le trio explore, attentif aux textures engendrées par l’association inhabituelle de leurs instruments et pratiquant l’improvisation sur des mesures composées (cinq albums sont enregistrés entre 1993 et 2002). Autour ce noyau se développent d’autres orchestres comme Les Arpenteurs créé en avril 1995 avec Bruno Girard (violon) et Camel Zekri (guitare) ou bien Dans les cordes (2000), formation de dix musiciens réunie à la faveur d’une commande de Radio France qui témoigne de l’intérêt de Denis Colin pour les cordes – frappées ou pincées – comme « champ de résonance » de sa clarinette basse.

Après une décennie à explorer des compositions de sa main, porté par son intérêt retrouvé pour les grands ténors solistes (et notamment Sonny Rollins), Denis Colin aborde pour la première fois un répertoire de chansons très ancrées dans la culture afro-américaine (de Jimi Hendrix à Stevie Wonder en passant par John Coltrane) à l’occasion de l’enregistrement, en terre américaine, à Minneapolis, d’un album qui interroge la relation qu’il entretient avec la musique noire : « Something in Common » (2001). Toujours accompagné par les membres de son trio, il s’y confronte notamment à un chœur de gospel et à des rappeurs, soucieux de retrouver la puissance du chant que lui-même tend à rechercher sur la clarinette basse. Par la suite, cette expérience trouve des prolongements dans une collaboration avec la chanteuse Gwen Matthews, qui débouche sur la réalisation d’un second album aux Etats-Unis, « Song for Swans » (2005).

Vincent Bessières
(Avril 2006)