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Histoire de l'instrument

L'engouement pour la harpe en France




Le salon de musique de Marie-Antoinette :Les Folies d' Espagne et douze variations, Petri, Sandrine Chatron, harpe, Erard, Paris 1799, E. 981.6.1 

Paris est devenu un centre de facture célèbre et attractif avec l’arrivée en France en 1770 de Marie-Antoinette (1755-1793), future Reine de France et elle-même harpiste. Elle incite la cour à suivre son penchant pour l’instrument qui devient indissociable de l’engouement des français pour le genre de la romance.

Dans la capitale, de nombreux facteurs parisiens (les frères Louvet, Renault & Chatelain, Cousineau père & fils, Naderman) côtoient plusieurs facteurs originaires d’Allemagne (Krupp, Godefroy, Henry, Jean Baptiste Holtzman, Zimmermann). Une soixantaine de professeurs est recensée pour l’année 1784.

La facture des harpes à l’époque de Louis XVI atteint un raffinement jamais égalé, reflet de sa clientèle aristocratique : consoles terminées par de volutes somptueusement décorées, colonnes ouvragées, tables d’harmonie décorées de bouquets, guirlandes et scènes peintes.

A côté d’instruments de prestige réservés à l’aristocratie et dont les prix atteignent des sommets (une harpe peut être plus coûteuse qu’un clavecin à deux claviers), on trouve aussi des instruments plus simples sans doute destinés à des gens moins fortunés (dont les musiciens eux-mêmes). Mais seules les harpes ornées de beaux décors ont été conservées.

Si le nom de Marie-Antoinette est indissociable de l’histoire de la Harpe en France, une autre femme joue un rôle non négligeable : Mademoiselle de Saint Aubain, qui prend le nom de Comtesse de Genlis en 1764, après son mariage avec le marquis de Sillery, Comte de Genlis.

Devenue elle-même maître de harpe, Madame de Genlis a découvert la harpe dans le salon parisien dAlexandre Jean-Joseph Le Riche de La Pouplinière. Comme Beaumarchais (1732-1799), elle a pour maître le célèbre virtuose Georges Adam Goepfert .
Parmi les nombreux salons aristocratiques et bourgeois qui se développent au cours du XVIIIe siècle, lieux propices aux concerts privés, celui de La Pouplinière se distingue par son intense activité artistique. Il emploie notamment deux harpistes germaniques.

C’est également au Concert Spirituel que le public français peut entendre des virtuoses de la harpe, notamment Christian Hochbrucker et Philippe-Jacques  Meyer (1737- 1819).

La littérature pour harpe est extrêmement abondante dans les années 1780 où les airs d’opéras à la mode sont commercialisés sous la forme d’arrangements. Plusieurs grands harpistes ont laissé des œuvres qui appartiennent toujours au répertoire : outre Christian Hochbrucker et Philippe-Jacques Meyer, auteur de la première méthode de harpe en 1763,  Jean-Baptiste Krumpholtz joue un rôle important dans l’évolution de l’écriture pour harpe, mais aussi Francesco Petrini (1744-1819) ainsi que Jacques Georges Cousineau (1760-1824), fils de Georges et Jean François Joseph Naderman (1781-1835), fils de Jean Henri.

Au tournant du siècle, la vogue pour la poésie ossianique de James Macpherson et pour l’Arioste renouvelle l’intérêt en faveur de la harpe, évocatrice de l’Antiquité celte et porteuse d’un certain exotisme du Nord. Sous l’Empire, Jean-François Le Sueur introduit douze harpes dans une romance de son opéra Ossian ou les Bardes (1804) et Etienne-Nicolas Méhul emploie l’instrument dans son ouverture romantique d’Uthal (1806).
Adrien Boieldieu compose en 1800 un Concerto pour harpe.