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Introduction : une vision du monde

La représentation de la musique au Moyen âge est fortement empreinte de métaphysique et de théologie. Les Pères de l’église qui la théorisent, à commencer par Saint Augustin (354-430), héritent des conceptions issues de l’Antiquité, en particulier de Pythagore et de Platon, qu’ils réinterprètent à la lumière de la spiritualité chrétienne. Les proportions numériques qui sont au fondement de l’harmonie musicale sont le reflet de la perfection de la création divine. Art du nombre, la musique est d’abord une science. À ce titre, elle appartient au quadrivium, aux côtés de la géométrie, de l’arithmétique et de l’astronomie, par différence avec le trivium consacré aux arts du langage. Toutefois la musique est aussi le véhicule de la Parole divine et, dans le chant, elle n’est pas sans effet sur l’âme à laquelle elle peut procurer tantôt la joie, au sens mystique, tantôt la volupté. Au-delà de son appartenance première à l’art des nombres, la musique n’est donc pas sans lien avec des domaines relevant de l’éthique, par son pouvoir sur les affects, et de la rhétorique, par sa proximité avec les différentes formes de discours.

De musica, Boèce Schéma tiré du De musica de Boèce © BnF

On doit à Boèce (vers 480 - vers 525) la distinction entre musica mundana, musica humana et musica instrumentalis : les deux premières sont inaudibles et renvoient d’une part à une harmonie cosmologique, d’autre part à un équilibre intérieur à l’homme. Seule la dernière est une manifestation sonore, vocale ou instrumentale, qui correspond à notre acception commune du terme musique.